jeudi 15 novembre 2012

Réac' et alors ?

Crédits Photo : Superstock/Superstock/SIPA

Bonjour à tous !

‎" Sois réac, pour l’honneur de ne pas hurler à l’unisson de la meute, la fierté de penser sans prothèse, la joie de baguenauder sans chaîne ni collier. " 

C'est par ces mots que Denis Tillinac définit la motivation de la pensée réactionnaire. Un mot que l'on entend souvent ces temps-ci sans finalement très bien le définir. Et si on l'entend si souvent, c'est parce que nombre de chroniqueurs, polémistes, intellectuels s'en réclament aujourd'hui, de manière toujours plus forte. Votre humble serviteur se revendique de cette pensée au même titre, donc, que Alain Finkielkraut, Elisabeth Lévy, Eric Zemmour, Robert Ménard, Patrick Buisson, Ivan Rioufol, et autres Pascal Bruckner. 
Qu'est-ce qu'un réac ? Je serais tenté de dire que nous sommes les parias de la société moderne, les Gargamel dans le village des Schtroumpfs, les Dark Vador de la République galactique, en un mot ceux que l'on accuse de tous les maux (justement) lorsque tout va mal. En fait, nous nous contentons simplement de nous poser en veilleurs vigilants face à nos nouveaux maîtres qui n'aiment rien temps que de voir les moutons bêler avec le troupeau. Vous savez, comme dans le conte des moutons de Panurge. Sauf qu'à la fin, et les dictateurs de la pensée unique oublient bien souvent de vous le préciser, les moutons meurent noyés ! 
Historiquement parlant, et pour mieux comprendre la pensée réactionnaire, il faut expliquer qu'elle s'inscrit dans le cadre d'un pessimisme prononcé envers la modernité. Selon les affinités de chacun, il peut ensuite s'agir d'une lutte contre telle ou telle forme de cette dernière : Châteaubriand ou Lovecraft regrettaient ainsi les progrès de la science (même si  le créateur du "Ctulhu" avait une relation ambigüe avec elle, qui le fascinait autant qu'il la craignait), les progrès dans la politique (notamment le passage de la monarchie à la république puis à la démocratie) ou bien encore les progrès sociétaux. Bref, toujours est-il, reconnaissons-le humblement, que nous sommes le plus souvent des empêcheurs de moderniser en rond. Excès de prudence sans doute, mais aussi une certaine connaissance aigüe des faits historiques que nous savons prégnants dans la construction du présent et de l'avenir. Car, contrairement à la bien-pensance majoritaire, nous ne renions pas notre histoire, celle de notre pays, pour nous affranchir et tenter de nous inscrire dans un futur artificiel qui ne saurait nous correspondre. Au contraire, nous sommes conscients que l'Histoire est un éternel recommencement, un cycle sans fin duquel l'Homme ne peut s'échapper.
Le réactionnaire aime les héros, et il les respecte, sans les juger car tel n'est pas dans les attributions de l'Homme moderne. Oui, nous aimons De Gaulle et Napoléon, et nous leurs savons gré de tous les bienfaits qu'ils ont apportés à la France (Libération de la France, unité du pays, refus de l'atlantisme, leadership européen, constitution de la Ve République pour le premier nommé - Code Civil, départements, universités, rayonnement de la France, amour du peuple pour sa patrie et son Empereur et pourfendeur de la Perfide Albion pour le second). Nous ne les jugeons pas car, même si ils ont leurs torts, ils ont agi dans un contexte et avec des idéaux qui étaient bien différents des nôtres. Ainsi, lorsque François Hollande organise la grande repentance de la France, il ignore sciemment l'Histoire de notre pays, et le contexte dans lequel elle s'inscrit, et se permet de juger des grands hommes qui, de toute façon, demeureront dans la postérité, contrairement à lui. 
Quand la pensée unique demande l'égalité des droits pour tous (légalisation des sans-papiers, immigration généreuse, droit de vote des étrangers, intégration en lieu et place de l'assimilation, mariage et adoptions pour les couples homosexuels), ils piétinent la Nation française, riche de deux millénaires d'Histoire, privilégient les particularismes et le communautarisme au détriment de l'unité républicaine, récompense les droits plutôt que les devoirs, et abandonnent la liberté et l'égalité au profit du libertarisme et de l'égalitarisme ! De fait, ils sont les idiots utiles du capitalisme ultra-libéral qui, depuis la chute du Mur de Berlin et l'accélération de la mondialisation, avec pour corollaire l'ouverture des frontières aux quatre vents, y compris culturels, se frotte les mains à l'idée de créer de nouveaux besoins artificiels, avec son lot de nouveaux consommateurs décérébrés