mardi 24 juillet 2012

Tuerie d'Aurora : le 2e Amendement dans la ligne de mire

James Holmes au Tribunal du Comté
d'Arapahoe (Colorado) / Crédits photo : 
POOL-REUTERS

Bonjour à tous !

Un triste événement a marqué le week-end et la sortie du blockbuster événement The Dark Knight Rises aux USA. Lors d'une projection en avant-première dans un cinéma d'Aurora, James Holmes, jeune étudiant en neurologie (ou neuroscience, le terme diffère selon les versions) balance une grenade lacrymogène dans la salle et ouvre le feu. Bilan : 12 morts et plusieurs blessés, certains dans un état grave, avec pronostic vital engagé.

La première question qui vient à l'esprit c'est : pourquoi ? Pourquoi une tuerie de plus, dans cet état du Colorado qui semble malheureusement coutumier du fait ? Rappelons que le massacre de Columbine s'était déjà déroulé dans cet état. 

Le premier élément de réponse doit d'abord porter sur les motivations du tueur présumé. Cheveux rouges façon Joker, il semblait avoir développé une certaine identification à cet antéchrist de comic book. Il arrive parfois que certaines personnes, à la psyché fragile, se serve de l'identité d'un criminel de fiction pour perpétrer ces crimes horribles. A l'époque de la sortie de Scream, plusieurs meurtres à l'arme blanche avaient été perpétrés par des "tueurs au masque". Cela avait été le premier débat sur le thème de la violence à l'écran. On avait alors cherché à faire porter le chapeau à l'univers cinématographique comme on cherche à le faire au moins aussi souvent aujourd'hui concernant l'univers vidéoludique. Mais je pense que l'on se trompe de combat. Après tout, d'autres formes d'art renferment une certaine violence et on n'a jamais autant polémiqué. Je pense à la littérature, par exemple, ou les ouvrages de Hitler et de Marx ont généré des idéologies de haine, responsables de dizaines de millions de morts pendant le XXe siècle.

Non je pense que le mal est ailleurs. Comme je le disais dans mon post sur Anders Breivik, chacun d'entre nous possède une part d'ombre. Selon les individus, leur vécu, et le degré de fragilité de leur psyché, celle-ci peut alors, lorsqu'elle prend le dessus, se révéler dévastatrice. D'aucuns cherchent à comprendre ce passage à l'acte pour l'appréhender ou même l'annihiler, de sorte que la folie destructrice de l'Homme ne puisse plus s'exprimer. Mais c'est un leurre. Nous ne serons jamais de doux agneaux bien sages, obéissants d'une seule voix à la doctrine du Bien. D'abord, il faudrait définir ce qu'est le Bien, et ensuite ce serait nier la puissance de l'esprit humain, ses méandres, son fonctionnement complexe. Car comme l'évoquait déjà Plaute quelques deux siècles avant notre ère : "Homo Hominis lupus est" (l'Homme est un loup pour l'Homme). Le Bien et le Mal coexistent tant par incapacité à changer la donne que par nécessité. Après tout, Nietzsche disait "Ce qui ne tue pas rend plus fort". Autrement dit : il y a du bon, souvent une ou plusieurs leçons à tirer, de tout ce que l'on qualifie d'horrible, terrible ou dramatique. 

Mais je m'égare. Car il est vrai qu'il existe cependant pléthore d'outils à la disposition de l'Homme pour contenir cette violence incontrôlable. A commencer par la Loi. Or, aux USA, si le Colorado est tristement connu pour ses massacres, il convient d'en chercher l'explication dans l'arsenal législatif sur le port et la possession d'armes à feu particulièrement laxiste en la matière : il suffit, pour se procurer une arme, d'être majeur, d'avoir un casier vierge et de résider dans l'état. Point. Rien d'autre ! Ajoutons à cela que c'est un état très conservateur, où la maniaquerie sur le droit à la possession d'une arme "pour se défendre" est poussée à son paroxysme et vous aurez alors un début d'explication. Car toutes les armes de l'arsenal de Holmes étaient détenues légalement ! L'Oncle Sam possède, dans sa Constitution, qui est un peu sa 2e Bible, un texte incontournable pour qui veut comprendre l'obsession des Américains pour les armes à feu : le 2e Amendement. Celui-ci donne le droit à tout citoyen américain de porter des armes. Problème : il date de 1791 lors de l'ajout des dix premiers amendements à la Constitution américaine, addendum que l'on connaît sous le nom de Bill of Rights. Il avait été rédigé par peur que le peuple, qui avait participé à la guerre d'indépendance, ne se rebelle contre l'Etat fédéral si ce dernier venait à confisquer les armes détenues par les civils. En l'absence d'une police encore inexistante pour maintenir l'ordre, l'arme était le seul moyen pour les Américains de se défendre. Depuis quelques 220 ans, ce texte n'a pas été retouché. N'oublions pas dans le "packaging" de cette lubie la puissance de la NRA (National Rifle Association) et le fait que l'industrie de l'armement emploie 180.000 personnes : vous aurez alors reformé le puzzle dans son entier ! 

Pourtant, des voix courageuses s'élèvent, çà et là, pour appeler à un changement. Ainsi a-t-on entendu, peu de temps après le drame d'Aurora, Michael Bloomberg, le maire républicain de New York, demander à ce que la législation soit revue en profondeur concernant le 2e Amendement. Mais il y a peu de chances que cela aboutisse, Mitt Romney comme Barack Obama ayant bien trop peur de perdre quantité d'électeurs pointilleux sur ce sujet. Et pendant ce temps-là, on enverra Holmes, comme les autres, griller sur la chaise. Sans vraiment chercher à comprendre. Et cela recommencera, invariablement. Mais ce n'est pas grave, le pays continuera de tourner rond. Pensez donc, Walter Hill, déficient mental médicalement reconnu, va être exécuté cette nuit dans l'état de Géorgie. Envers et contre tout. God Bless America...

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