mercredi 7 mai 2014

Tweet de Thierry Mariani : réponse à Bruno Roger-Petit, Yann Galut & Co

Thierry Mariani, député des Français de l'Etranger
Crédits Photo : LeFigaro.fr

Bonjour à tous !

Alors que les élections européennes arrivent à grands pas, et que l'on ne voit pas la queue d'un débat de qualité sur ce scrutin à la télévision ou à la radio (un grand débat opposant notamment souverainistes aux pro-européens, par exemple), la tension est à nouveau palpable sur les questions de société. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que nos politiques de tous les bords sont très doués pour occuper le terrain comme il se doit : la Gauche annonce l'ouverture du débat sur la Loi Famille, EELV en profite pour ajouter son grain de sel en déposant un "amendement PMA" et la Droite "la plus bête du monde" continue son festival. Dernier atavisme en date : le tweet de Thierry Mariani, qu'il va s'agir ici de critiquer et de décortiquer.

Twitter, Facebook...les réseaux sociaux, degré zéro de la politique !

Je vais être très clair : je demande l'interdiction pure et simple pour les politiques de se servir des réseaux sociaux. Cela devient insupportable ! D'abord parce qu'ils s'en servent pour communiquer sur des débats privés au sein de diverses commissions parlementaires (et que tout le monde trouve ça normal, au passage), manquant ainsi de respect de manière flagrante envers leurs collègues, députés et sénateurs. Ensuite, parce qu'ils ne savent clairement pas s'en servir. A force de singer les USA, la France finit par leur ressembler, en pire évidemment, car la copie ne vaudra jamais l'original. Outre-Atlantique, on ne fait pas de politique : on se contente de communiquer, les lobbies ultra-puissants se chargeant de broyer les élus en coulisses. Cela fait bien longtemps que ce pays est devenu un simulacre de démocratie. Et voir Obama faire du stand-up lors de réceptions officielles devrait nous mettre la puce à l'oreille. Quand on est président, a priori, on n'a pas le temps de se prendre pour Ben Stiller. 
Concernant nos politiques, qui sont rarement de première jeunesse et qui ont dû toucher leur premier clavier à un âge avancé, ils devraient comprendre qu'on ne peut émettre une opinion profonde, ciselée, complexe en 140 caractères. C'est un exercice impossible. D'autant plus difficile à réaliser que ces réseaux sont continuellement surveillés par des petits malins qui savent forcément mieux s'en servir qu'eux.
Ainsi, en tweetant de la sorte sur la responsabilité très relative des Occidentaux en matière d'esclavage au vu de ce qui se passe en ce moment au Nigéria, Thierry Mariani ne devait pas s'attendre à autre chose qu'à une volée de bois vert. Qui n'a pas mis une heure à se déclencher.

Des associations qui noyautent la République

Et ce qui devait arriver arriva : des députés PS, des internautes indépendants, et des médias très doués pour tourner les réseaux sociaux à leur avantage ont aussitôt commis une levée de boucliers unanime. Evidemment, la Gauche n'en demandait pas tant. Après 2 ans au pouvoir, elle affiche un bilan misérable, et la prestation plus que délicate de Hollande sur BFM/RMC hier n'a rien arrangé. Il ne lui reste plus que ça, à la Gauche, pour espérer mobiliser son électorat : attendre un "dérapage" comme elle les qualifie pour aussitôt dresser un échafaud Place de Grève à destination de l'impudent. Dormez tranquille, braves gens, le Comité de Salut Public veille. 
Malheureusement, la perdante, c'est encore la Démocratie. D'abord parce que le débat est verrouillé totalement par ces Big Brothers que sont Bruno Roger-Petit, très actif sur son blog, et Aymeric Caron, très à l'aise dans son rôle de procureur Head & Shoulders, tous les samedis soir sur le plateau de l'estimable Laurent Ruquier. Comprenons-nous bien : j'encourage le débat d'idées, mais ces personnes, malheureusement, font tout pour le réduire à néant en accusant sans cesse leurs opposants idéologiques, qui finissent par tomber dans le panneau en les vilipendant de la même façon. Si bien que l'on n'a plus envie d'écouter. Et que le spectateur lambda n'est pas plus avancé. En attendant, ceux qui se frottent les mains sont les associations vivant aux crochets des citoyens que sont le CRAN, SOS Racisme et compagnie.

