jeudi 13 novembre 2014

Alain Juppé, le pire d'entre tous ?

Crédits Photo : Régis Duvignau/Reuters/LeMonde.fr

Bonjour à tous !

Ah, il a la cote le Alain. Tout le monde l'aime, le reçoit, lui demande son avis de vieux sage, en grognard de la politique qu'il est tout en étant un élu local respecté, voire adulé.

Un élu local de haut vol ?

Maire de Bordeaux depuis des lustres, Juppé est loué pour sa politique où il a remis les transports en commun, l'écologie, l'humain au centre de la problématique girondine. Ca vous rappelle quelque chose ? Delanoë à Paris, Collomb à Lyon ? Bien vu, c'est exactement la même chose ! Et pourtant ce sont (ou furent) des maires socialistes ! Alors on va les voir pour leur demander leur avis sur un pays qui ne va pas aussi bien que leur ville-vitrine ouverte sur le monde et la mondialisation. Et tout le monde semble oublier sciemment qu'il y a une petite différence entre diriger une ville, a fortiori quand elle est située du bon côté de la mondialisation, et diriger un pays. Et pendant qu'on médiatise ses notables provinciaux, on en oublie tous les petits élus locaux qui se battent avec des moyens ridiculement faibles pour faire survivre leur commune rurale. Sauf que la "France périphérique", tout le monde s'en moque ! Ou plutôt, non : on fait semblant de s'y intéresser parce qu'on sent bien que Christophe Guilluy, le dépositaire de cette thèse, a vu juste. Alors on lui sert la soupe en public. Avant de jeter son livre aux orties sitôt les lumières des caméras éteintes. Il faut dire les choses telles qu'elles sont : aujourd'hui, on donne de l'importance à des édiles qui ne sortent plus de leur forteresse urbaine où tout brille et les médias se contrefichent des 61% de Français qui vivent en dehors des zones bénies de la mondialisation heureuse à la française. Vous connaissez beaucoup de sociologues, d'universitaires, d'historiens qui passent dans les médias de grande écoute parler de la ruralité française ? Guilluy n'a fait qu'un passage télé probant, sur Paris Première (chaîne payante), un Vendredi soir en 2e partie de soirée. Par contre, Eric Fassin, Pascal Blanchard, Jacques Attali ont table ouverte chez leurs amis de la presse écrite ou télévisée, Les Inrocks, Libé, France TV, iTélé et Canal + en tête. Bref, tout ce petit monde s'auto-entretient et garde ses oeillères soigneusement fixées.