prêts à dépenser avant de réfléchir. C'est comme cela qu'aujourd'hui la France célèbre Halloween, que les restaurants Quick ouvrent des succursales halal, que nous portons tous du "Made In China" et que...nos usines ferment, les patrons voyous délocalisent sans scrupules, que des restaurants et des chefs de chantier emploient des immigrés sans-papiers, contents qu'ils sont de bosser pour 1/3 de moins que les salariés français, que le chômage augmente, et avec lui nos dépenses sociales et donc notre dette. Et le tout avec la bénédiction de Bruxelles qui, au fil des traités européens, depuis Schengen jusqu'à Lisbonne en passant par Maastricht, prend toujours plus de décisions à la place des gouvernements élus, et supplante toujours davantage la souveraineté nationale, mettant en péril les équilibres des pays. Demandez donc aux pêcheurs et aux agriculteurs ce qu'ils pensent de l'eurocratie. Et jetez un oeil sur les manifestations anti-austérité un peu partout en Europe qui se sont déroulées hier et vous comprendrez la réalité de l'Union Européenne : le tout-libéral afin de continuer à engraisser les grandes banques et les grandes entreprises multinationales qui, de toute façon, n'ont pas de frontières, donc pas de lois.
Bossuet disait : "Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes". Voilà exactement le point que nous avons atteint, un point de rupture indépassable : on se plaint de la crise, du racisme, des riches toujours plus riches au détriment des pauvres toujours plus pauvres mais on ne remet rien en question : l'Europe, c'est formidable, les pauvres sans-papiers doivent être aidés, ne stigmatisons pas telle communauté de la société, laissons les homos se marier puisqu'ils s'aiment... Mais d'un autre côté, on passe savamment sous silence le fait que le premier mariage gay en France sera très généreusement sponsorisé par quantité d'entreprises privées, qui ont trouvé là de nouveaux pigeons tout prêts à consommer tant et plus. 
Renaud Dély, "journaliste" au Nouvel Obs, qualifie les intellectuels réactionnaires de tenant d'une droite brune : mais quand réalisera-t-on enfin que l'extrême-gauche ne vaut pas mieux que l'extrême-droite ? Oublie-t-on les dégâts causés par les régimes communistes en Europe de l'Est, les crimes de Staline, Mao, Castro ? Oublie-t-on les horreurs perpétrées par les Khmers rouges ou la surréaliste dictature en Corée du Nord ? Contrairement au fascisme et au nazisme, le communisme continue encore de faire des milliers de morts chaque année. Mais c'est sans doute plus facile de taper sur les réactionnaires, que l'on confond par commodité et paresse intellectuelle avec l'extrême-droite. Après tout, Zemmour et Rioufol n'iront jamais défiler dans la rue, eux ! 
Il est temps d'en finir avec cette arnaque géante qui cloue au pilori 20% des électeurs en âge de voter sous prétexte qu'ils ont apporté leur scrutin à Marine Le Pen en Mai dernier. Parce que ce ne sont pas ces bobos donneurs de leçon qui vivent les difficultés du peuple tous les jours : quand le mariage gay sera voté, les chômeurs du Nord de la France n'auront toujours pas d'emploi : c'est ça, l'égalité ? Et puis, contrairement aux artistes qui parlent à tort et à travers dans les médias, le peuple ne peut pas se permettre d'envoyer ses enfants dans les écoles privées loin de la violence scolaire. Les mêmes artistes qui prônent la mixité sociale mais qui refusent d'emménager dans un quartier où la "faune locale" est trop "bigarrée". 
Il est temps, comme le disent Lash et Michéa, que la Gauche, qui entendait rompre avec le sarkozysme (avant d'appliquer pas à pas son programme), se comporte comme une vraie Gauche si elle veut retrouver les faveurs du vote populaire et l'adhésion des Français. Et pour cela, ces deux auteurs ne disent qu'une chose : en finir avec les revendications communautaires et individualistes pour remettre l'intérêt général sur le devant de la scène.
Tout cela n'est que du bon sens. Si c'est cela être réactionnaire, alors soit ! Mais n'oubliez pas : on vote tous les cinq ans. Alors que ceux qui me critiquent me fassent un procès si ils le veulent mais qu'ils n'oublient pas : Marine Le Pen n'est jamais loin et si elle accède au pouvoir en 2017, il sera trop tard pour pleurer. En outre, la démocratie et la liberté d'expression garantissent le débat d'idées contradictoires. La chasse aux sorcières n'a donc, en théorie, pas lieu d'être. Doit-on craindre pour autant l'avènement d'un maccarthysme de gauche ? Ce serait alors le pompon, l'ultime ironie de l'Histoire...

