vendredi 15 mars 2013

Habemus Papam Franciscum

Crédits Photo : Reuters

Bonjour à tous !

Ad majorem Dei gloriam (1) : telle pourrait être la devise du nouveau Pape, François, puisque issu de la Societas Jesu, l'Ordre des Jésuites. Jorge Maria Bergoglio est le premier pape du genre. Il est également le premier pape des Amériques et le premier pape non européen, au sens moderne du terme, depuis Grégoire III (dont le pontificat se déroula entre 731 et 741). 
Nouvel état-civil, parcours atypique, origine exotique : avant même de faire connaître ses premières mesures ainsi que l'orientation générale de son pontificat, le nouvel évêque de Rome est assuré d'entrer dans l'Histoire. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ses confrères du Sacré Collège ont frappé fort en cherchant un symbole, un homme qui pourrait relancer l'intérêt autour du catholicisme. Il n'était pas le favori de ce scrutin (Odilo Scherer, Angelo Scola, Peter Turkson, Luis Tagle ou encore Marc Ouellet avaient les préférences des bookmakers) mais il a su déjouer les pronostics en s'appuyant sur le précédent conclave de 2005 où, vraisemblablement, il avait été le plus sérieux rival de Joseph Ratzinger. 
Le premier point à expliquer, c'est ce que sa formation de jésuite a de spécifique. Cet ordre particulier est sans doute le plus exigeant pour ses membres : 2 ans de noviciat (au lieu d'une année dans les autres ordres) et 10 ans d'études en philosophie, sciences et théologie, entrecoupées de 5 années de professorat. La discipline et la hiérarchie y sont des plus rigoureuses. C'est un ordre prédicateur qui entend supprimer autant que possible les intermédiaires entre les croyants et Rome afin de rendre la religion accessible à tous. Cela s'est traduit concrètement dans la vie quotidienne de l'archevêque de Buenos Aires par sa volonté d'être toujours proche des plus démunis et une volonté d'ordinaire : il a refusé son domaine épiscopal pour un petit appartement près de sa cathédrale et n'hésitait pas à prendre le métro. En résumé, son règne pourrait être celui d'un retour à la simplicité évangélique dans l'Eglise avec la mise au pas de la Curie (le gouvernement du Vatican) et un exil des affaires prononcé à l'encontre de tous ceux qui auront porté atteinte à l'image du catholicisme (on pense aux pédophiles et à tous ceux qui concourent à blanchir de l'argent sale).
Les chantiers qui attendent le Pape François sont immenses : il doit redorer l'image de sa paroisse. Les moqueurs et les grincheux mentionneront notamment les agressions sur les mineurs. Rappelons que cela existe aussi chez les imams et les rabbins. Alors les progressistes qui réclament l'ordonnancement des femmes et, a fortiori, le mariage des prêtes pour mettre fin à ces crimes en seront pour leurs frais. Les curés ne sont finalement que le reflet des hommes, avec leurs qualités et leurs défauts, leurs exploits et leurs horreurs. D'ailleurs, en parlant de progressisme, inutile d'attendre du nouveau Pontife qu'il se montre libéral sur le préservatif, le mariage homosexuel et j'en passe : il est nécessairement le gardien d'un dogme qui a pour but de protéger les Hommes des aléas de la société temporelle : l'Eglise reste, les modes passent. Et aujourd'hui, ces aléas sont la mondialisation, la marchandisation croissante de l'humain et le libéralisme sauvage. Après tout, même ces débauchés de Borgia ont maintenu une rigueur dans la pratique catholique. Cela ne changera pas aujourd'hui. François s'est même violemment pris le bec avec la présidente de son pays natal, Christina Kirchner, à propos du mariage gay. En revanche, soucieux du devenir des plus pauvres et des plus fragiles, il s'est montré favorable au baptême des femmes célibataires et des enfants nés hors-mariage.
Cependant, par honnêteté, il convient de faire état des reproches qui sont faits au successeur de Saint Pierre concernant son rôle supposé en faveur du pouvoir lors de la dictature militaire au pays de Maradona (1976-83). Des témoins apparaissent comme par magie, parlant de documents, de preuves irréfutables, pour établir que Jorge Bergoglio a autorisé l'arrestation de prêtres opposés au régime ainsi qu'à l'enlèvement de centaines de bébés. Soit. Mais on peut légitimement s'interroger sur la validité de ces preuves. Pourquoi ne sortent-elles que maintenant ? Pourquoi Bergoglio n'a-t-il jamais été inquiété par la justice de son pays, ni par la justice de la communauté internationale, toujours prompte à mettre son nez dans des affaires qui ne la regardent pas ? Une fois encore, en France en particulier, on oublie un peu trop souvent l'un des principes fondateurs de notre République : la présomption d'innocence. Puisque le nouveau Pape n'a jamais été mis en examen, arrêté ou condamné, il est innocent des faits qui lui sont reprochés. Point. Mais bon, vous me direz, les Français ont la nouvelle manie de soigneusement défaire tous les acquis républicains pour lesquels nombre de nos ancêtres furent massacrés. Un peu comme Pénélope. En moins sexy...
Pour conclure, évoquons un bref état des lieux de la catholicité dans le monde : l'Asie, l'Amérique et l'Afrique sont les moteurs de la chrétienté moderne. Un prélat issu de l'un de ces continents est donc chose normale. D'aucuns regretteront que le Pape ne soit pas africain : le problème, c'est que la confrontation avec l'Islam est forte sur ce continent, et que le pays qui aurait fourni un pape aurait risqué de basculer dans la guerre civile, notamment au Nigéria. D'autres regretteront, de même, qu'il ne soit pas asiatique : là encore, la prégnance d'un fort contrepoids, la Chine en l'occurrence, ne rend pas la chose aisée. La logique s'est donc tournée vers le Nouveau Monde. Tandis que l'Europe connait un recul constant parmi les croyants du Second Testament. Pourquoi ? Sans doute parce que notre terre de Cocagne nous a détournés d'un besoin constant en l'espoir que pouvait représenter la Bible. Et que notre contrée qui a vu naître tant de philosophes a tellement remis en question la pertinence des Ecritures que les Européens ont fini par s'en lasser. Enfin, les guerres de religion qui ont si souvent émaillé la Renaissance ont achevé de nous rendre sceptiques vis-à-vis d'une pratique abstraite qui exige de croire en quelque chose que l'on ne peut prouver. Logique. Imparable même. Est-ce une bonne chose ? Nul ne saurait le dire...