Face à Juppé, un désert électoral

N'oublions pas une chose : en 1995, Juppé fut Premier Ministre. Avec ses réformes libérales catastrophiques, il mit à peine plus de 6 mois pour lancer les Français dans la rue pour un mouvement social qu'on n'avait plus vu depuis belle lurette. Cette catastrophe s'acheva par la dissolution de 1997 et la déroute électorale de l'union RPR-UDF face à la désormais célèbre "Gauche Plurielle" emmenée par Lionel Jospin.
Cette alliance RPR-UDF consacrée par la création de l'UMP quelques années plus tard est d'ailleurs bien là le talon d'Achille de la Droite aujourd'hui : déchirée entre une base gaulliste qui tente, vaille que vaille, de s'appuyer sur la Convention du RPR de 1990 stipulant explicitement qu'il faut freiner l'immigration et que l'Islam n'est pas compatible avec la République (signée à l'époque par Sarkozy et Juppé du reste), et un centre europhile à outrance, libéral et pro-business (comme dirait l'autre...), le néo-parti n'a jamais eu de base idéologique solide. Cela se retrouve d'ailleurs dans cette maxime désormais célèbre de Charles Pasqua selon laquelle "L'UDF amène les élus, et le RPR amène les électeurs." On se situe alors typiquement dans le cas de figure où les élites sont alors déconnectées de leur base militante. 
En se déclarant aujourd'hui, dans Les Inrocks, favorable à l'adoption par les couples homosexuels, en affirmant que s'il était élu en 2017 il ne reviendrait pas sur la Loi Taubira et en laissant entendre qu'Emmanuel Macron est sur la bonne voie économique puisqu'il applique les idées de la Droite libérale, Juppé scelle dans le marbre la pensée désormais justifiée que "Droite et Gauche sont les deux détaillants d'un même grossiste, l'Europe." (Philippe Séguin) Autrement dit, l'UMPS critiquée par Marine Le Pen est bel et bien là, à diriger le pays et en le mettant en coupe réglée pour faire plaisir à Berlin et Bruxelles sur un plan économique, et à Washington sur un plan diplomatique.
Le problème, c'est que plus le temps passe, plus le positionnement centriste d'Alain Juppé va l'amener vers une impasse électorale. Certes, cela va finir par forcer Bayrou, Lagarde, Morin, Valls et Cie à sortir du bois en assumant leur caractère résolument libéral pour créer un mouvement politique résolument centriste. Mais alors, pour le candidat qui émergera de ce mouvement, il faudra se rendre à l'évidence : il se prendra un mur électoral ! Plus personne ne vote pour le Centre, hormis l'exception de 2007 qui peut s'expliquer pour 2 raisons : Sarkozy, par son programme résolument bonapartiste, siphonnait les voix du FN qui était électoralement mort : il y avait donc plus de place pour un Centre libéré de l'envahissant UMP, qui s'était sincèrement positionnée à droite ; et puis c'était surtout la première élection débarrassée des mythes politiques. Pas de Jospin, Chirac, Delors, et autre Giscard. Que des primo-candidats pour les grands partis, qui favorisaient alors une recomposition des voix. Mais en 2012, la messe était dite : le Centre s'est vidé de ses électeurs, et cela s'est vu à la Présidentielle, aux Législatives, avant de se confirmer en 2014 aux Municipales et aux Européennes. Les Français, pour une majorité d'entre eux, demandent qu'on replace l'identité de notre pays au centre du débat. Qu'on ose critiquer l'Europe, la mondialisation, l'immigration de masse. Qu'on les laisse s'exprimer en faveur d'une famille traditionnelle qui a permis la survie de notre société depuis des siècles, quoi qu'on en dise ! Qu'on ne bride plus la liberté d'expression comme les singes savants essaient désespérément de le faire en invitant Eric Zemmour sur tous les plateaux pour lui déverser des tombereaux d'insultes, quand ce n'est pas pour le dépeindre en malade mental, carrément. Mazarine Pingeot et Bruno Roger-Petit savent de quoi je parle. La même Mazarine Pingeot qui ne vend pas un bouquin et qui a vécu aux frais de la République pendant des années, fruit des frasques de son Collabo de père... 
Bien entendu, je peux me tromper. Il peut ne pas y avoir d'alliance des libéraux, par fierté, souci du parti, ou d'autres obscures raisons. Auquel cas, cela ferait autant de candidats au Centre. Sauf que pas grand chose divisé par X candidats, ça ne fait vraiment plus beaucoup de voix lors du décompte final. 
Mais est-ce là vraiment ce que cherchent ces profiteurs du système ? Ou bien ne sont-ils pas plutôt en quête d'un brevet de respectabilité de la part de l'apparatchik de la presse bobo, qui occupe l'immense majorité du temps d'antenne et des kiosques ? Là est la question. Et ce sont les électeurs qui, au final, donneront la réponse.

mercredi 22 octobre 2014

Quand les élites détournent la langue française à leur profit


Julien Aubert, député UMP "fautif" selon Mme Mazetier
Crédits Photo : Martin Bureau/AFP/LeFigaro.fr



Bonjour à tous !

Qu'il est loin le temps des discours enflammés ponctués de références, savantes et savoureuses à la fois, prononcés par de grands hommes d'Etat qui avaient pour seul souci le bien-être du pays et de la nation. Aujourd'hui les élites détournent le français à leur guise, conscients de détenir là une arme puissante d'endoctrinement.