lundi 12 novembre 2012

Commission Jospin, VIe République, réforme des institutions... le point

F. Hollande et L. Jospin à l'Elysée pour la remise du rapport sur
la réforme des institutions. Crédits Photo : AFP/Bertrand Langlois

Bonjour à tous !

Cela est sans doute parvenu à vos petites oreilles en fin de semaine dernière : l'événement politique du moment c'est, outre le Rapport Gallois sur la compétitivité de la France, la réforme des institutions de notre pays. Réforme sur laquelle a planché Lionel Jospin. Eh oui, on a ressorti la momie de son formol où elle prenait le frais du côté de l'Ile de Ré.
Pourquoi un rapport ? Parce que cela fait plusieurs années que la Gauche, notamment, et surtout la gauche de la Gauche (comprenez Mélenchon et Montebourg) réclament une réforme des institutions. Réforme également réclamée dans les médias par le Dieu omnipotent des bons sentiments et de la bonne conscience, Edwy Plenel, rédacteur en chef du discuté et discutable site Mediapart (car il est assez incompréhensible, quand on revendique faire de la "vraie presse d'information", que l'on rende le site entièrement payant. Il faut croire qu'il n'est pas utile pour le bon peuple d'y avoir accès puisque Plenel et ses copains font la transcription pour nous). 
Que réclament ces messieurs ? Ils réclament l'abolition de la Ve République et la mise en place d'une assemblée constituante choisie par le peuple pour l'instauration d'une VIe République qui marquerait le retour du régime parlementaire, mettant fin à l'hégémonie supposée toute-puissante du Président de la République. Rappelons que la Ve République, adoptée en 1958, et rédigée par le Général de Gaulle et Michel Debré, avait pour but de mettre en place un régime bicéphale où le Président aurait des pouvoirs importants et serait la figure représentative de l'Etat, notamment à l'étranger. Le Parlement, dans le cadre de la séparation des pouvoirs, aurait lui le contrôle du législatif et pourrait, en cas de cohabitation, entraver presque totalement le Président dans ses prérogatives (cf les cohabitations de 1986-88, 1993-95 et 1997-2002). En outre, la Ve République consacrait le cumul des mandats pour permettre aux élus locaux de venir défendre leur circonscription, leur région, leur département ou leur ville à Paris face aux énarques de la Capitale. Enfin le Parlement devait être élu, dans le cas de l'Assemblée Nationale, par un suffrage universel direct sous la forme d'un scrutin majoritaire.
Ce que reproche les détracteurs de ce régime, c'est la main-mise selon eux trop prégnante du Président de la République. Il faut dire qu'avec Mitterrand et Chirac, on avait eu l'habitude, sur une période de presque 30, d'avoir des "rois fainéants" à la tête de l'Etat. Avec Sarkozy, et le délai raccourci de mise en action depuis l'adoption du quinquennat, on s'était retrouvé avec un Président plus interventionniste, plus décideur et médiatique. Chose insupportable pour la Gauche, qui reprochait au Premier Homme de l'Etat de se montrer trop pendant que le peuple souffrait. Seulement, si ces messieurs avaient été plus honnêtes, ils auraient admis deux choses. La première, c'est que le mandat de Sarkozy s'est inscrit dans la lignée d'une nouvelle forme d'hypermédiatisation relayée par les réseaux sociaux que sont Facebook et Twitter. Et la seconde, c'est qu'en fait, comme tout se décide désormais à Bruxelles, Sarkozy s'est évertué à occuper la scène médiatique pour masquer la réalité de son mandat : une hypoprésidence et non une hyperprésidence comme ses détracteurs se plaisaient à le souligner. Mais pour ces adorateurs de l'Europe ultra-libérale de Bruxelles qu'ils ont contribué à mettre sur pied, le reconnaître serait revenu à se dédire. Et de cela, il ne peut en être question.
Alors on prône un changement de régime soi-disant plus démocratique qui rendrait le pouvoir au peuple, où ce serait le Premier Ministre (ou le Président du Conseil comme on l'appelait autrefois) qui serait en fait le leader du pays. Sauf que la France a déjà expérimenté les régimes parlementaires. Pendant la IIIe République d'abord (1870-1940) puis la IVe République (1946-1958). Mais qu'avons-nous constaté ? Une instabilité chronique, des gouvernements qui tenaient à peine six mois et un pays qui était devenu ingouvernable ! La France demeure un pays jacobin et monarchique. C'est un pays qui a besoin d'un chef qui soit au-dessus de la mêlée et pas d'un laborieux qui passe sa journée les mains dans le cambouis et qui ne puisse pas jouer le rôle rassurant du bon père de famille réconfortant ses ouailles quand les affaires tournent mal. De surcroît, la IIIe République s'est terminée dans les tourments innommables du régime de Vichy, tandis que la IVe s'est achevée dans les larmes et le sang de Dien-Bien-Phû puis de l'Algérie. Passer d'un régime semi-présidentiel à un régime parlementaire serait donc une grave erreur.
Mais le rapport Jospin préconise d'autres mesures : la fin du cumul des mandats pour obliger les élus à ne se consacrer qu'à une seule tâche et pour rajeunir la classe politique. Sauf que, comme je l'ai dit plus haut, si un élu local siège à l'Assemblée, il peut défendre mieux que personne les aspirations de la population qu'il représente dans son fief. En outre, si l'on supprime le cumul des mandats, les députés ne seront plus que des toutous parisiens au service de leur parti. Et puis si un élu fait du bon travail en cumulant deux mandats, il n'est nul besoin qu'il renonce à l'une de ses fonctions. En revanche, limiter le cumul des rémunérations de fonction serait une bien meilleure idée qui ferait gagner de l'argent à l'Etat. Enfin, est soulevé également le vieux serpent de mer de la proportionnelle. Il est proposé que sur 577 députés, 58 soient élus à la proportionnelle. Encore une fois, c'est une noble idée puisque les partis qui font entre 10 et 20% pourront prétendre à une représentation dans l'hémicycle. Sauf que les partis majoritaires traditionnels que sont l'UMP et le PS auront moins de sièges, ce qui risque d'entraîner, là aussi, une instabilité du pouvoir. Et si, à terme, on se retrouve avec une situation identique à la Belgique ou à la Grèce qui, faute d'accord, sont restées de plusieurs semaines à plusieurs mois sans gouvernement, on aura bien l'air fin. 
Alors je propose à François Hollande de se mettre au travail et de faire lui-même le boulot, plutôt que désigner des commissions et des sous-commissions à n'en plus finir. Ca limitera le nombre de mauvaises idées à la minute et puis ça le forcera à devoir pleinement assumer ses responsabilités (et ses échecs) en 2017.

vendredi 9 novembre 2012

Obama réélu : analyse et prospectives

Crédits Photo : Reuters/Jim Bourg

Bonjour à tous!