(1) : Pour la plus grande gloire de Dieu

mercredi 13 mars 2013

Quand les féministes perdent le sens commun

Militantes du mouvement Women Can Be Priests, Place St Pierre à Rome
Crédits Photo : Euronews

Bonjour à tous !

Alors que le Conclave a solennellement débuté aujourd'hui, il y a forcément des voix qui s'élèvent pour se faire remarquer : des athées qui dédaignent l'Eglise pour mieux s'ingérer dans ses affaires en réclamant un Pape "réformiste", des chansonniers pour tirer la moëlle humoristique de cette situation et...des femmes qui souhaitent, alors qu'elles sont catholiques pratiquantes - et donc supposées avoir intégré toutes les subtilités du Premier et du Second Testaments - voir l'une d'entre elles élue Pape. Ou Papesse. Car la seule façon que l'on a trouvé pour enrichir le vocabulaire français est de féminiser et/ou d'angliciser tous les termes possibles et imaginables. Il n'est pas venu à l'esprit de ses femmes, pourtant, que si Dieu (si il existe) a demandé aux hommes de le servir, c'est parce qu'il avait moins confiance en eux. Et que la raison pour laquelle c'est aux hommes qu'on demande tant de sacrifices (renoncement à fonder une famille, notamment), c'est pour les contrôler, les tenir en laisse pour éviter qu'ils ne s'éparpillent et ne commettent des actes répréhensibles. C'est le problème de nos sociétés d'aujourd'hui : à force de voir des injustices partout, on ne se pose plus la question de savoir pourquoi les faits existent depuis tant d'années, de décennies, de siècles. On veut le progrès, peu importe comment mais on l'exige. Alors que la Première Guerre Mondiale aurait dû interpeller sur les limites de ce progrès quand on s'est aperçu que toutes les merveilleuses inventions de la Révolution Industrielle pouvaient très facilement transformer un conflit en charnier.
Cette forme de féminisme n'est pas la seule à se manifester à tort et à travers : en Suède, dans certains comtés du pays, on demande aux hommes d'uriner assis (véridique) pour de soi-disants raisons d'hygiène. Bizarrement, en France, les femmes qui utilisent les toilettes publiques le font plutôt en rechignant tant l'hygiène y est incertaine. Et pour cause : poser son séant sur un siège qui en a vu passer tant d'autres dans la journée, même avec la meilleure Javel du monde, ce n'est pas très sain. Mais la Suède ne compte pas en rester là dans ses bêtises féministes : un couple a ainsi élevé son enfant sans lui révéler son sexe. Il n'a même pas de prénom ! Et je ne parle pas des institutions de puériculture, les crèches ou les écoles, où l'on oblige les enfants à faire des occupations unisexes. Le résultat de cette politique désastreuse ? La Suède est le pays d'Europe où le taux de suicide des hommes est le plus élevé d'Europe ! A force d'avoir émasculé ses vikings, le royaume scandinave les a condamnés à dépérir.
En France, l'arrivée au pouvoir de la Gauche et la nomination de Najat Vallaud-Belkacem au Ministère de l'Egalitarisme (sa véritable dénomination) a clairement laissé une ouverture pour les féministes extrémistes. On les a vues fourbir leurs armes dans le "débat" (comprendre : monologue) sur le "mariage pour tous", et elles ont remis ça en blasphémant Notre-Dame de Paris quand Benoît XVI a annoncé son retrait de la fonction papale. Les Femen, puisqu'il s'agit d'elles, entendent montrer à la France qu'avec des seins nus on peut tourner les hommes en ridicule en leur faisant prendre conscience de l'odieuse audace d'être ce qu'ils sont. C'est-à-dire...des hommes. Ces furies venues d'Europe de l'Est qui ne possèdent aucune mesure, aucun respect, ni aucun sens des valeurs morales, sans parler de la décence la plus élémentaire, entendent forcer les hommes à s'excuser de ce qu'ils sont. Le torchon de Marcela Iacub est finalement venue parachever cette "oeuvre" qui a pour finalité de démontrer que l'homme doit se retirer et laisser le pouvoir aux femmes. Pour en faire quoi ? On ne sait pas. Mais elles le veulent. Du moins certaines d'entre elles. Le tout appuyé par la très discutable et discutée théorie du genre qui prétend nous enseigner que le sexe est un construit socio-culturel, un habitus comme dirait Bourdieu, et non une donnée biologique. Autrement dit, on ne conteste pas qu'untel soit brun, qu'unetelle ait les yeux bleus... Par contre on conteste la réalité de ses organes génitaux. Amusant. Et stupide. Mais il est difficile de faire entendre raison à ses totalitaires. Pourtant, des examens scientifiques révèlent que la conscience du sexe existe déjà chez le foetus : ceux de sexe masculin peuvent avoir des érections spontanées tandis qu'à la naissance, les bébés de sexe féminin ont tendance à se taire pour prêter attention aux pleurs d'autres nourrissons. Chassez le naturel il revient au galop !
Car ce qu'il serait bon d'expliquer, c'est qu'être un homme n'est pas qu'une somme de privilèges tandis qu'être une femme ne serait qu'une somme de corvées et de choses négatives : chaque sexe a sa fonction à tenir dans le bon fonctionnement de la société, chaque position a ses avantages et ses inconvénients. Etre un homme signifie travailler durement, parfois jusqu'à l'apparition d'un conflit (l'Histoire nous enseigne que ledit conflit est le plus souvent sanglant, des Jacqueries à Mai 68 en passant par la révolte des Canuts), devoir prendre et assumer des responsabilités et, surtout, être prêt à mourir au combat pour défendre sa patrie, sa famille, ses biens. En quoi cela constitue une position avantageuse ? En quoi est-ce un haut fait, une gloire, que de devoir s'éloigner des siens, ne pas pouvoir voir grandir ses enfants parce que le devoir appelle l'homme en dehors du domicile ? Si les femmes veulent la place de l'homme, qu'elles la prennent. Mais dans sa globalité. Toutefois, il serait injuste d'oublier que l'homme a pu, trop souvent, surestimer sa valeur et abuser d'une position qu'il jugeait dominante. Les nombreuses dérives, qui en découlent encore, sont certainement à l'origine de ce retour de manivelle. Un grand débat serein est plus que souhaitable. La société d'aujourd'hui semble pourtant privilégier l'affrontement et la violence, pour marquer les esprits. Dommage...