Analyser le problème posément

Il s'agit tout d'abord de déplorer vivement le sort réservé à ces malheureuses jeunes filles au Nigéria. On précisera par ailleurs que ce n'est pas faute de pointer du doigt l'islamisation grandissante de l'Afrique de l'Ouest, menaçant grandement les vastes communautés chrétienne et animiste s'y trouvant. On ajoutera également qu'ouvrir grand les bras aux pays du Golfe et à leurs pétrodollars, c'est se moquer du monde parce qu'il est clairement établi que Boko Haram, les rebelles maliens, les islamistes sévissant dans le Sud de l'Algérie, en Mauritanie, au Niger et jusque dans le Soudan du Sud bénéficient de leur manne financière. Enfin, on se permettra de remercier, ironiquement, l'ancien Président Sarkozy et BHL pour avoir mis un terme au régime de Kadhafi, qui était ce qu'il était, mais qui avait l'immense mérite de maintenir d'une main de fer les dissidences dans la partie Nord de l'Afrique, de même que Ben Ali en Tunisie ou Moubarak en Egypte. 
Ensuite, il faut être clair : pour comprendre en grande partie le problème de l'esclavage et accorder un peu de crédit à l'intervention de M. Mariani, il faut se tourner vers l'un des plus éminents spécialistes de la question, l'historien français Olivier Pétré-Grenouilleau, qui déclare notamment ceci :
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 « Il faut d'abord dire que le caractère abominable de la traite n'est pas corrélé aux chiffres. Le fait que la traite orientale - en direction de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient - ait affecté plus de gens ne doit nullement conduire à minimiser celle de l'Europe et des Amériques. En revanche, je suis surpris que certains soient scandalisés que l'on ose parler des traites non occidentales. Toutes les victimes sont honorables et je ne vois pas pourquoi il faudrait en oublier certaines. La traite transatlantique est quantitativement la moins importante : 11 millions d'esclaves sont partis d'Afrique vers les Amériques ou les îles de l'Atlantique entre 1450 et 1869 et 9,6 millions y sont arrivés. Les traites que je préfère appeler « orientales » plutôt que musulmanes - parce que le Coran n'exprime aucun préjugé de race ou de couleur - ont concerné environ 17 millions d'Africains noirs entre 650 et 1920. Quant à la traite intrafricaine, un historien américain, Patrick Manning, estime qu'elle représente l'équivalent de 50 % de tous les déportés hors d'Afrique noire, donc la moitié de 28 millions. C'est probablement plus. Ainsi un des meilleurs spécialistes de l'histoire de l'Afrique précoloniale, Martin Klein, explique-t-il que, vers 1900, rien que dans l'Afrique-Occidentale française, on comptait plus de 7 millions d'esclaves. Aussi n'est-il sans doute pas exagéré de dire qu'il y en eut peut-être plus de 14 millions, pour le continent, sur une durée de treize siècles. » (source : wikipedia).
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Soyons clairs : les Européens et les Nord-Américains ont évidemment honteusement et vilement profité d'un système scandaleux visant à exploiter d'autres êtres humains. Mais, contrairement à ce que veut nous faire croire notamment Dieudonné quand il fait oeuvre de négationnisme envers la Shoah, l'esclavage n'avait pas de visée génocidaire. Il avait un objectif purement mercantile : il importait de faire transiter le maximum d'esclaves, pour les revendre à un bon prix dans les colonies.
D'autre part, l'esclavage a toujours existé, dans toutes les civilisations. Il me semble ainsi que les descendants des esclaves de Rome ou de la Grèce Antique ne vont pas au Quirinal ou sur l'Acropole revendiquer un appel à la repentance et à la réparation des torts causés. Il me semble également incongru que des descendants de victimes attaquent des descendants de supposés bourreaux. Ou alors cela va poser un sérieux problème moral et logistique si l'on en vient un jour à cette extrémité. Enfin, cette procédure dangereuse de réclamations incessantes dans le but d'obtenir des dommages et intérêts de l'Histoire n'est pas sans poser quelques problèmes à long terme, notamment celui de la gestion des anciennes colonies africaines par ceux qui les dirigent aujourd'hui. L'exemple le plus frappant se trouve en Algérie où un Bouteflika moribond met le pays en coupe réglé. Mais, en France, on préfère encore et toujours fustiger la colonisation. Les accords d'Evian ont été signés en 1962 : doit-on s'auto-flageller encore longtemps ? Enfin, il est évident que la problématique du communautarisme est latent : puisque les méchants blancs ont réduit en esclavage les malheureux noirs, qu'on leur octroie d'office plus de places dans les médias, dans les institutions de la République... Oubliant sciemment le ferment même de cette nation : la méritocratie. La discrimination positive à l'américaine n'a pas vocation à exister dans notre pays, car ce n'est ni son histoire, ni sa culture, en un mot : pas son ADN. Mais évidemment, MM Roger-Petit et consorts préfèrent fermer les yeux sur ce problème. Le jour où nous en viendrons à la violence symbolique que représentent la co-existence de communautés qui ne communiquent pas entre elles à l'instar des pays anglo-saxons, et les flambées de violences physiques que cela génère, alors peut-être ouvriront-ils enfin les yeux. Mais il sera trop tard. Je n'ai pourtant pas envie qu'un jour mon pays ressemble à Johannesbourg ou Detroit.

lundi 28 avril 2014

Plaidoyer en faveur des services publics

Ouvriers sur le chantier d'Alstom en 2006
Crédits Photo : JP Muller/AFP/LeFigaro.fr

Bonjour à tous !

C'est l'actualité de ce week-end, couplée à la proximité du scrutin européen, qui m'a inspiré mon billet de la semaine. En effet, l'un des principaux effets pervers de l'Europe est le démantèlement progressif des services publics au nom, d'une part, de la maîtrise des dépenses publiques et, d'autre part, de la sacro-sainte concurrence.

Alstom, fleuron français en péril

Pour celles et ceux d'entre vous qui ne connaîtraient pas l'entreprise Alstom, il s'agit d'un géant industriel de l'énergie et des transports. On lui doit notamment la réalisation de nos TGV et de la plupart de nos tramways. Or, l'un de ses principaux actionnaires, Bouygues, par ailleurs en difficulté dans le délicat dossier du rachat de SFR, entend se désengager et laisser ainsi ses quelques 29% au plus offrant. Une aubaine que n'entend pas manquer General Electric, géant américain de l'énergie, qui mettrait ainsi la main sur l'une des plus belles têtes de pont de notre industrie, tout en absorbant un concurrent coriace. Or on apprend dans le même temps que l'Allemand Siemens réfléchirait à un échange de bons procédés : céder sa filiale transports à Alstom (qui récupérerait ainsi les ICE allemands) contre les actifs du Français dans l'énergie, chacun se spécialisant donc dans ce qu'il sait faire de mieux. Problème : là où l'Américain est déjà très près de proposer une offre concrète alors que l'Allemand n'en est encore qu'au stade de l'éventualité de l'action. Et voilà comment l'une de nos plus belles entreprises risque de passer dans les mains de l'Oncle Sam sans que ça ne semble émouvoir quiconque. 