A moins que vous ne sortiez d'une longue période d'hibernation, vous avez pris connaissance de l'événement politique de cette semaine : Barack Obama a été réélu. Il est donc désormais en poste jusqu'en 2016, où il ne pourra plus se représenter. En effet, la Constitution américaine n'autorise que 2 mandats pour chaque président depuis "l'exception Franklin Roosevelt". Celui-ci avait en effet remporté 4 mandats consécutifs, de 1932 à 1945 (atteint du Syndrome de Guillain-Barré, il mourut quelques mois après sa dernière réélection, datant de 1944).
Comment Obama a-t-il été réélu alors que son bilan économique est morose, que la Chine menace l'hégémonie américaine, et que l'US Army est encore engluée dans certains conflits ou polémiques ? (Guantanomo n'est toujours pas fermé). Il faut d'abord prendre en considération qu'Obama est aimé des Américains : il a un sens de l'humour aiguisé, se montre un mari et un père de famille exemplaire, a toujours le sens de la formule et semble disposer d'une aura, d'une hauteur naturelle le rendant digne de sa fonction. En effet, il ne s'emporte pas, n'invective jamais. En outre, son adversaire, Mitt Romney, était médiocre : alors qu'il fut un bon gouverneur du Massachussetts, modéré sur les questions de société, il s'est révélé trop offensif lors de sa campagne pour plaire à la frange grandissante des extrémistes de son parti issus de la mouvance du Tea Party. La vidéo qui fit le tour de la Toile où on l'entend mépriser 47% de la population américaine lui a ainsi fait le plus grand mal. Par ailleurs, son passé d'homme d'affaires richissime n'ayant jamais hésité à délocaliser pour s'enrichir a contribué à creuser sa propre tombe. Enfin, il était intellectuellement insuffisant, en témoigne sa piteuse sortie sur les hublots dans les avions. De quoi rappeler aux Américains un certain George W. Bush dont l'ombre planait bien trop bas au-dessus de la tête du pauvre Mormon. Et puis, dernière raison et non des moindres : la modification de la démographie américaine qui a montré un pays plus divisé, plus clivé que jamais. Les hommes blancs, de toutes les classes sociales, ont davantage voté pour Romney. Mais ils sont en recul désormais par rapport aux femmes, aux Noirs ou aux Latinos qui ont tous voté Obama. Songez ainsi que 93% de la population noire américaine, au moins, a voté pour Obama.
Quels sont les défis qui attendent le 44e Président des USA ? Ils sont nombreux. Tout d'abord, il lui appartient de rassembler un pays qui, comme je viens de l'évoquer, a été très divisé tout au long d'une campagne qui a vu les coups bas l'emporter sur le débat d'idées, et ce, des deux côtés. Ensuite il lui faudra composer avec une Chambre des Représentants (équivalent de notre Assemblée Nationale) hostile, puisque les Républicains y gardent la main. Certes, il a encore la majorité au Sénat mais cela risque de s'avérer insuffisant. Surtout que se profile à l'horizon la ligne fatidique de Janvier 2013, date au-delà de laquelle le budget américain ne sera plus provisionné si un accord entre l'exécutif et le parlement n'est pas trouvé entretemps. La chance d'Obama, c'est que les Républicains vont mettre du temps à se remettre de cette défaite, et qu'il leur faudra certainement eux aussi faire des concessions si ils ne veulent pas braquer durablement l'opinion publique contre eux. Enfin, il faudra que le Président se retrousse sérieusement les manches concernant l'économie, son véritable point faible lors de sa première mandature. La croissance est encore fragile, la Chine continue à n'en faire qu'à sa tête concernant la sous-évaluation forcée du Yuan par rapport au Dollar, le chômage ne baisse que trop lentement et, surtout, une nouvelle crise d'envergure se profile à l'horizon : celle des emprunts étudiants qui représentent une somme globale de 1,000 milliards de Dollars ! Une somme faramineuse qui risque de provoquer une crise désastreuse si son remboursement n'est pas rapidement garanti.
Mister Obama, j'étais prudent lors de votre première élection en 2008, je le suis encore plus aujourd'hui. A vous de montrer que vous méritez de rester dans les livres d'Histoire !

mardi 6 novembre 2012

Les Etats-Nations mis à mal par l'Europe des régions

Saint-Louis vu par Le Gréco (Source Wikipédia)

Bonjour à tous !