mardi 5 mars 2013

Profs : la grogne monte

AFP - Jacques Demarthon

Bonjour à tous !

Les sujets de mécontentement sont nombreux en France ces derniers mois. Mais un sujet plus qu'un autre cristallise l'attention. Sans doute parce qu'il concerne un problème qui, en notre beau pays, semble insoluble : celui de l'éducation.
En effet, le ministre de l'Education, Vincent Peillon, a décidé d'acter les nombreuses alertes des chronobiologistes sur l'organisation du temps scolaire. Trop peu de jours travaillés (une spécificité hexagonale), des vacances trop longues, résultat : des journées surchargées, comme les cartables, une attention à géométrie variable et une concentration qui s'effiloche.
Noble intention que de vouloir remédier au problème. Le seul bémol, c'est que les profs ne sont pas d'accord. Vous me direz : ils ne sont jamais d'accord. Vous n'aurez pas tort... Réformer l'Education Nationale relève de la gageure. Tout le monde s'y est cassé les dents, le plus célèbre d'entre eux, ces vingt dernières années, étant Claude Allègre.
Tâchons d'analyser objectivement la situation : l'Education Nationale est, après le service de la dette, le premier poste du budget de l'Etat. Des moyens, il y en a. Mais comme souvent, ils sont mal utilisés. La faute à qui ? Oh, à un peu tout le monde sans doute. Comme je l'ai déjà écrit ici par le passé, la "formidable avancée" que devait constituer le collège unique, couplée à d'autres inepties comme la mise en place de la méthode globale pour apprendre à lire, a généré des fourgons entiers de personnes fragiles parce qu'illettrées et mal orientées. Car qui dit collège unique dit banalisation des diplômes, le Bac en étant l'exemple le plus parlant. Plus il y a de candidats qui obtiennent un diplôme, plus celui-ci est dévalorisé, c'est l'évidence. Par voie de conséquence, les élèves ont conscience de devoir rester dans le circuit scolaire plus longtemps si ils veulent avoir la chance de décrocher enfin un sésame qui leur permettra de s'intégrer dans le marché du travail. Pas la moindre des difficultés en période de crise économique. 
Les effets pervers sont innombrables, et on le constate aujourd'hui : classes surchargées, élèves à la lecture et à l'orthographe mal assurées qui se retrouvent donc en échec dans toutes les autres matières, multiplication d'établissements pour répondre à la demande démographique croissante donc éparpillement des moyens et au final... échec massif des étudiants dans les universités et 10% de chômage en France.
La campagne de Mai 68 a situé la scolarité comme l'alpha et l'oméga de l'émancipation de l'individu. Sauf que pour permettre à tous de faire un parcours scolaire honorable, on a nivelé par le bas, fabriqué des consommateurs isolés, cibles faciles pour des personnes peu scrupuleuses prêtes à leur bourrer le mou avec des tentations toujours plus fortes. Et tout le monde est victime : les bons élèves, qui perdent leur temps dans un endroit qui ne leur apprend rien, les élèves en difficulté qui restent dans le système contre leur volonté - ce qui entraîne violence et agressivité de leur part, les parents qui ne savent plus à quel saint se vouer, l'économie française qui manque de main d'oeuvre qualifiée dans des secteurs qui cherchent désespérément à embaucher (artisanat, restauration - notre retard par rapport à l'Allemagne dans le secteur de l'apprentissage est dramatiquement ahurissant !), les universités qui ne savent plus quoi faire de bacheliers qui n'ont pas le niveau et bien sûr, les professeurs. 
Pris au coeur de l'engrenage, ces derniers subissent la pression de leur hiérarchie, la pression des parents, qui ne comprennent pas pourquoi leur "petit génie" de gamin entasse les mauvaises notes dans la matière dont ils ont l'enseignement à charge, sont aux premières loges quand surviennent des agressions et sont, en prime, mal payés eu égard à leur formation. Sans compter que cela fait des années que celle-ci est notoirement incomplète en ce qui concerne le champ pratique de leur métier.
Alors plutôt que de se battre pour enlever une semaine par ci et rajouter une demi-journée par là, il serait judicieux de s'attaquer au coeur du problème : redonner à l'enseignant, au maître, l'envie et le goût d'exercer son métier. Car la crise des vocations est notable ! Pour cela, il conviendrait de redéfinir sa formation pour qu'il n'arrive pas largué dans une classe comme l'oisillon tombant du nid, revoir ses émoluments à la hausse et assurer la sécurité de sa personne, en premier lieu, et des établissements en général. L'enseignant doit être le coeur de la réforme de l'enseignement. Symboliquement, il serait d'ailleurs intéressant de renommer ce ministère, Ministère de l'Instruction Publique, au sens où l'entendait Condorcet. C'est aux familles d'éduquer les enfants, les maîtres sont les détenteurs du savoir, leur rôle doit donc se borner à celui d'instruire. Mais là, on parle d'une hypothèse encore trop abstraite aux yeux de la majorité, malheureusement. 
En attendant, ce sont les profs qui n'ont pas fini d'avaler des couleuvres...