Stop au démantèlement, oui à la rationalisation

Le problème, c'est qu'entre les cessions d'actifs, comme dans le cas présent, et les privatisations à la hussarde (la Poste, marché de l'électricité, de l'eau,...), cela fait autant d'emplois qui, à terme, disparaissent car les nouveaux investisseurs privés qui entrent au capital de ces entreprises ne cherchent qu'une chose : vendre leurs produits (ou leurs services) toujours moins cher avec toujours moins d'employés. Alors on met en avant le bénéfice pour le consommateur : les prix baissent, donc il s'y retrouve puisqu'il paraît que tout est trop cher. C'est vrai. Mais ces prix élevés sont davantage le fait d'une inflation masquée depuis le passage à l'euro (puisqu'on convertit notre Franc dans une devise plus chère, profitons-en pour augmenter les prix, après tout, qui va s'amuser à tout diviser par 6.55957 pour vérifier que cela correspond bien à l'ancien tarif ?). Aujourd'hui, disons-le clairement : baisse des prix = baisse des prestations et au final, il y a deux victimes, qui se trouvent souvent, suprême ironie, la seule et même personne : le consommateur et le salarié de ces entreprises concurrentielles aux prix attractifs. En effet, pour maintenir des coûts bas, on délocalise toute ou partie de la production, le service client subit la même avanie (les clients de Free savent de quoi je parle), on rogne sur la qualité du produit, etc. Moins cher, donc, mais de moins bonne qualité. Pourquoi ? A cause de ces satanés 15% de marge minimum que les actionnaires entendent se mettre dans les poches à la fin de chaque exercice comptable. Aujourd'hui, le capitalisme a atteint sa perversion la plus extrême : les actionnaires n'investissent plus de manière pérenne, ils spéculent. Tant pis pour les pots cassés en cours de route.
En terme de service public, c'est dramatique, puisque les tribunaux ferment, les prisons restent en nombre insuffisant et dans un état déplorable (Alan Parker pourra bientôt venir tourner un remake de Midnight Express aux Baumettes), on développe la chirurgie ambulatoire, on ferme des maternités, des services hospitaliers, des gares SNCF et des bureaux de Poste dans des villages où ils sont pourtant les derniers liens des habitants avec l'Etat. Il est évident que la fonction publique française est pléthorique, dispendieuse, et pas toujours de première efficacité. Mais ce n'est pas en fermant tout et en donnant les clés du camion au premier Qatari venu que l'on va s'en sortir. 

Revenir aux sources : souvenir de la Grande Ordonnance de 1254

En 1254, Saint-Louis proclame la Grande Ordonnance. Dans les grandes lignes, ce texte expose le maillage du territoire et la façon dont le pouvoir royal s'exercera, d'égale façon, partout où le Roi est souverain. C'est l'apparition, notamment, de la figure du bâilli. Ce texte est le premier d'une longue série qui fait de la France le plus vieil état organisé et centralisé au monde. Cela s'est renforcé successivement sous la férule des grands souverains de notre pays. François Ier a ainsi fait adopter l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, faisant du français la langue officielle. Louis XIV a développé l'originalité économique la plus innovante de l'Ancien Régime avec le colbertisme, forme de planification économique qui promouvait les industries et les investissements dont le royaume avait le plus besoin. Et enfin, bien sûr, Napoléon Ier a mis en place les 130 départements, le Code Civil, le télégraphe, la modernisation des routes... Enfin, le Général de Gaulle et Georges Pompidou ont lancé notre pays sur les rails des économies puissantes par le biais d'une industrialisation raisonnée (nucléaire notamment) couplée à un service public performant au service de tous : c'était le but notamment de la Sécurité Sociale; 
Alors qu'aujourd'hui on évoque la suppression des départements et la fusion des régions, pour faire de celles-ci une pâle copie des Länder allemands, on agit à rebours de notre Histoire. Mieux vaudrait plutôt supprimer les régions et maintenir, voire renforcer les départements. Rappelons que ce sont eux, notamment, qui s'occupent des dépenses sociales. En ces temps de crise économique, les Français ont plus que jamais besoin d'eux.Quand on interpelle un ministre sur ce non-sens historique, celui-ci rétorque qu'un investisseur chinois ne comprend pas qu'il y ait deux Normandie. Pauvre chéri. Un cours d'Histoire de notre beau pays ne lui ferait pas de mal. Après tout, aucun Français ne va en Chine leur expliquer qu'on ne comprend pas le principe du parti unique...
Idéalement, en supprimant les régions et les intercommunalités grotesques, on réduirait les doublons et on ferait d'importantes économies, qui nous permettraient de renforcer les services publics dans les banlieues, les campagnes,... Bref, rétablir la puissance de l'Etat au service des plus démunis, comme cela est le sens de l'Histoire de notre pays depuis un millénaire. Quant aux dépenses, si on veut les réduire drastiquement, on peut enfin, peut-être, aller chercher l'argent là où il se trouve. A commencer par les paradis fiscaux, par exemple. Il paraît que M. Hollande s'est auto-proclamé "ennemi de la finance". On attend qu'il joigne la parole aux actes !

mercredi 16 avril 2014

Finkielkraut sous la Coupole, l'Honneur de la France

Bonjour à tous !

Il l'a longtemps, secrètement, espéré, c'est désormais fait. Par 16 voix sur 28, 4 abstentions et 8 croix noires, signes de refus net, Alain Finkielkraut, agrégé de Lettres, et ancien professeur de philosophie à l'Ecole Polytechnique, a été élu au premier tour à l'Académie Française, au siège 21.

Dépasser Félicien Marceau

Félicien Marceau est l'ancien occupant de ce siège. Né belge, il a fui son pays et pris cette identité qui l'a fait connaître. Pour une bonne raison : il a été condamné pour fait de collaboration et actes pro-nazis durant la 2e Guerre Mondiale. Un homme charmant... Revenu en grâce en France on ne sait trop comment, il n'est, à n'en pas douter, pas la plus grande fierté de l'Histoire de l'auguste institution. En se portant candidat pour l'élection à ce siège, on a critiqué Finkielkraut, donnant du grain à moudre à ceux qui pensent qu'il constitue un cheval de Troie du FN Quai Conti. Je pense au contraire, bien qu'il devra prononcer son éloge, qu'il saura se montrer tranchant lors de son discours inaugural et que son apport contribuera à faire oublier son controversé prédécesseur.