Tandis que la crise économique qui nous frappe est loin d'être terminée, on assiste en Europe à un phénomène qui tend à prendre de l'ampleur depuis quelques mois : le régionalisme. Celui-ci consiste en la manifestation d'un ras-le-bol de la part de certaines régions en Europe par rapport à l'Etat-Nation qui les chapeaute. L'exemple le plus frappant est sans doute celui de la Flandre belge, qui réclame son indépendance à corps et à cris au point d'avoir empêché la formation d'un gouvernement Outre-Quiévrain pendant près de 2 ans. Le problème est simple : la Flandre est industrieuse et riche tandis que la Wallonie se paupérise en même temps que son taux de chômage augmente.
En Grande-Bretagne, c'est l'Ecosse qui, au vu de la récession qui frappe le Royaume, a décidé d'organiser un référendum dans les mois qui viennent pour s'octroyer son indépendance. Il faut dire que les terres se trouvant au nord du mur d'Hadrien bénéficient aujourd'hui d'une très belle rente financée par l'extraordinaire richesse pétrolière de leurs eaux territoriales en Mer du Nord. Au point que la ville d'Aberdeen existe uniquement grâce à cela. En Italie, la querelle est ancienne entre les indépendantistes de la Ligue du Nord qui veulent constituer la Padanie (en référence au Pô, le grand fleuve du nord du pays) et l'Etat Central qui ne veut évidemment pas que toutes les régions au sud du Latium soient laissées pour compte (comprenez : aux mains de la mafia). En Espagne, c'est la Catalogne qui manifeste de manière toujours plus virulente sa volonté de s'émanciper. Et en France, le problème le plus frappant est le problème corse.
Comment expliquer ses relents régionalistes ? Tout simplement parce que l'Europe se veut une Europe des Régions. Elle le revendique comme tel, en n'hésitant d'ailleurs pas à transférer des fonds directement à certaines d'entre elles sans passer par la case "Etat central". Cela s'inscrit dans le projet fédéral de cette Union Européenne qui se fantasme en Etats-Unis d'Europe, chose qui n'arrivera jamais ! Pensez donc : 20 siècles à se faire la guerre pour enfin en arriver à un équilibre fragile, et une multitude de peuples tous plus différents les uns que les autres, sur un territoire assez petit finalement, dont beaucoup ne peuvent pas se saquer (il n'y a qu'à regarder les histoires de chacun pour comprendre pourquoi). Bref, ce n'est certainement pas pour fonder un énorme machin (Mon Général, si vous nous regardez...) où chacun cohabiterait avec l'autre comme si il ne s'était rien passé. Ce qui est très différent de l'Histoire des USA. Mais ça, nos chers technocrates bruxellois l'ignorent sciemment. Et ils s'en contrefichent, puisqu'ils n'ont jamais à se confronter aux électeurs !
En outre, l'Allemagne, qui est le moteur économique de l'Europe, est un état fédéral où les décisions sont décentralisées très souvent vers les Länder. Et en géopolitique comme dans le reste, c'est souvent le plus riche qui impose sa loi. Pas de quoi s'étonner, donc, que les feux régionalistes s'attisent toujours plus aujourd'hui.
Et c'est précisément la raison pour laquelle cette Europe-là sera toujours en contradiction frontale avec la France. La France est le pays par excellence de la centralisation, de l'Etat fort, digne héritier de la doctrine jacobine qui voulait un Etat centralisateur et souverainiste pour passer outre les particularismes et les revendications communautaires afin d'établir, dans la transposition contemporaine du jacobinisme, une solidarité nationale redistribuée équitablement depuis la Capitale vers les régions. La France est sans doute le plus vieil état du monde. Songez plutôt : si l'on prend comme point de départ le couronnement d'Hugues Capet (987, pour ceux qui dorment à côté du radiateur, au fond, près de la fenêtre), le pays s'est très vite constitué autour de sa capitale, Paris. Louis IX (Saint-Louis, pour les intimes et les grenouilles de bénitier), par l'ordonnance de 1254, modernisa complètement l'administration avec un système de contrôle sur ses agents royaux délégués en province, les baillis et les prévôts. En outre, les sujets pouvaient en référer directement au Roi lorsqu'ils le jugeaient nécessaire, reconnaissant, de facto, la supériorité du souverain, et donc de l'Etat, sur les petits grouillots de l'époque, ancêtres de nos estimés fonctionnaires. Il donna aussi ses lettres de noblesse à la Sorbonne (établie à Paris), créa l'ancêtre de la cour des comptes et fit réévaluer la monnaie. Cela se poursuivit au fil des siècles, selon que la France perdait ou gagnait des territoires (notez qu'elle ne perdit jamais de territoires dans des proportions alarmantes). Tout ceci fut préservé jusqu'à Napoléon Ier qui introduisit une seconde réforme majeure avec le Code Civil (le fameux texte bien chiant pour les défenseurs du "mariage pour tous"), les départements et les Universités. 
Il y a donc dans ce régionalisme nouvellement exacerbé une forme de cynisme malvenu en ces temps de crise où les territoires les plus riches veulent leur indépendance afin d'abandonner le navire en pleine tempête, remettant complètement en cause la solidarité nationale induite par l'Etat-Nation. Emile Durkheim serait étonné de voir aujourd'hui à quel point il avait raison lorsqu'il évoquait l'isolement néfaste qu'avait provoqué le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique. Mais bon, il paraît que ça s'appelle la modernisation de la société et des moeurs et que c'est très bien comme cela. M'est avis que l'inflation des actes de violence provoqués par cette course aux communautarismes et au repli sur soi n'en est qu'à ses débuts. Qui prendra alors la suite de Durkheim pour rédiger Le Suicide, tome 2 : 115 ans après ?

vendredi 2 novembre 2012

Jean-Marc Ayrault passera-t-il l'hiver ?

Crédits Photo : Charles Platiau/Reuters

Bonjour à tous !