jeudi 28 février 2013

Plaidoyer en faveur d'un retour au Franc

Billet de 20FF (Claude Debussy)

Bonjour à tous !

Alors que la Crise bat son plein, on ne sait plus trop à quel saint se vouer pour en sortir. La France a officiellement (et tristement !) atteint son record de 1997 en terme de chômage. Si François Hollande affirme qu'il pourra inverser la tendance de l'emploi au tournant de 2014, on a du mal à le croire. La colère monte partout en Europe, et ce ne sont pas les résultats des dernières élections générales en Italie qui pourront nous démentir. En effet, le "Non" à l'Europe et à Merkel fut cinglant de la part de Transalpins lassés par les politiques d'austérité successives imposées par Mario Monti. Un président du Conseil qui avait d'ailleurs été placé là par les marchés, et en aucun cas par le peuple. Une leçon à retenir pour l'avenir, car l'Européen en a assez que certains technocrates payés grassement et non-élus prennent des décisions iniques à leur place. On leur doit, entre autres inepties, la PAC (qui favorise les gros exploitants au détriment des petits agriculteurs qui croulent sous les dettes), le démantèlement des services publics français (vous savez maintenant pourquoi il n'y a plus de Bureau de Poste dans les villages) ou encore l'arrêt Bosman, qui a complètement dérégulé les salaires des footballeurs et pillé les meilleurs joueurs des championnats les plus faibles pour la grande joie de l'Italie, de l'Espagne et de l'Angleterre. 
Alors, on s'interroge et on cherche des solutions. L'une revient en boucle et est évoquée de plus en plus par des intellectuels de tous bords. Je parle bien sûr du retour au Franc et de la sortie de l'Euro. Emmanuel Todd, Joseph Stiglitz (Prix Nobel) et Paul Krugman (autre Prix Nobel) plaident notamment pour la fin de la Monnaie Unique. Le problème, pour les détracteurs de cette théorie, c'est la dette. Dette qui pèse aujourd'hui environ 1900 Mds €, soit 90% du PIB français. Une dette cumulée à la fois par la Gauche et la Droite depuis, surtout, 1981. A noter qu'au contraire de pays comme le Japon, 2/3 de la dette est détenue par des étrangers. Autrement dit, on peut légitimement penser que les dirigeants du pays ont endetté celui-ci bien au-delà de la capacité d'épargne des Français. Un crime pour les générations futures. Alors on pousse des cris d'orfraie en expliquant que les Français devront payer plus d'impôts. Soit. Sauf que depuis 30 ans, la dette est remboursée...par de l'endettement supplémentaire, pas par des impôts. De plus, pourquoi penser que ce serait aux plus modestes de payer l'impôt pour rembourser la dette ? A moins d'accepter l'idée, qui serait inéluctable, que les plus fortunés s'exilent fiscalement. Sans volonté politique aucune de les en empêcher. 
Un autre point à expliciter, c'est la crainte de l'inflation en cas de retour au Franc. Or, pour qu'il y ait inflation, il faut qu'il y ait une surchauffe de l'économie. Improbable en cas de substantielle hausse de la fiscalité. Quant aux taux d'intérêts élevés, qui se manifestent pour atténuer le coût de l'argent en cas d'inflation, ils sont bridés car incompatibles avec une politique de dévaluation compétitive. Politique qui est visée par les souverainistes militant pour un retour au Franc. Et puis, l'inflation est surtout le fait de l'Euro. Prenons un exemple parlant : la baguette de pain. Elle coûtait 1.25FF en 1981. 0.90€ aujourd'hui (soit environ 6FF). En se basant sur les statistiques de l'INSEE, et en cumulant l'inflation de 1982, 1983,..., 2010, la baguette devrait coûter...3.18FF !! Autrement dit, moitié moins que ce qu'elle coûte aujourd'hui. 
Soyons clairs, la volonté de revenir au Franc n'est pas, dans un premier temps, motivée par une volonté de baisser les prix. Mais de relancer la compétitivité externe. Et recommencer à vendre aux Allemands, par exemple. Ainsi, de 1980 à 2007, l'emploi industriel a chuté de 36% en France, soit 1.9M d'emplois perdus, ou encore 70.000 personnes supplémentaires au chômage par an. Un grand merci aux dirigeants français qui ont généreusement encouragé le CNPF puis le MEDEF à délocaliser tant et plus depuis 1984. 
En résumé, si l'on sortait de l'Euro pour revenir au Franc, la dette augmenterait. Ce qui est vrai. Mais avant d'en arriver là, nos dirigeants qui auraient pris cette courageuse décision se lanceraient d'abord dans une discussion multilatérale avec ses partenaires pour un retrait concerté de l'Euro. Suffisant pour que la Monnaie Unique perde de sa valeur et soit copieusement dévaluée par les marchés qui auraient alors perdu confiance en elle. Le passage de l'Euro au Franc serait ainsi moins violent, et l'augmentation de la dette serait contenue. Quitter un Euro très bas par rapport au Dollar permettrait ensuite une hausse du nouveau Mark, une aubaine pour le commerce extérieur français, qui fut, jusqu'à l'Euro, la première force de l'économie de notre pays.
Alors brisons les tabous et prenons des décisions courageuses. Autant éviter le sort de l'Irlande qui a retrouvé la croissance aujourd'hui au prix de coupes réglées dans le salaire et donc dans le pouvoir d'achat des Irlandais. Que la France retrouve sa souveraineté, et cela commence par battre sa propre monnaie !