La chasse aux sorcières toujours active

Virginie Martin, Bruno Roger-Petit, Ruwen Ogien,.... Nombreux sont les contempteurs du philosophe à lui chercher noise depuis son élection. On lui reproche ses positions réactionnaires, notamment depuis la publication (et le succès !) de L'identité malheureuse, on lui reproche également de ne pas être vraiment un philosophe car il est agrégé de Lettres, ce qui rendrait donc l'ensemble de son oeuvre caduque, délégitimant son élection ou bien encore de ne pas avoir tant apporté à la langue française et que son rôle sera inutile. Tous les coups, bas le plus souvent, sont permis. Mais curieusement, et en toute objectivité, je ne vois aucun argument de fond opposé à Finkielkraut. Personne n'a vraiment pris la peine de débattre avec lui. Sauf Manuel Valls lors d'un numéro de Des paroles et des actes qui fera date tant le débat fut intense, mais courtois. J'ai de nombreux différends avec le Premier Ministre, mais je lui rends hommage pour ce fait d'armes. Etrange fait du hasard, il s'agissait d'un débat entre deux enfants nés étrangers et naturalisés français par la suite. Deux fruits d'une assimilation qui fonctionnait encore et qui montre de manière encore plus criante l'échec de l'intégration d'aujourd'hui. Deux personnes qui, même avec 13 ans de différence, ont accepté le rôle intégrateur de l'école et des parcours d'excellence académique de notre pays. Une chose impossible aujourd'hui tant l'école est désormais vidée de sa substance. A ce titre, je recommande vivement la lecture de la dernière interview de Jean-Claude Brighelli dans Marianne pour se faire une idée de l'état de mort cérébrale du "Mammouth". 

L'amour de la France, un éloge permanent de la transmission

La vérité, c'est qu'aucun de ces détracteurs n'a le niveau, ou l'honnêteté, intellectuel pour débattre et prendre le temps, ne serait-ce que cinq minutes, d'analyser la théorie de Finkielkraut. Expliquer, à longueurs de lignes de blog, que son approche est erronée parce qu'il ne va pas - ou plus - sur le terrain, c'est nous prendre pour des imbéciles. Comme si ces critiques s'y rendaient, eux, sur le terrain. C'est le lot de nombre de chercheurs, penseurs, intellectuels, de trier des informations qui ne viennent pas forcément du terrain. C'est un argument d'autant plus discutable que le néo-académicien a été enseignant durant des décennies et qu'il n'avait donc aucun mal à se rendre compte de la baisse constante du niveau scolaire. 
D'autre part, il est temps d'écouter ce qu'il dit, et qui est aujourd'hui partagé par une immense partie de la population : oui, le niveau baisse, partout. Oui, nos enfants sont sacrifiés sur l'autel des pédagogistes et de Terra Nova. Oui le vivre-ensemble n'est aujourd'hui plus possible dans un pays où l'immigration est totalement dérégulée, où les services publics ferment et où les campagnes se vident pour satisfaire les exigences d'économie ordonnées par Berlin. Pardon, par Bruxelles. Oui, petit à petit, des barres de tour où les Français de souche (j'assume et revendique cette expression, en débattra qui voudra) ne sont plus les bienvenus car leur mode de vie, pourtant en adéquation avec notre Histoire et notre culture, est devenu minoritaire. 
Le grand mérite de Finkielkraut tient en trois choses : la première, c'est d'être un immigré qui a embrassé amoureusement la France ; la deuxième, c'est de dénoncer sans relâche le fait que le FN soit le seul parti à se préoccuper de ce problème d'acculturation croissante de notre pays et qu'il le regrette profondément ; le troisième, enfin, c'est d'argumenter constamment en se référant à des auteurs, connus ou non, qui font appel à notre mémoire collective et qui sollicitent la curiosité intellectuelle de chacun. 
Alain Finkielkraut est un passionné dans un pays dépassionné parce que centré sur le Dieu Argent. D'une manière ou d'une autre, la majorité des Habits Verts l'a compris. Elire Alain Finkielkraut à l'Académie Française, c'est se souvenir de son rôle qui est celui de transmettre le savoir de nos Aînés. Alain Finkielkraut à l'Académie Française, c'est l'Honneur de la France !

mardi 8 avril 2014

Le déni de démocratie de François Hollande

Bonjour à tous !

Il semblait acquis pour tout le monde, en dépit de résultats à relativiser à cause d'une forte abstention, que les électeurs avaient opéré un choix clair lors des Municipales de Mars : non, nous ne voulons plus de votre politique M. Hollande. Le Président a reçu le message...en ne changeant rien !

Hollande en Mitterrand 2.0

"Lever l'hypothèque" : voilà ce qu'avait dit Mitterrand en 1988 lorsque, après de triomphales Présidentielles, il décidait de nommer son plus sérieux rival au sein du PS au poste de Premier Ministre, à savoir Michel Rocard. A l'intérieur du cabinet de celui-ci, un certain...Manuel Valls. Pourquoi mettre son meilleur ennemi à Matignon ? Pour lui couper l'herbe sous le pied et l'isoler avec des ministres (Joxe, Jospin, Bérégovoy, Dumas,...) tout acquis au Chef de l'Etat et qui ne tenaient absolument pas compte de l'autorité du locataire de Matignon. On sait ce qui se passa par la suite : Rocard est parti, Cresson est arrivé, avant d'enchaîner sur la triste affaire Bérégovoy qui allait précéder une rouste insensée pour le PS aux Législatives de 1993. Aujourd'hui, les choses sont un peu différentes : Hollande, lui, a perdu et c'est ce qui justifie son remaniement. Mais en mettant le (trop) populaire Valls à Matignon, il s'évertue à le décrédibiliser aux yeux du grand public afin d'éliminer un rival en vue de 2017. Hollande a transposé sa rouerie, de Solférino à l'Elysée.