Alors que l'hiver approche, et avec lui l'aune de grandes difficultés pour certains de nos concitoyens (énergie, logement notamment), on se demande vraiment ce qui se passe dans le gouvernement. Car à en juger par la cacophonie ambiante, c'est à se demander qui commande et, au-delà de ça, si l'on a à faire à une équipe réellement soudée.
Le malheureux Jean-Marc Ayrault se fait tirer dessus à boulets rouges. Jamais avare de ses efforts lorsqu'il présidait, avant les Législatives de cette année, le groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, il semble avoir perdu toute sa verve depuis qu'il est arrivé à Matignon.
Non qu'il soit un mauvais bougre, loin s'en faut. Mais son manque de charisme et son caractère effacé, en plus de ses bourdes (notamment celle sur les 35h, cette semaine, qui a fait bondir son camp) ne lui rendent pas service. Et pour ne rien arranger, le Président lui a collé dans les pattes des opportunistes qui n'attendent qu'une chose : qu'il s'en aille. On pense ici à Manuel Valls, bien sûr, mais aussi à Stéphane Le Foll, ami de longue date du Président, à Pascal Lamy, qui n'a jamais vu un électeur de sa vie mais qui représente l'idéal de la Gauche mondialisée et libérale chère à Hollande, Michel Sapin, le copain de promo à l'ENA (la fameuse promotion Voltaire) ou encore Pierre Moscovici, étonnamment silencieux pour un ministre des finances. Mais c'est sans doute un bon point tactique le concernant.
Si Ayrault manque effectivement d'envergure pour le poste, comment expliquer que Fillon, son prédécesseur, et guère plus loquace que lui, ait tenu plus longtemps ? D'abord parce qu'il formait un binôme vraiment complémentaire avec Sarkozy, qui ne l'aurait lâché pour rien au monde : Sarkozy lâchait les chevaux, Fillon prenait les coups. Ensuite parce que Fillon avait déjà été ministre sous le gouvernement Raffarin et avait conduit une courageuse réforme des retraites en 2003. Il avait donc eu le temps de se faire le cuir, à la grande différence de son successeur.
Et puis, il n'est pas aidé non plus par la tradition parlementaire et donc très bavarde (à l'excès) du PS : c'est un parti où on discute, on "dialogue", on "débat", comprenez : chacun ramène sa fraise pour tirer la couverture (médiatique) à lui. C'est un parti qui n'a toujours pas compris le mode de fonctionnement de la Ve République : c'est une "république monarchique" où "l'homme providentiel" est sacré et respecté, à savoir le Président de la République. Celui-ci est supposé avoir une hauteur de vue sur tous les sujets, tandis que le Premier Ministre l'assiste au jour le jour. Et les ministres exécutent sans broncher. Ou du moins est-on en droit de l'espérer. Chirac avait ainsi dit à propos de Sarkozy en 2004 : "J'ordonne...et il exécute !" Bref, un régime sur mesure créé pour lui par le Général de Gaulle, et ceux qui étaient appelés à lui succéder. La Droite, elle, possède cette culture de l'homme providentiel. C'est la raison pour laquelle elle n'avait pas fait de primaire, ni en 2007, ni en 2012. Et c'est aussi la raison pour laquelle sa raison d'en organiser une en 2017, "pour faire bien", l'éloigne de son ADN et, potentiellement, de ses électeurs. 
De surcroît, Jean-Marc Ayrault n'a pas le charisme ni l'éloquence d'un Michel Debré ou d'un Georges Pompidou pour tenir tout ce petit monde en laisse. C'est un laborieux, à la culture moins étendue que les deux précédemment cités, ce qui rend ses interventions soporifiques au possible. Pas facile de se faire entendre dans ses conditions. Si François Mitterrand avait dit en son temps : "Après moi, il n'y aura plus de grand Président" (Dieu que c'est vrai !), il faut remonter encore plus loin pour trouver un grand Premier Ministre. Un homme à poigne, incontestable, qui puisse mettre en pratique la doctrine prônée par Chevènement : "Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne" (Chevènement avait ainsi démissionné trois fois !)
Mettons aussi en avant les sondages toujours plus bas du couple exécutif, et vous comprendrez encore mieux pourquoi les ministres s'octroient tant de libertés. Et l'on voit alors le manque d'expérience d'hommes qui n'ont jamais été ministres, à de rares exceptions près et qui, pour certains, n'avaient plus vu un électeur depuis longtemps. Car ce n'est pas en étant Premier Secrétaire du PS pendant quelques années qu'on acquiert la dimension nécessaire à devenir un bon Président. Pas plus qu'en étant Maire de Nantes non plus, visiblement.
Enfin, quand le PS aura enfin assimilé pleinement la Constitution de 1958 et que ces messieurs auront fini de se chamailler, ils pourront peut-être enfin se mettre vraiment au boulot, et autrement que pour nous taxer toujours plus ou pour donner le droit de se marier à une sous-minorité de minorité. Mais j'ai bien peur que le temps qu'ils reprennent leurs esprits, on soit en 2017 et que Marine Le Pen ne crée une (mauvaise) surprise. Ce n'aura pourtant pas été faute de les avoir prévenus...

mardi 30 octobre 2012

Le droit de vote des étrangers mort-né ?

Bonjour à tous !

