Ce week-end le PS était réuni en congrès à Toulouse. L'occasion de réaffirmer le programme du Président Hollande ainsi que les fondamentaux du Parti, enfin, dans le peu de temps qui leur était imparti pour cela. En effet, ils ont passé la quasi-intégralité du congrès à taper encore et encore sur la Droite. Comme si ils n'avaient pas compris que c'était désormais inutile puisqu'ils ne sont plus dans l'opposition.
Parmi ces fondamentaux figurait l'un des engagements majeurs de François Hollande (c'est dire la pauvreté, pour ne pas dire le néant, de son programme...) : le droit de vote des étrangers aux élections locales.
Serpent de mer de la politique de gauche depuis que François Mitterrand l'avait inclus dans ses 101 propositions lorsqu'il fut élu en 1981, ce débat revient sur la table chaque fois que la Gauche est aux affaires : 1981, 1988, 1997 et 2012. Problème : ils ont toujours renoncé.
Quel est l'argumentaire employé ? Des étrangers en situation régulière travaillant et payant des impôts devraient avoir le droit, par principe de justice et d'égalité (les pauvres, à force d'être invoquées à tort et à travers, elles doivent avoir une sacrée migraine !) pouvoir voter aux élections locales. Quand certains ne réclament pas carrément qu'ils puissent être élus conseillers municipaux ou maires.
Ah, décidément la Gauche ne manque jamais d'idées foireuses. Ils ont pourtant oublié un point majeur : le droit de vote est fondamentalement corrélé à la nationalité. Après tout, si ces étrangers en situation régulière et remplissant les conditions nécessaires ne demandent pas à être naturalisés pour obtenir la citoyenneté française et bénéficier des droits qui vont avec, ça les regarde ! Ils n'ont qu'à participer, par voie consulaire, aux élections de leur pays d'origine ! Les Tunisiens de France ne se sont d'ailleurs pas gênés pour le faire quand il a fallu porter les islamistes d'Ennahda au pouvoir. Il semble absolument cohérent et logique d'avoir le droit de voter pour un pays et un seul !
L'argument massue employé est le fait que les étrangers payant des impôts devraient également bénéficier de tous les droits de la nationalité française. Problème : le suffrage censitaire n'existe plus depuis belle lurette ! La Gauche l'aurait-elle oublié ?
Jaurès disait : "La Nation, c'est le seul bien des pauvres", Jaurès homme de Gauche par excellence. Autrement dit, donner aux étrangers le droit de voter et d'être élu, c'est comme déchoir de leur nationalité les Français les plus modestes et les plus humbles qui, eux, n'ont pas forcément les moyens de payer des impôts mais à qui il reste encore cependant ce droit fondamental : celui de glisser un bulletin dans l'urne. Va-t-on leur retirer ce rare privilège au nom d'une supposée égalité qui ne répond en réalité qu'à un impératif de lobby, un impératif communautaire ? L'historien et sociologue américain Christopher Lasch (1932-1994), scientifique historiquement de Gauche, avait en son temps fustigé, déjà à l'époque, la course de cette Gauche libertaire-libérale vers cette démagogie, qu'il appelait la "religion du progrès" (1). De même, en France, Jean-Claude Michéa, ancien militant du PCF, philosophe et essayiste, procède-t-il à la même critique. Il "considère que les idéaux bourgeois libéraux ont triomphé du socialisme en le phagocytant" et "déplore que le socialisme ait accepté les thèses du libéralisme politique". (2)
Car il en va finalement du droit de vote des étrangers comme du "mariage pour tous" : satisfaire des lobbies minoritaires qui, par l'ouverture de nouveaux droits, vont créer de nouvelles niches de consommation qui profitent encore et toujours au cynique capitalisme mondialisé. Demandez donc aux professionnels du mariage et vous verrez qu'ils se frottent déjà les mains à l'idée de voir de nouveaux clients affluer, qui pour réserver un traiteur, qui pour se faire tailler un costume sur mesure.
Sauf que dans le cas qui nous occupe aujourd'hui, c'est bien plus grave de la part de la Gauche : ils ont compris que les jeunes des banlieues ne votaient pas et que leurs aînés, pour ceux qui possédaient la nationalité française, avaient massivement voté pour François Hollande (à 93%, si ça c'est pas un score de dictateur africain). Or, en vue des élections locales, notamment les Municipales de 2014, et sachant très bien que le PS risque de prendre une mémorable rouste car il n'aura résolu en rien les vrais problèmes des Français, la rue de Solférino cherche à prendre des voix là où elles sont : à savoir chez les étrangers.
Cependant, tout n'est pas perdu. Accorder le droit de vote aux étrangers nécessite, selon la loi française, de modifier la Constitution. On ne peut la modifier que de deux façons : soit par référendum, soit par majorité des 3/5e du Parlement réuni en Congrès (Assemblée Nationale + Sénat). Il s'avère que le Président, pas fou, ne veut pas du référendum qu'il sait risqué sinon perdu d'avance, ce qui aurait de graves conséquences pour la suite de carrière à l'Elysée ; quant à la majorité des 3/5e, la Gauche est loin du compte, l'UMP, farouchement opposée au projet, disposant de suffisamment de sièges pour faire barrage.
Le Gouvernement, sauf extraordinaire et improbable retournement de situation, va donc devoir faire machine arrière. Et ce ne sera qu'un début, car la résistance s'organise. Sur le "mariage pour tous", par exemple, dont le débat en Conseil des Ministres a été ajourné. Il faudra donc expliquer aux Français qu'on n'a pas pu tenir sa parole. Ce qui risque, même pour un sujet comme celui-ci, de susciter au mieux l'ironie, sinon un rejet toujours plus profond de l'équipe dirigeante actuelle.
Que Hollande se renseigne, mais je crois qu'il y a encore de belles maisons à vendre sur l'Ile de Ré : Lionel Jospin commence à s'y sentir bien seul...
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1 - LASCH Christopher (2000) La Culture du narcissisme - La vie américaine à un âge de déclin des espérances, Paris, Climats & "Mass Culture reconsidered" in Democracy (01/10/81) p 7-22
2 - MICHEA Jean-Claude (2010) L'Empire du moindre mal, essai sur la civilisation libérale, Paris, Champs-Flammarion
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