lundi 25 février 2013

Hommage à Daniel Day-Lewis

Crédits Photo : Mario Anzuoni, Reuters

Bonjour à tous !

Une fois n'est pas coutume, il ne sera pas question ici de politique ou d'économie, mais de culture. En effet, les Césars et les Oscars avaient lieu ce week-end, l'occasion de faire un petit bilan et de rendre hommage au plus grand acteur de sa génération, Daniel Day-Lewis.
Commençons donc par les Césars. Visiblement, Antoine De Caunes n'était pas au mieux de sa forme. S'inspirer du mini-sketch de Billy Crystal consistant à s'insérer dans les scènes des films en compétition (qui date d'il y a 10 ans de cela !) n'est sans doute pas la meilleure façon de rentrer dans la soirée. En fait, c'est la profession dans son ensemble qui semblait tendue et nerveuse depuis l'affaire Maraval, qui dénonçait les émoluments des acteurs dans une tribune de presse. Autre personne à en avoir pris pour son grade à longueur de soirée, Gérard Depardieu. Il fallait s'y attendre. Pas très original. Ni très courageux de tirer sur une ambulance à plusieurs dizaines contre un seul. Kevin Costner, très ému de sa récompense du reste, s'est ennuyé ferme toute la cérémonie. Bref, rien à retenir de cette soirée, si ce n'est les justes récompenses pour Amour et De Rouille et d'os. Fort heureusement, Holy Motors de Leos Carax n'a rien reçu, et rien qu'à lire le synopsis et voir la bande annonce, ça ne donne pas envie de le voir. Tant pis si ça fait grincer des dents chez Télérama, l'Obs ou Les Inrocks. Ce sera une jubilation supplémentaire me concernant.
Et puis hier soir (enfin la nuit dernière, pour nous, en France), s'est déroulée la Cérémonie des Oscars, 85e du nom. On voit la différence. Aux USA on aime le show, quitte à en faire trop. L'hôte de la soirée, Seth McFarlane, s'est répandu en vannes de mauvais goûts, de son fait ou par l'intermédiaire de l'ours qu'il a créé, Ted. Antisémitisme, allusion à la drogue omniprésente à Hollywood, tout y est passé. Même si c'est une façon un peu maladroite de donner un coup de pied dans ce protocole aseptisé. On a quand même eu quelques moments intéressants qui auront su apporter de l'entrain à une soirée décidément trop longue, comme toutes celles du genre d'ailleurs. Adele a ainsi chanté Skyfall, Barbra Streisand lui a rendu la pareille en faisant trembler la salle avec The Way we were, en hommage aux disparus de l'année passée (Ernest Borgnine et Michael Clarke Duncan pour ne citer qu'eux). Jennifer Lawrence, Oscar de la meilleure actrice, est tombée et Michelle Obama, en duplex de la Maison Blanche, a consacré Argo meilleur film. De quoi faire oublier quelque peu les récompenses de mauvais goût attribuées aux Misérables, énième itération du genre qui doit faire regretter à Hugo d'avoir écrit ce livre, de là où il nous regarde. Quant à l'Oscar du meilleur réalisateur pour Ang Lee, je veux bien, mais il ne faut pas oublier que son film - sans vouloir lui retirer ses qualités - a été tourné à 75% sur fond vert, sans dialogues ou presque et avec très peu de jeu d'acteur à diriger. A ce moment-là, autant récompenser la météo de Nathalie Rihouet. Michael Haneke est reparti, sans surprise, avec la statuette du meilleur film étranger. On aurait aimé qu'il en fût de même pour Emmanuelle Riva d'autant que la concurrence n'était pas exceptionnelle cette année. On appréciera, enfin, que Bigelow ne reparte sans aucune statuette principale, parce que nous faire le coup de Démineurs 2, faut pas exagérer. Jessica Chastain aura, quant à elle, d'autres occasions de remporter une récompense.
Enfin, il y eut, pour moi, le moment fort de la soirée. Fort parce qu'historique. Nicholson a, par le passé, il est vrai, remporté 3 Oscars, dont deux comme meilleur second rôle. Mais voilà, Daniel Day-Lewis a fait mieux hier soir. 3 Oscars du meilleur acteur, cela n'était jamais arrivé. Sur trois décennies différentes en prime. Il remporte sa première récompense en 1990 pour My left foot, de Jim Sheridan, enchaîne en 2008 pour There will be blood de Paul Thomas Anderson et enfin cette année pour Lincoln. Cet acteur a tourné pour quelques-uns des plus grands cinéastes (Stephane Frears, James Ivory, Michael Mann, Martin Scorsese, Paul Thomas Anderson et bien sûr, donc, Spielberg. En 1998, il avait pourtant décidé de prendre sa retraite, s'installant comme cordonnier. C'est Scorsese qui avait été le chercher pour lui offrir un rôle dans Gangs of New York. Bien lui en avait pris. Car on ne saurait se passer du talent d'un acteur qui interprète ses rôles à l'ancienne, en s'en imprégnant jusqu'à la moelle. Sur le tournage de Lincoln, tout le monde était prié de l'appeler "Mister President", y compris entre les scènes. Il échangeait par SMS en langage du XIXe siècle avec ses partenaires de jeu et avait été jusqu'à reproduire les inflexions et la démarche de celui que les Américains surnomment affectueusement Abe. Les critiques de cinéma ont unanimement loué son talent d'acteur depuis qu'il hante les plateaux de tournage (son premier film date de 1971, il avait alors 14 ans.) Lui qui confie toujours ressentir une immense tristesse et un grand vide à la fin de chaque tournage, tant il y met de l'intensité et de l'authenticité, pourrait bien nous faire le même effet le jour où il arrêtera définitivement. See you soon, Daniel !