Ce week-end le PS était réuni en congrès à Toulouse. L'occasion de réaffirmer le programme du Président Hollande ainsi que les fondamentaux du Parti, enfin, dans le peu de temps qui leur était imparti pour cela. En effet, ils ont passé la quasi-intégralité du congrès à taper encore et encore sur la Droite. Comme si ils n'avaient pas compris que c'était désormais inutile puisqu'ils ne sont plus dans l'opposition.
Parmi ces fondamentaux figurait l'un des engagements majeurs de François Hollande (c'est dire la pauvreté, pour ne pas dire le néant, de son programme...) : le droit de vote des étrangers aux élections locales.
Serpent de mer de la politique de gauche depuis que François Mitterrand l'avait inclus dans ses 101 propositions lorsqu'il fut élu en 1981, ce débat revient sur la table chaque fois que la Gauche est aux affaires : 1981, 1988, 1997 et 2012. Problème : ils ont toujours renoncé.
Quel est l'argumentaire employé ? Des étrangers en situation régulière travaillant et payant des impôts devraient avoir le droit, par principe de justice et d'égalité (les pauvres, à force d'être invoquées à tort et à travers, elles doivent avoir une sacrée migraine !) pouvoir voter aux élections locales. Quand certains ne réclament pas carrément qu'ils puissent être élus conseillers municipaux ou maires.
Ah, décidément la Gauche ne manque jamais d'idées foireuses. Ils ont pourtant oublié un point majeur : le droit de vote est fondamentalement corrélé à la nationalité. Après tout, si ces étrangers en situation régulière et remplissant les conditions nécessaires ne demandent pas à être naturalisés pour obtenir la citoyenneté française et bénéficier des droits qui vont avec, ça les regarde ! Ils n'ont qu'à participer, par voie consulaire, aux élections de leur pays d'origine ! Les Tunisiens de France ne se sont d'ailleurs pas gênés pour le faire quand il a fallu porter les islamistes d'Ennahda au pouvoir. Il semble absolument cohérent et logique d'avoir le droit de voter pour un pays et un seul !
L'argument massue employé est le fait que les étrangers payant des impôts devraient également bénéficier de tous les droits de la nationalité française. Problème : le suffrage censitaire n'existe plus depuis belle lurette ! La Gauche l'aurait-elle oublié ?
Jaurès disait : "La Nation, c'est le seul bien des pauvres", Jaurès homme de Gauche par excellence. Autrement dit, donner aux étrangers le droit de voter et d'être élu, c'est comme déchoir de leur nationalité les Français les plus modestes et les plus humbles qui, eux, n'ont pas forcément les moyens de payer des impôts mais à qui il reste encore cependant ce droit fondamental : celui de glisser un bulletin dans l'urne. Va-t-on leur retirer ce rare privilège au nom d'une supposée égalité qui ne répond en réalité qu'à un impératif de lobby, un impératif communautaire ? L'historien et sociologue  américain Christopher Lasch (1932-1994), scientifique historiquement de Gauche, avait en son temps fustigé, déjà à l'époque, la course de cette Gauche libertaire-libérale vers cette démagogie, qu'il appelait la "religion du progrès" (1). De même, en France, Jean-Claude Michéa, ancien militant du PCF, philosophe et essayiste, procède-t-il à la même critique. Il "considère que les idéaux bourgeois libéraux ont triomphé du socialisme en le phagocytant" et "déplore que le socialisme ait accepté les thèses du libéralisme politique". (2)
Car il en va finalement du droit de vote des étrangers comme du "mariage pour tous" : satisfaire des lobbies minoritaires qui, par l'ouverture de nouveaux droits, vont créer de nouvelles niches de consommation qui profitent encore et toujours au cynique capitalisme mondialisé. Demandez donc aux professionnels du mariage et vous verrez qu'ils se frottent déjà les mains à l'idée de voir de nouveaux clients affluer, qui pour réserver un traiteur, qui pour se faire tailler un costume sur mesure.
Sauf que dans le cas qui nous occupe aujourd'hui, c'est bien plus grave de la part de la Gauche : ils ont compris que les jeunes des banlieues ne votaient pas et que leurs aînés, pour ceux qui possédaient la nationalité française, avaient massivement voté pour François Hollande (à 93%, si ça c'est pas un score de dictateur africain). Or, en vue des élections locales, notamment les Municipales de 2014, et sachant très bien que le PS risque de prendre une mémorable rouste car il n'aura résolu en rien les vrais problèmes des Français, la rue de Solférino cherche à prendre des voix là où elles sont : à savoir chez les étrangers.
Cependant, tout n'est pas perdu. Accorder le droit de vote aux étrangers nécessite, selon la loi française, de modifier la Constitution. On ne peut la modifier que de deux façons : soit par référendum, soit par majorité des 3/5e du Parlement réuni en Congrès (Assemblée Nationale + Sénat). Il s'avère que le Président, pas fou, ne veut pas du référendum qu'il sait risqué sinon perdu d'avance, ce qui aurait de graves conséquences pour la suite de carrière à l'Elysée ; quant à la majorité des 3/5e, la Gauche est loin du compte, l'UMP, farouchement opposée au projet, disposant de suffisamment de sièges pour faire barrage. 
Le Gouvernement, sauf extraordinaire et improbable retournement de situation, va donc devoir faire machine arrière. Et ce ne sera qu'un début, car la résistance s'organise. Sur le "mariage pour tous", par exemple, dont le débat en Conseil des Ministres a été ajourné. Il faudra donc expliquer aux Français qu'on n'a pas pu tenir sa parole. Ce qui risque, même pour un sujet comme celui-ci, de susciter au mieux l'ironie, sinon un rejet toujours plus profond de l'équipe dirigeante actuelle. 
Que Hollande se renseigne, mais je crois qu'il y a encore de belles maisons à vendre sur l'Ile de Ré : Lionel Jospin commence à s'y sentir bien seul...

_______________________________________
1 - LASCH Christopher (2000) La Culture du narcissisme - La vie américaine à un âge de déclin des espérances, Paris, Climats & "Mass Culture reconsidered" in Democracy (01/10/81) p 7-22
2 - MICHEA Jean-Claude (2010) L'Empire du moindre mal, essai sur la civilisation libérale, Paris, Champs-Flammarion

jeudi 25 octobre 2012

Relancer la compétitivité française

Bonjour à tous !