Tout ça...pour ça !

Afin de rendre l'opération encore plus cynique, et accessoirement achever de prendre les Français pour des Idiots, le Corrézien d'adoption a renommé les mêmes ministres qui opéraient déjà sous Ayrault, se contentant d'en changer certains de poste. Quant aux deux entrants, Valls ne peut se leurrer : on sait à qui Royal et Rebsamen iront rendre des comptes. Le pire dans tout ça, c'est que ce sont les Français qui sont les dindons de la farce : parce qu'avec les Verts qui sortent du Gouvernement, le Président a suffisamment de députés à la chambre basse pour faire passer ses mesures comme il le souhaite, à condition que la solidarité parlementaire fonctionne correctement. Si bien que le tournant social-libéral risque d'être encore plus fort, et que les ménages à faibles revenus ainsi que les classes moyennes seront encore davantage les laissés-pour-compte de la crise économique. 
J'en profite pour glisser un petit mot à tout ceux qui commentent un peu trop la nationalité originellement espagnole de Manuel Valls. Je rappelle que la France a toujours eu une tradition de dirigeants étrangers, les plus célèbres (et pas les moins doués d'aileurs) ayant été le Cardinal Mazarin et Necker. 

Attendre les Européennes et dissoudre ?

Si l'on cherchait toutefois une logique dans le comportement du Président qui ne soit pas simplement de l'égoïsme doublé de cynisme, on pourrait se dire qu'il attend les Européennes pour dissoudre l'Assemblée et convoquer de nouvelles élections. On sait tous que le FN risque de remporter ce scrutin devant l'UMP et un PS loin derrière, avec une nouvelle abstention record. Une râclée qui devrait provoquer un nouveau remaniement, sauf qu'il n'aura plus de joker, notamment en ce qui concerne Matignon. Hollande devrait donc dissoudre, laisser la Droite le balayer, nommer Copé Premier Ministre (oui je sais, ce serait bien triste d'en arriver là...) et se retrouver face à Marine Le Pen en 2017 en tête à tête ce qui, selon lui, lui permettrait d'être confortablement réélu.

A force de berner les citoyens de ce pays, François Hollande risque malgré tout de se prendre les pieds dans le tapis. En tout cas, s'il dissout et que Marine Le Pen se retrouve au 2e tour en 2017, je ne veux plus jamais entendre que c'est la Droite qui fait le jeu du FN !!

lundi 31 mars 2014

2e tour des Municipales : Very Bad Trip

François Hollande très inquiet
Crédits Photo : Bob Edme/AP/LeMonde.fr

Bonjour à tous !

Ils savaient qu'ils allaient perdre, mais ils ne se doutaient pas que ce serait dans de telles proportions : aujourd'hui, la Gauche de Gouvernement a perdu dans les grandes largeurs les élections municipales, du jamais vu dans de telles proportions depuis les Municipales (encore !) de 1983, celles qui suivirent le désormais fameux "tournant de la rigueur" du tandem Mitterrand-Mauroy.

La malédiction des élections intermédiaires

C'est un fait, depuis une bonne trentaine d'années, le parti en charge des responsabilités au niveau national encaisse défaite sur défaite lors des élections dites intermédiaires. On se souvient, donc, des Municipales de 1983, mais aussi de celles de 2001 préfigurant d'un scrutin présidentiel de 2002 difficile pour le PS et masquées par les conquêtes de Lyon et Paris, mais aussi des Municipales de 2008 sanctionnant durement la politique sarkozyste, de même que les Régionales de 2004, qui étaient une punition envers le chiraquisme. Rien de nouveau donc, hormis trois choses : l'abstention massive, qui en fait le premier parti de France et qui marque une défiance à l'égard de nos élus qui ne représentent plus rien et qui n'ont plus de pouvoir réel ; le retour du FN dans certaines mairies et enfin la disparition de la Gauche dans les villes de petite et moyenne importance, ce que l'on appelle aujourd'hui le péri-urbain.

Christophe Guilly avait raison

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, il s'agit d'un géographe social qui s'est intéressé, depuis 15 ans, aux classes populaires et qui, par extension, a effectué un travail de fourmi sur la carte électorale. Et il a observé que les grandes métropoles et les villes mondialisées restent l'apanage de la Gauche-"bobo" et d'une Droite "molle" (l'exemple typique de Juppé à Bordeaux) tandis que les villes de moindre importance, situées dans le péri-urbain et subissant de plein fouet déclassement, fermetures d'usine, insécurité votaient UMP et FN, avec de plus en plus d'entrain et de moins en moins par rejet de la classe politique pour ce qui concerne le parti de Marine Le Pen. A force d'avoir érigé l'Europe et la mondialisation en religion, les élites dirigeantes des deux principaux partis de Gouvernement en ont perdu le sens des réalités. Aujourd'hui, d'après Guilluy, 60% de la population française vit dans cette France péri-urbaine qui se paupérise grandement. Autre symbole, la victoire de Fabien Engelmann à Hayange, commune où se situent les hauts-fourneaux de Florange. Le nouvel édile est un ancien cégétiste qui s'est encarté FN lorsqu'il a compris que Droite et Gauche servaient invariablement la même soupe en provenance de Bruxelles. Les faits sont désormais établis, il n'est plus temps de se voiler la face : la Gauche a perdu 155 villes de plus de 9000 habitants, la renvoyant cruellement face à ce que les Français ne veulent plus : un clientélisme avéré auprès de nébuleuses associatives encourageant le communautarisme qui a fait la gloire du socialisme municipal depuis 30 ans et soigneusement élaboré par Julien Dray, notamment.

Que peut faire Hollande ?