vendredi 22 février 2013

La vie politique française face au néant

Jean-Pierre Raffarin/Eric Feferberg, AFP

Bonjour à tous !

Cette fois-ci, on y est, il n'est plus possible de se cacher. Après les débats houleux concernant le "mariage pour tous", et dont le dernier épisode en date est la saisine du Conseil Economique, Social et Environnemental par ses opposants (qui ont déposé une pétition ayant recueilli 700,000 signatures), vient enfin le retour au coeur des débats : l'économie, la vie politique et le social. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on n'est pas déçu du voyage, ce n'est rien de le dire !
A gauche, Taubira - à laquelle je reconnais la fidélité à ses idées, pas la moindre des qualités en politique - reprend son bâton de pèlerin pour en finir avec le "tout carcéral". Il serait pourtant urgent de redonner de la dignité aux prisons et aux détenus (et diminuer ainsi la probabilité de récidive), construire de nouvelles places de détentions pour entrer dans la moyenne européenne (environ 90,000 places de détention par pays) et opter pour une vraie politique carcérale : un suivi efficace et personnalisé des mineurs, la mise à l'écart des primo-délinquants pour leur éviter l'influence néfaste des récidivistes, une réhabilitation du personnel carcéral et, cela va sans dire, une véritable prise en considération des victimes. 
Deuxième point d'achoppement pour l'équipe au pouvoir, la croissance. Et là, on assiste, comme trop souvent dans ce gouvernement, à une cacophonie. On a d'ailleurs assisté aujourd'hui au même "n'importe quoi" concernant les otages français à la frontière camerouno-nigériane. Pour en revenir au cas qui nous intéresse, d'aucuns estiment que la croissance sera nulle (ils ont raison) et des irresponsables continuent de tabler sur une croissance de 0,8%. Sauf que l'OCDE, notamment, ne semble pas d'accord avec ce dernier pronostic. Cela veut donc dire que les pertes d'emplois seront plus graves que prévus, les rentrées fiscales moins importantes et que l'objectif de 3% du PIB concernant le déficit promis à l'impérialisme de l'axe Bruxelles-Berlin ne sera pas tenu. Ce qui permet de constater deux choses :
- primo, la porte-parole du gouvernement, qui devrait représenter la ligne officielle du duo Ayrault-Hollande, ne fait pas son travail. Les petits camarades se disputent, parlent à tort et à travers, l'exécutif ne dit rien et Mme Vallaud-Belkacem continue son petit bonhomme de chemin avec son pseudo-féminisme ridicule ;
- deuxio, que l'on ne sait toujours pas quelle orientation économique claire le gouvernement veut donner au pays. En 81, Mitterrand et Mauroy, même si l'avenir leur avait donné tort, avaient opté pour la relance. Tout le monde l'avait compris. Là on hésite entre mesures fiscales imprécises et anti-constitutionnelles d'un côté, et mesurettes censées redonner un peu de pouvoir d'achat aux Français (blocage des prix de l'essence et du loyer par exemple).
Enfin, la troisième cagade vient de Claude Bartolone en personne. Le Président de l'Assemblée Nationale a dû reconnaître que la réforme constitutionnelle ne se ferait pas car il n'avait pas réussi, avec ses collègues socialistes, à convaincre 3/5e des parlementaires de voter pour, y compris à Gauche puisque les Radicaux s'y sont opposés. Le parti de Jean-Michel Baylet s'oppose à la réforme du statut pénal du Président, ce qui est heureux car le Président, par définition, est un être extraordinaire, stricto sensu, durant son mandat. Et ils sont également opposés à la suppression de la Cour de Justice de la République qui avait montré son utilité pendant l'affaire du sang contaminé. Au Centre, l'UDI et le Modem s'opposent par principe à des retouches systématiques de la Constitution qui, faut-il le rappeler, est le fondement de notre République. Enfin, la Droite repousse avec fermeté et raison le droit de vote des étrangers aux élections locales. Et c'est dommage que ce soit la Droite qui rappelle à la Gauche l'esprit de Jaurès qui disait que "La Nation est le seul bien des pauvres." Autrement dit, quelle que soit sa condition sociale, tout Français jouissant de ses droits civiques a le droit de voter. Il n'est nul besoin de travailler ou de payer ses impôts pour jouir de ses droits fondamentaux. Ou alors on rétablit le suffrage censitaire. L'Histoire démontra que ce fût une bien mauvaise idée.