Il y a quelques jours de cela, Louis Gallois, ancien PDG de la SNCF, remettait au gouvernement un rapport commandité par celui-ci et portant sur la compétitivité.
Il est vrai qu'en ces temps de crise, avec un chômage toujours aussi élevé et une croissance quasi-nulle, il convient d'explorer toutes les pistes propices à la relance de l'emploi. La croissance est, en effet, génératrice d'emplois nouveaux à partir de 2% sur l'année. On en est pour l'instant bien loin et les différentes perspectives économiques sont plutôt pessimistes. Mais qu'entend-on par compétitivité ? 
Eh bien, il s'agit de l'ensemble de dispositions permettant à un pays de présenter un certain attrait pour les entreprises qui les inciterait à s'implanter dans ce pays, à y rester plutôt que de délocaliser, ou bien encore permettre aux jeunes entrepreneurs en herbe de se lancer sans crainte.
Quelle est la situation en France ? Actuellement notre pays souffre effectivement d'un manque de compétitivité : la fiscalité est lourde, trop même. L'arsenal législatif et administratif qui entoure le monde du travail est également trop contraignant, surtout pour les créateurs d'entreprises et enfin, on ne travaille pas assez. C'est un fait : avec 5 semaines de congés payés par an (sans compter les RTT), la semaine à 35h et la retraite à 60 ans, la France ne travaille pas assez, en comparaison des autres pays de l'OCDE notamment. Et ces pays constituent nos principaux concurrents.
Que faire alors ? Les plus libéraux d'entre nous diront qu'il faut alléger le coût du travail, trop élevé, et le transférer sur les salariés, à l'instar de ce qui se fait chez les Anglo-Saxons. Idée insuffisante et contre-productive : la France a en effet une tradition d'Etat fort qui subvient aux besoins de sa population. La protection sociale est une fierté de notre pays. Mais elle doit être régulée : il faut limiter les abus, lutter contre les fraudeurs, qu'ils soient particuliers ou personnes morales (les fraudes à l'URSSAF coûtent chaque année des milliards d'euros à l'Etat). Les plus à gauche d'entre nous, quant à eux, diront qu'il faut taxer les entreprises et les particuliers les plus riches pour mieux redistribuer la protection sociale et faciliter l'éclosion des PME-PMI-TPE. Soit. Mais alors les surtaxés quitteront notre pays sans délai, aidés en cela par une mondialisation finalement toujours prompte à faciliter l'exil dans les pays pratiquant le dumping fiscal et social à outrance. 
Quelles solutions avons-nous alors à notre disposition ? Eh bien, elles sont nombreuses. La plus simple, si l'Europe et l'Euro perdurent, serait d'instaurer une TVA sociale : on surtaxe à la frontière les produits provenant de l'extérieur de l'UE, d'autant plus si ils ne respectent pas les normes élémentaires en matière d'environnement, de conditions de travail et de salaire de ceux qui ont fabriqué lesdits produits. Cela freinera les velléités de délocalisation des entreprises qui devront payer fort cher la réimportation de leurs bien manufacturés en Europe. De plus, on limitera la consommation et cela limitera l'endettement des ménages. On pourra alors préserver et relancer notre tissu industriel. 
A plus long terme, si l'Euro et l'Europe étaient enfin appréhendés comme les menaces qu'ils représentent réellement pour notre économie, une sortie de la France de l'UE simplifierait beaucoup les choses : avec un Franc bien moins élevé que ne l'est l'Euro, il redeviendra intéressant pour les pays étrangers d'acheter nos produits, à un coût moindre et cela rétablirait de surcroît notre balance commerciale. En outre, cela permettrait d'alléger considérablement l'arsenal législatif, car beaucoup de lois contraignantes concernant le monde du travail sont aussi l'oeuvre de Bruxelles.
Rétablir les 39h et repousser l'âge de la retraite paraissent également des solutions inéluctables : les 39h permettraient d'atténuer la pression sur la productivité des salariés, qui seraient en plus mieux payés. La non-taxation des heures supplémentaires serait également la bienvenue pour favoriser le travail des plus méritants. Et le recul de l'âge de la retraite ne ferait que répondre à un impérieux démographique : nous sommes toujours plus nombreux, nous vivons toujours plus longtemps et les comptes des caisses de retraite sont mauvais : cela solutionnerait en grande partie ce problème.
J'ajoute qu'il convient également d'alléger considérablement la fiscalité et la législation sur les TPE-PME-PMI et professions libérales, qui sont les premiers employeurs en France et qui sont loin des clichés des patrons sans foi ni loi du CAC 40.
Enfin, un dernier domaine, et non des moindres, doit être exploré, et c'est ce que sous-tend le rapport Gallois, sans le mettre cependant suffisamment en avant néanmoins, à mon grand regret : la compétitivité hors-coût ! Quelle est-elle ? Il s'agit de tout ce qui donne un avantage de compétitivité à un pays qui ne soit ni du domaine législatif, ni du domaine fiscal ou financier. L'un des secteurs économiques qui se porte le mieux en France, et c'est une vieille tradition, c'est le luxe. Voilà un exemple de compétitivité hors-coût qui s'appuie sur le savoir-faire et sur la créativité des entreprises du luxe en France. Un exemple qu'il faut suivre. Comment ? En mettant en oeuvre tout ce qui sera nécessaire à la qualité et à la formation de la main d'oeuvre en France. Ce qui a convaincu Toyota de s'installer à Valenciennes par exemple. Mais ce n'est pas tout : pour permettre aux jeunes talents français de créer et développer leurs projets, la recherche et le développement doivent être au coeur des investissements d'avenir. Et, plus que jamais, reposer la question de l'enseignement dans notre pays demeure le noeud gordien, l'alpha et l'oméga de l'avenir de notre économie. Un vaste chantier en perspective. Qui osera s'y atteler ?