Le Président peut remanier : pas très heureux à quelques semaines des élections Européennes qui s'annoncent comme un nouveau chemin de croix pour le PS (donné 3e derrière le FN, 1e, et l'UMP, 2e). Il devrait alors remanier à nouveau. De quoi occuper les médias qui fonceraient alors tête baissée dans le petit jeu des pronostics au lieu de se préoccuper de la politique menée par le Gouvernement qui serait pourtant la même. On voit en effet mal Hollande mettre en péril son orthodoxie européenne et renoncer au Pacte de Stabilité signé en début de Quinquennat avec Merkel, ou au Pacte de Responsabilité avec ses nouveaux amis du MEDEF. En vérité, peu importe les hommes, Hollande a une idée en tête et n'y renoncera pas, quitte à perdre en 2017. Mais l'homme est malin et fait en sorte de renvoyer l'opposition dans les cordes, entretenant savamment la montée du FN afin de se retrouver en duel avec Marine Le Pen, sans doute sa seule chance de renouveler son bail Faubourg Saint-Honoré.

En définitive, le peuple a parlé, clairement, donnant raison aux différents sonneurs de tocsin qui s'alarment du fossé grandissant entre une France d'en haut, vivant dans de grandes métropoles et qui a la mondialisation heureuse, et une France d'en bas, majoritaire, qui vit dans les campagnes et les petites villes et qui subit de plein fouet les conséquences désastreuses d'une ouverture des frontières sauvage et sans contrôle. Il semblerait que l'écart entre les deux parties s'agrandisse dangereusement et il serait donc grand temps qu'un arbitre vienne siffler la fin du match avant que les débats ne deviennent houleux au point que plus aucun retour en arrière ne soit possible.

lundi 24 mars 2014

Bilan du 1er tour des Municipales : la (dernière) chance de l'UMP ?

Crédits Photo : LeFigaro.fr

Bonjour à tous !

C'est avec une certaine gueule de bois que doivent se réveiller les dirigeants socialistes ce matin. Ils ont pourtant tout fait pour ne pas y croire, adoptant une stratégie de localisation de l'enjeu du scrutin municipal mais rien n'y a fait : la déroute annoncée a bien eu lieu.

La Gauche dans le déni

Alors que la Droite culmine à 46%, que la Gauche est aux environs de 37%, que le FN est à 6%, le quatrième parti de France, l'abstention, atteint 36% ! Du jamais vu. Alors la Gauche appelle au rassemblement, au Front Républicain pour faire barrage au FN (qui croit encore que cela peut marcher ?) et assure pouvoir sauver les apparences Dimanche prochain en expliquant que les ministres doivent faire oeuvre de davantage de pédagogie sur l'action du Gouvernement et que sur un malentendu, ça peut marcher. Mouais... Sauf qu'on voit mal comment les électeurs pourraient changer la donne d'ici le 30 Mars : l'écart est trop important et la Gauche ne pourra que sauver les apparences en préservant Paris, Lille et Lyon de la vague bleu-UMP. Il fallait entendre Najat Vallaud-Belkacem sur le plateau de France 2 hier soir rejeter encore une fois la montée du FN sur le dos de l'UMP. Mais face à un adversaire rôdé et intelligent comme Henri Guaino, cela ne prend pas. L'homme a ses défauts, mais pas celui de tomber dans des pièges aussi grossiers. Et de renvoyer avec intelligence, dos à dos, les discours lénifiants tenus depuis 40 ans par l'ensemble des responsables politiques. Il a parlé d'or en expliquant que le FN était un parti autorisé, que l'on ne pouvait pas dénier à des citoyens de voter pour lui et que le jeu de la démocratie donnait le droit à ses électeurs de voir ce parti exercer le pouvoir lorsque les urnes avaient parlé. La malheureuse porte-parole du Gouvernement en est restée coite... Ne sachant rien dire d'autre sinon que les mairies FN allaient obliger les enfants à manger du jambon. De quoi susciter une dénonciation devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, assurément !

L'UMP devrait avoir le triomphe plus modeste

On l'a dit, l'abstention fut élevée et risque de l'être tout autant au 2nd tour. Alors l'UMP jubile mais devrait le faire mezzo voce. Parce que sa victoire est surtout visible dans les grandes métropoles mondialisées, celles qui souffrent le moins de la mondialisation et du chômage, d'abord (Bordeaux, Marseille, Nice, voire Toulouse). Ensuite parce qu'il ne s'agit donc pas d'un blanc-seing : les Français attendent quelque chose de l'opposition, un quelque chose qui, sauf énorme surprise, ne peut pas être fourni par les ténors du parti, à savoir Copé, Fillon, Raffarin, voire Sarkozy. Mais plutôt par un duo Guaino-Dupont-Aignan si celui-ci acceptait de redonner un souffle véritablement gaulliste au parti de Droite. Ce quelque chose, c'est l'espoir d'une renaissance de la France qui ne s'apitoierait plus sur elle-même au point qu'elle doive nouer des alliances complexes et vaines pour se relever ; une France qui aurait suffisamment confiance en sa jeunesse pour la remettre au travail en s'appuyant sur un axe artisanal et professionnel d'une part et sur un autre axe où la recherche et le développement seraient en pointe d'autre part ; une France qui réaffirmerait sa force militaire historique pour ne plus avoir à quémander chez les Américains ; une France qui reprendrait sa place de leader stratégique en Europe pour assurer un point d'équilibre entre Anglais et Allemands d'un côté, Européens du Sud de l'autre ; une France qui pourrait s'enorgueillir de recouvrer son statut de non-aligné sur les positions américaines et qui ferait de la realpolitik son cheval de bataille diplomatique. Bref, une France qui, forte de son identité, de sa monnaie, de sa stratégie économique, de ses frontières et de toutes ses composantes pourrait enfin redonner du travail et de l'espoir à des millions de gens qui n'en ont plus. Il est très facile de perdre la confiance des gens, beaucoup plus difficile de la retrouver. L'UMP a déjà eu le pouvoir longuement par le passé et les électeurs ont été particulièrement déçus. Attention, un jour ou l'autre le ras-le-bol sera explicite et violent. Quant au PS, il paye la politique conjointe menée par Mitterrand et Delors, et poursuivie sans scrupules par Jospin, Hollande et Ayrault : l'Europe, la main sur le coeur, pour le plus grand bonheur des financiers, des entreprises du CAC 40 et pour placer ses copains dans les organisations transnationales non élues (Lamy à l'OMC, Strauss-Kahn au FMI par le passé, en attendant Moscovici pour peut-être remplacer Barroso à la tête du barnum bruxellois). La Gauche n'a ce qu'elle mérite. A elle de faire son autocritique. Et vite, car les Français ont perdu patience...

