mardi 6 novembre 2012

Les Etats-Nations mis à mal par l'Europe des régions

Saint-Louis vu par Le Gréco (Source Wikipédia)

Bonjour à tous !

Tandis que la crise économique qui nous frappe est loin d'être terminée, on assiste en Europe à un phénomène qui tend à prendre de l'ampleur depuis quelques mois : le régionalisme. Celui-ci consiste en la manifestation d'un ras-le-bol de la part de certaines régions en Europe par rapport à l'Etat-Nation qui les chapeaute. L'exemple le plus frappant est sans doute celui de la Flandre belge, qui réclame son indépendance à corps et à cris au point d'avoir empêché la formation d'un gouvernement Outre-Quiévrain pendant près de 2 ans. Le problème est simple : la Flandre est industrieuse et riche tandis que la Wallonie se paupérise en même temps que son taux de chômage augmente.
En Grande-Bretagne, c'est l'Ecosse qui, au vu de la récession qui frappe le Royaume, a décidé d'organiser un référendum dans les mois qui viennent pour s'octroyer son indépendance. Il faut dire que les terres se trouvant au nord du mur d'Hadrien bénéficient aujourd'hui d'une très belle rente financée par l'extraordinaire richesse pétrolière de leurs eaux territoriales en Mer du Nord. Au point que la ville d'Aberdeen existe uniquement grâce à cela. En Italie, la querelle est ancienne entre les indépendantistes de la Ligue du Nord qui veulent constituer la Padanie (en référence au Pô, le grand fleuve du nord du pays) et l'Etat Central qui ne veut évidemment pas que toutes les régions au sud du Latium soient laissées pour compte (comprenez : aux mains de la mafia). En Espagne, c'est la Catalogne qui manifeste de manière toujours plus virulente sa volonté de s'émanciper. Et en France, le problème le plus frappant est le problème corse.
Comment expliquer ses relents régionalistes ? Tout simplement parce que l'Europe se veut une Europe des Régions. Elle le revendique comme tel, en n'hésitant d'ailleurs pas à transférer des fonds directement à certaines d'entre elles sans passer par la case "Etat central". Cela s'inscrit dans le projet fédéral de cette Union Européenne qui se fantasme en Etats-Unis d'Europe, chose qui n'arrivera jamais ! Pensez donc : 20 siècles à se faire la guerre pour enfin en arriver à un équilibre fragile, et une multitude de peuples tous plus différents les uns que les autres, sur un territoire assez petit finalement, dont beaucoup ne peuvent pas se saquer (il n'y a qu'à regarder les histoires de chacun pour comprendre pourquoi). Bref, ce n'est certainement pas pour fonder un énorme machin (Mon Général, si vous nous regardez...) où chacun cohabiterait avec l'autre comme si il ne s'était rien passé. Ce qui est très différent de l'Histoire des USA. Mais ça, nos chers technocrates bruxellois l'ignorent sciemment. Et ils s'en contrefichent, puisqu'ils n'ont jamais à se confronter aux électeurs !
En outre, l'Allemagne, qui est le moteur économique de l'Europe, est un état fédéral où les décisions sont décentralisées très souvent vers les Länder. Et en géopolitique comme dans le reste, c'est souvent le plus riche qui impose sa loi. Pas de quoi s'étonner, donc, que les feux régionalistes s'attisent toujours plus aujourd'hui.
Et c'est précisément la raison pour laquelle cette Europe-là sera toujours en contradiction frontale avec la France. La France est le pays par excellence de la centralisation, de l'Etat fort, digne héritier de la doctrine jacobine qui voulait un Etat centralisateur et souverainiste pour passer outre les particularismes et les revendications communautaires afin d'établir, dans la transposition contemporaine du jacobinisme, une solidarité nationale redistribuée équitablement depuis la Capitale vers les régions. La France est sans doute le plus vieil état du monde. Songez plutôt : si l'on prend comme point de départ le couronnement d'Hugues Capet (987, pour ceux qui dorment à côté du radiateur, au fond, près de la fenêtre), le pays s'est très vite constitué autour de sa capitale, Paris. Louis IX (Saint-Louis, pour les intimes et les grenouilles de bénitier), par l'ordonnance de 1254, modernisa complètement l'administration avec un système de contrôle sur ses agents royaux délégués en province, les baillis et les prévôts. En outre, les sujets pouvaient en référer directement au Roi lorsqu'ils le jugeaient nécessaire, reconnaissant, de facto, la supériorité du souverain, et donc de l'Etat, sur les petits grouillots de l'époque, ancêtres de nos estimés fonctionnaires. Il donna aussi ses lettres de noblesse à la Sorbonne (établie à Paris), créa l'ancêtre de la cour des comptes et fit réévaluer la monnaie. Cela se poursuivit au fil des siècles, selon que la France perdait ou gagnait des territoires (notez qu'elle ne perdit jamais de territoires dans des proportions alarmantes). Tout ceci fut préservé jusqu'à Napoléon Ier qui introduisit une seconde réforme majeure avec le Code Civil (le fameux texte bien chiant pour les défenseurs du "mariage pour tous"), les départements et les Universités. 
Il y a donc dans ce régionalisme nouvellement exacerbé une forme de cynisme malvenu en ces temps de crise où les territoires les plus riches veulent leur indépendance afin d'abandonner le navire en pleine tempête, remettant complètement en cause la solidarité nationale induite par l'Etat-Nation. Emile Durkheim serait étonné de voir aujourd'hui à quel point il avait raison lorsqu'il évoquait l'isolement néfaste qu'avait provoqué le passage de la solidarité mécanique à la solidarité organique. Mais bon, il paraît que ça s'appelle la modernisation de la société et des moeurs et que c'est très bien comme cela. M'est avis que l'inflation des actes de violence provoqués par cette course aux communautarismes et au repli sur soi n'en est qu'à ses débuts. Qui prendra alors la suite de Durkheim pour rédiger Le Suicide, tome 2 : 115 ans après ?

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