Et l'UMP, dans tout ça, justement ? On devrait s'attendre à ce que le parti dirigé par.... Ah, oui, il faut dire qu'une chatte n'y retrouverait plus ses petits dans tout ce capharnaüm ! Eh bien l'UMP, dont on serait en droit d'attendre qu'elle fasse feu de tout bois, qu'elle soit force de proposition, prenne la parole et unisse les Français qui rejettent la politique socialiste. Nenni ! On préfère se tirer dans les pattes et continuer de faire le procès de Sarkozy. Très courageux quand on sait que celui-ci n'est pas libre de répondre, de par son statut de membre du Conseil Constitutionnel. Un courage qui sied évidemment à merveille à ces grands humanistes que sont NKM et Raffarin. Ledit Raffarin dont on aimerait bien qu'il nous fasse justement part de son bilan en tant que Premier Ministre sous Chirac. Mais il ne le supporterait pas le pauvre, alors il préfère tirer sur l'ambulance. Une magnifique preuve d'humanité. Quant à NKM.... La nullarde en économie préfère se crêper le chignon avec Dati pour la Mairie de Paris. Au moins la Maire du VIIe a-t-elle l'élémentaire courtoise de ne pas trop se répandre dans la presse concernant le fameux "bilan" de Sarkozy, homme sans lequel elle serait restée ce qu'elle a toujours été : rien ! Un peu comme NKM, sauf que l'édile de Longjumeau n'a pas le même sens de la reconnaissance. 
Or donc, que déduire de ce silence gênant de l'UMP et de sa conduite consternante tant dans la désignation de ses leaders que dans la vindicte envers celui qui est quand même le seul, en 10 ans, a leur avoir fait gagner des élections ? La réponse est, en vérité, assez simple : ils n'ont rien à proposer car la majorité d'entre eux mènerait la même politique pro-européenne, et donc pro-libérale, que la Gauche. A la seule différence qu'au lieu d'augmenter les impôts, ils diminueraient les dépenses. Dans les deux cas, ce sont les classes moyennes qui payent le plus les pots cassés. Car si les dépenses doivent être effectivement réduites, c'est de manière efficace, notamment au niveau des collectivités territoriales. Mais là, on rentrerait dans des guerres intestines qui mettraient le PS et l'UMP à feu et à sang. 
La conclusion de tout ceci est donc que c'est le moment ou jamais pour la classe politique de se renouveler dans ses idées et ses valeurs. Il ne faut pas avoir peur de briser des tabous. On attend de la Gauche qu'elle se révèle enfin colbertiste, étatiste. Que Montebourg lâche un ministère qui lui vaut la haine et les quolibets pour enfin faire entendre la voix de la démondialisation. On ne sait jamais, si Valls le suit, on peut enfin avoir une Gauche intelligente qui retrouve le respect de la Nation et des petites gens qui la composent. Quant à la Droite, ce n'est pas Colbert qui doit l'inspirer mais bien évidemment le Général de Gaulle, inspirateur d'une Droite sociale capable de créer la Sécurité sociale mais aussi de mettre en avant la nécessité de l'autorité. Car l'ordre préserve les classes populaires, le socle du peuple de France. Il doit se faire entendre à nouveau sur la politique de l'assimilation, le retour des frontières avec une immigration maîtrisée et, bien sûr, une concertation avec ses partenaires européens pour enfin sortir de l'Euro. Un Euro qui a, mine de rien, multiplié l'inflation au moins par 2. Un exemple ? En 1981, la baguette de pain coûtait 1,25F environ. Avec l'ajout de l'inflation de 1982, 83,...2011, elle devrait valoir environ 3,18F. Or elle vaut en réalité 0,90€. Soit près de 6F. Mais ce débat sur le retour au Franc fera l'objet d'un autre post.
En attendant, je vous laisse à vos réflexions. C'est au peuple de prendre en main sa destinée, de se faire entendre, et de reprendre le fil du roman national français interrompu en Mai '68.

samedi 16 février 2013

Budget européen : non, les nations ne sont pas mortes !

Libre de droits

Bonjour à tous !