lundi 17 mars 2014

Quand les "démocrates" auto-proclamés dressent des listes et nous rappellent les "heures les plus sombres de notre Histoire"

Bonjour à tous !

Il règne une drôle d'atmosphère ces dernières semaines dans le microcosme médiatique. Il est vrai que des tensions existaient déjà depuis plusieurs mois, mais l'actualité politique a accru ces divergences. Dans une corporation revendiquant à plus de 80% voter à gauche, voir apparaître, çà et là, des figures discordantes avec la Règle tacite détonne. 

Tout le monde dans le même panier

Ce sont des personnalités diverses qui sont dans la ligne de mire de la presse de Gauche. On leur consacre des éditos, voire des reportages entiers. Le supplément du Monde du week-end dernier s'en faisait encore des gorges chaudes. L'ennui, c'est que les événements des derniers mois (mariage dit pour tous, théorie du genre, PMA, GPA et désormais le débat sur l'Europe et la mondialisation) accroissent les rivalités. A ce titre, le duo Caron/Polony en est l'éclatant symbole. En effet, que ce soit en recevant Nicolas Dupont-Aignan, Alain Finkielkraut ou Frigide Barjot, entre autres, les différences resurgissent et les deux journalistes en viennent à s'empoigner, de manière ironique pour Natacha Polony et de manière agressive, voire hargneuse, pour Aymeric Caron. 
Après l'engueulade (il n'y a pas d'autre mot) du 8 Mars dernier avec Frigide Barjot assise dans le fauteuil, on a aussitôt assisté à une défense du malheureux Caron par ses confrères, critiquant la vindicte, le sectarisme et le penchant réactionnaire de Polony. A ce titre, le post de Bruno Roger-Petit sur Le Plus du Nouvel Obs est édifiant. La journaliste y est dépeinte comme une mégère nationaliste, anti-républicaine parce que favorable à un retour des frontières, du Franc et plutôt opposée à la Loi Taubira. Les journalistes font bloc, comme une phalange grecque aux plus belles heures des Guerres Médiques. Et expulsent manu-militari de leur caste ceux qui n'y adhèrent pas, de près comme de loin. C'est ainsi que toute une frange politico-médiatique est régulièrement mise sur le banc des accusés. On y retrouve pêle-mêle, et avec plus ou moins de constance, Eric Zemmour, Elisabeth Lévy, Alain Finkielkraut, Natacha Polony, donc, mais aussi Nicolas Dupont-Aignan, Ivan Rioufol, Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Eric Naulleau,... sans oublier ceux qui sont censés tirer les ficelles en coulisses, le trio infernal Soral, Le Pen, Dieudonné. Et là, à la lecture de ces noms, on constate qu'il y a deux problèmes : le premier, c'est que beaucoup de femmes et de Juifs sont pointés du doigt (Elisabeth Lévy s'était déjà interrogée à haute voix sur le sujet) et le second c'est qu'on mélange clairement les torchons et les serviettes.

Appliquer les bonnes vieilles recettes du stalinisme

Evidemment, nous ne sommes pas dans l'Union Soviétique des années 40 et 50, mais il est tout de même troublant de constater que ceux qui pointent du doigt appliquent à la lettre l'une des antiennes favorites du dictateur russe : "En cas de désaccord, accuse toujours ton détracteur d'être d'extrême-droite ; pendant qu'il est occupé à se justifier, il n'est pas en mesure d'argumenter." On ne saurait être plus clair. Et c'est exactement ce qui se passe quand les Fouquier-Tinville revendiqués passent leur temps à taper sur leurs opposants idéologiques. Doit-on leur rappeler que celui-ci a également fini sur l'échafaud pour excès de zèle ? 
Reprenons calmement la liste ensemble : tout d'abord les journalistes Zemmour, Rioufol, Lévy et Polony, qui sont le plus souvent dans l'oeil du cyclone, sont des souverainistes qui s'assument et qui sont des nostalgiques de la France des Trente Glorieuses, au temps où la France avait des frontières, une monnaie et une économie qui fonctionnait très bien, grâce au colbertisme gaullo-pompidolien à qui l'on doit la modernisation de nos chemins de fer, les centrales nucléaires, une armée de premier plan, un secteur automobile porteur et un maillage industriel optimisé. Mais ils ne sont pas d'accord sur tout. Ainsi Zemmour a souvent une démarche marxiste en prenant la défense des ouvriers et des classes populaires méprisés par les gouvernements successifs. Un point de vue globalement partagé par sa consoeur de Causeur, tandis que Polony est surtout inquiète de la tournure que prend l'éducation de nos enfants (elle est agrégée et ancienne enseignante) et Rioufol serait plutôt un Républicain, selon l'appellation américaine du terme, c'est-à-dire un libéral-conservateur un peu bigot. Ce qui est d'ailleurs, à mon sens, la faille de son raisonnement et ce sur quoi on devrait l'attaquer, mais personne ne le fait : c'est plus facile d'en faire un nazillon. Alain Finkielkraut, quant à lui, est un philosophe, ancien enseignant à Polytechnique et candidat au siège de Félicien Marceau à l'Académie Française. Il est inclassable mais essentiel car on sent à travers ses interventions à quel point son histoire personnelle de fils d'immigrés juifs polonais joue dans sa réflexion personnelle sur ce qui devrait être l'axe premier en matière d'immigration : l'assimilation. A ce titre, son dernier ouvrage, L'identité malheureuse, fut un beau succès de librairie. Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la République ! est un gaulliste social, le dernier de son espèce. L'héritier légitime du Général parce que le seul à avoir compris, sans le trahir, son message : des frontières, l'application de la realpolitik, la souveraineté monétaire tout en échangeant d'égal à égal avec ses partenaires, mais dénué de démagogie. Le contraire de sa dangereuse concurrente, Marine Le Pen qui, elle, prône le retour de la retraite à 55 ans tout comme la mise en place d'un référendum sur la peine de mort. Trop occupée à se dédiaboliser, elle en a oublié la cohérence de son programme. Emmanuel Todd et Jacques Sapir, eux, sont deux économistes de gauche, mais celle version Michéa-Guilluy, la vraie, l'ouvriériste-colbertiste. Eux prônent essentiellement l'abandon de l'Euro et la dénonciation de Schengen. De là à en faire de dangereux extrémistes.... Enfin, il y a Dieudonné et Soral. Ceux-là, ils ne méritent pas que je gâche mon temps à en parler, je vous renvoie à mon article sur le pseudo-humoriste pour connaître mon avis sur la question. 

Faire le buzz tout en tapant sur la main qui vous nourrit

On le voit, quand on prend le temps et la peine d'analyser les personnes mises en cause on s'aperçoit qu'il y a une grande confusion idéologique chez leurs procureurs. Que montre-t-elle ? D'abord, un manque de culture et de profondeur intellectuelle manifestes, puisque ces critiques assènent des sentences en se croyant lyriques alors qu'ils ne sont qu'emphatiques, pour reprendre la formule récemment employée par Eric Zemmour. Ils mélangent le gaullisme et le patriotisme avec le nationalisme et le fascisme, voire le nazisme. Ils confondent allègrement le souverainisme avec le repli sur soi, oubliant sciemment que c'est justement un excès d'ouverture, de libéralisme, qui nous a fait plonger dans le marasme économique que nous traversons aujourd'hui. Un comble : les criminels se font les gardiens de la morale. Notons que cela va avec l'air du temps. On constate ensuite que les accusés sont régulièrement cités, voire judiciarisés, pour éviter de débattre avec eux et mieux rester dans l'entre-soi. La démocratie, c'est bien, mais c'est encore mieux avec des gens qui pensent la même chose, voyons ! Enfin, et c'est sans doute là que repose le cynique de l'affaire : on n'hésite pas à faire appel à eux sur les différents plateaux de télé où on les sait écoutés par les téléspectateurs (regardez les enquêtes d'opinion pour voir à quel point les Français sont devenus "réactionnaires") afin de créer le buzz et faire de l'audience...pour mieux leur taper dessus ensuite, sur la même chaîne, mais avec des présentateurs ou des invités différents. Comme ça on fait un double buzz et on s'exempte de tout reproche au cas où quelque bobo viendrait nous reprocher une éventuelle connivence avec l'ennemie. Mais il ne faut pas être bien futé pour constater que Canal + est le champion en la matière : Le Grand Journal, La Nouvelle Edition, Salut les Terriens,... sont autant d'émissions gardiennes du Dogme qui dénoncent régulièrement la République mise en danger avec des Torquemada tels Bruno Roger-Petit, Yann Barthès (jamais mis au ban pour sa quenelle soit dit en passant) ou Nicolas Domenach...et pendant ce temps-là on continue de compter sur Eric Zemmour sur iTélé, la chaîne info du groupe, pour faire le buzz. Consternant... D'autant qu'on sent un vif sentiment de revanche envers ceux qui, pour certains, se sont toujours revendiqués de Gauche mais qui, bien souvent, en sont revenus : Finkielkraut et Naulleau restent ainsi en travers de la gorge de ceux qui aujourd'hui les honnissent parce qu'ils ont trahi.

Dresser des listes ne changera rien

Alors voilà ce à quoi nous en sommes réduits : constater un cynisme permanent tout en regardant une profession dépérir parce qu'incapable de se remettre en question. Les journalistes ne sont pas là pour donner des leçons ni faire des rappels à l'Histoire (une fois pour toutes, nous ne sommes pas dans une redite des années 30), surtout quand on ne la maîtrise pas : critiquer l'intervention des Catholiques dans un pays ontologiquement et culturellement marqué par l'héritage judéo-chrétien relève au mieux de l'ignorance, au pire du crétinisme. Les journalistes sont là pour exposer des faits de la manière la plus objective possible à des lecteurs et téléspectateurs qui jugeront en leur âme et conscience sans qu'on ait besoin de les prendre par la main. Déplorer une éventuelle dérive populiste de l'électorat est vain : rappelons que dans une Démocratie, le Peuple est souverain et que nul ne peut se prétendre au-dessus de lui pour critiquer son choix. La caste politico-médiatique ferait mieux de faire son introspection, cela l'aiderait à trouver les raisins de la colère. Quant au fait de dresser des listes, notamment dans la presse écrite, rappelons que Vichy s'en était fait une spécialité. Et que Vichy était essentiellement le fait de collabos de Gauche à l'instar de Laval. A tous ceux qui veulent nous rappeler les heures les plus sombres de notre Histoire, je leur conseille vivement de bien relire leurs cours de Terminale sur la Seconde Guerre Mondiale. Il faut toujours se méfier de celui ou de ceux qui crient plus fort que les autres. Il n'y a pas de mystère si les ventes de la presse écrite se portent mal dans notre pays. Mais il est préférable de détourner la tête. Dans les médias comme ailleurs, se mettre la tête dans le sable semble être devenu le meilleur moyen d'assurer sa survie. Mais pour combien de temps ?