Alors que l'histoire du cheval roumain cannibalise l'actualité aux côtés de la démission du Très Saint Père, il s'est déroulé un évènement non moins important la semaine passée : l'accord sur le budget européen pour les 6 années à venir (2014-2020). Fait unique, c'est la première fois que celui-ci est révisé à la baisse !
C'est là que ça devient très intéressant puisque l'on assiste sans doute à un basculement historique. Car après l'Europe franco-allemande qui faisait suite au Traité de l'Elysée signé par De Gaulle et Adenauer, et dont nous célébrons les 50 ans cette année, c'est aujourd'hui une alliance germano-britannique qui semble se former. Pourquoi ? Parce que Merkel et Cameron sont tous les deux d'aspiration libérale, voire ultra-libérale, qu'ils mettent en avant les économies avant les investissements, que Londres se fiche comme d'une guigne que l'Euro soit fort, contentant ainsi Berlin qui ne veut pas entamer les réserves de ses retraités, et que la City sert également de base financière stratégique à la richissime industrie d'Outre-Rhin.
Et puis, surtout, il s'agit d'un retour à l'Histoire. Historiquement, les Allemands et les Anglais ont toujours cherché noise aux Français qu'ils trouvent trop dépensiers, trop étatistes, trop administrés et trop catholiques. Tout le contraire de deux pays protestants pour qui l'argent n'est pas un tabou et est même idolâtré. Rappelons que c'est Max Weber, un sociologue allemand, qui fut le premier à théoriser le lien entre protestantisme et enrichissement des nations. De Gaulle était conscient de cela : il qualifiait d'ailleurs les Anglais de boutiquiers et il voyait juste quand il voulait les empêcher d'entrer dans le marché commun. Car il savait que ce serait faire entrer le loup dans la bergerie. Il n'avait pas tort. Seulement l'anglophile Pompidou n'a pas résisté à la tentation après son arrivée au pouvoir. Et on n'a jamais pu faire plier Londres aux exigences de la construction européenne : Schengen, ils regardent ça d'un oeil lointain, ils ont conservé leur chère Pound et ils ont même poussé l'outrecuidance jusqu'à conserver leur archaïque système métrique, comme pour mieux contenter le cousin américain. 
Car il faut dire que l'attitude anglaise s'explique historiquement par sa position géographique mais aussi dans la constitution de son empire colonial. Elle a toujours été un cheval de Troie de l'Oncle Sam en Europe. Quant à son immense empire colonial - qui s'est construit en grande partie, faut-il le rappeler, par l'éradication pure et simple des populations autochtones (Nlle Zélande, USA, Australie...) - elle le doit à la puissance de sa marine. Rappelons que la flotte anglaise est ainsi la seule à avoir défait l'Invincible Armada espagnole en 1588 sous le règne d'Elisabeth Ie. Elle a également constitué deux gigantesques compagnies marchandes pour rentabiliser a maxima ses colonies : la Compagnie des Indes Orientales et la Compagnie des Indes Occidentales. La France dans tout ça ? Le Continent a toujours eu ses préférences depuis la constitution de l'empire carolingien sous Charlemagne aux VIIIe et IXe siècle. C'est d'ailleurs cette Europe carolingienne, l'Europe des 6, qui fut à l'origine instituée en 1957 par le Traité de Rome. Ce "continentalisme" français fut renforcé et scellé dans la pierre des pyramides avec la défaite de Napoléon lors de sa campagne d'Egypte en 1799, lui fermant alors définitivement l'accès au Moyen-Orient et à la Mer Rouge. 
Ce petit rappel historique montre donc la divergence fondamentale entre deux Europe qui ne peuvent s'entendre et fonder, à terme, une entité supranationale comme le rêvaient Giscard ou Delors. Il y a d'un côté une Europe catholique, étatiste, basée sur de vieilles puissances historiques (la France, l'Espagne et l'Italie) et de l'autre une Europe protestante, libérale, qui raisonne sur une logique de profits et d'enrichissement pour permettre à sa population de se prémunir des aléas de la vie (Allemagne, Angleterre, Bénélux). Vouloir fonder une alliance avec ces pays est voué à l'échec. D'autant que certains pays sont des monarchies, d'autres non. Et puis il y a une autre question qui mérite d'être posée : celle de l'histoire de l'Allemagne, qui nous permet de mieux cerner les intérêts de ce pays. Rappelons que celui-ci n'existe que depuis la Guerre de 1870-71 contre la France de Napoléon III menée par Bismarck. Avant cela il ne s'agissait que d'un conglomérat de principautés. La scission allemande opérée entre 1961 et 1990 a freiné ce pays dans la rédaction de son roman national. Il a donc besoin de se sentir fort pour exister et pour assurer une cohésion à un peuple qui n'a pas une grande histoire commune derrière lui. C'est sans doute à ce titre qu'il fut à l'origine de deux guerres mondiales. Et aujourd'hui, alors que son armée est désormais inexistante, c'est par sa puissance économique couplée à sa légendaire discipline qu'il entend assurer son hégémonie et ainsi, son avenir, qu'il juge par ailleurs très incertain à en juger par la faiblesse de son taux de natalité. Tant pis si il doit écraser les autres et plonger des peuples dans la misère pour arriver à ses fins. Quant à espérer un changement de politique, il est vain d'y croire. Car les mesures économiques libérales qui dirigent aujourd'hui le pays furent mises en place par Gehrard Schröder, pourtant de Gauche (SPD).
Avec toutes ces explications, il n'est donc pas très étonnant qu'Angie grimace depuis que François II est parti guerroyer au Mali. Car elle sait très bien que quand l'économie ne se porte pas bien, le seul autre moyen d'emmener un pays derrière soi, et d'éventuels alliés dans son sillage, c'est au fil de l'épée. Reste à savoir si cette réaction française n'est pas intervenue trop tard pour préserver la crédibilité tricolore...