Sandrine Mazetier, symbole d'un féminisme totalitaire et hors-sujet

Mme Mazetier est un député socialiste qui fut président de séance de circonstance à l'Assemblée Nationale durant les débats sur la transition énergétique. Oui, vous avez bien lu "un député" et "président". M. Aubert, député UMP, qui avait la parole, interpela Mme Mazetier sous la dénomination de "Mme Le Président". S'ensuivit un rappel à l'ordre informel, une prise de bec puis un rappel à l'ordre formel qui valut inscription au procès-verbal de la séance et amende à hauteur d'un quart de l'indemnité de l'élu. Outre le ridicule de la scène - les politiques ont sans doute plus urgent à faire que de disserter sur des querelles d'ego grammatical - Mme Mazetier a ainsi rappelé à tous son féminisme intégriste dénué de sens et de fondement. En effet, elle avait déjà proposé que les écoles maternelles s'appelassent dorénavant "petite école" ou "première école" (1). 
Toutefois, M. Aubert, qui disait s'appuyer sur le règlement de l'Académie française, s'est vu conforté dans son bon droit par celle-ci. On rappellera cependant qu'il existe un règlement propre à l'Assemblée Nationale qui dispose qu'il faut féminiser autant que possible les noms de fonction, et ce depuis le Gouvernement Jospin (1997-2002). Néanmoins, l'Académie française régit la langue française depuis 1635, l'Assemblée Nationale n'a donc, a priori, aucune légitimité pour se soustraire à ses recommandations.

Que dit l'Académie française à ce propos ?

Dans un avis publié a posteriori des événements, la vénérable institution rappelle qu'en terme de féminisation du vocabulaire professionnel, cela s'applique exclusivement aux métiers, non aux fonctions. En effet, une fonction a vocation à s'inscrire dans la durée, le long terme, tandis qu'un métier est exercé le temps que la personne est en capacité de le faire. Ainsi le Ministère de la Santé existait avant le mandat de Mme Touraine et existera après, et sera peut-être alors pourvu par un homme. Auquel cas, le principe de neutralité prévaut. La langue française n'ayant pas de neutralité pronominale dans sa grammaire, c'est le masculin qui remplit, par défaut, ce rôle. Il s'agit ici d'une règle héritée du bas-latin, avant que notre pays ne connaisse une importante influence linguistique avec les multiples et successives invasions barbares (Francs et Normands notamment). Autrement dit, il ne s'agit pas ici d'une nouveauté. D'ailleurs l'inverse existe aussi sans que les hommes ne s'en plaignent : on parlera toujours d'une sage-femme (certes il s'agit d'un métier, mais sa masculinisation est esthétiquement impossible) et d'une sentinelle. Il ne s'agit pas de dénigrer la personne en charge, simplement certaines règles sont immuables, ce qui a au moins le mérite de rappeler l'être humain à un peu plus d'humilité.

"Franglish", "globish" et autres éléments de langage dévastateurs

S'il est bien une horreur qui martyrise notre langue aujourd'hui, c'est cette espèce de "globish" immonde, notamment dans les métiers "2.0" et les métiers de la finance, ces derniers demandant une relation permanente avec Londres et Wall Street, et se retrouvant donc sous influence directe d'un anglais à la fois appauvri et très technique puisque centré sur un domaine particulier, ici la finance.
Pour en revenir aux métiers "2.0", je fais ici mention de la publicité, des jeux vidéo, de la presse sur internet, etc. On se retrouve ainsi avec cinquante mots de vocabulaire qui tournent en rond et qui ne veulent plus dire grand chose à force d'être répété ad nauseam. Vous avez le choix entre "buzz", "hashtag", "design", "e-marketing", "tweet", follower" et j'en passe, le tout bien évidemment prononcé avec un accent français du plus bel effet....ou pas ! La Loi Toubon, établie il y a environ 20 ans, fut pourtant claire sur ce sujet, le but étant surtout de s'assurer qu'un contractant ou qu'un consommateur soit assuré de comprendre ce qu'il signait ou achetait. Las, les nouvelles technologies importées tout droit de la Silicon Valley ont tout ravagé, piétinant les plates-bandes du français, et donnant également une vision biaisée car trop partielle de la langue anglaise, bien plus riche que ce que l'on croit. Fait amusant, l'influence japonaise fut très présente sur le marché occidental des nouvelles technologies dans les années 80 et 90 : curieusement, personne n'a essayé d'importer des mots japonais dans la langue française. Et c'est bien dommage, cela aurait témoigné d'une ouverture d'esprit bien plus grande que ce suivisme ridicule dont nous faisons preuve.

L'instrumentalisation de la langue à des fins politico-médiatiques

Tout ceci ne serait finalement pas bien grave si il n'y avait pas derrière une tentative de récupérer la langue à son profit. Petit à petit, passé simple, passé antérieur, imparfait du subjonctif (quand ce n'est pas le subjonctif dans son entier) disparaissent de la langue, on crée toujours plus de mots "valises" en recourant de plus en plus souvent à la novlangue. Le but avoué ? Faire croire qu'on cherche ainsi à s'adresser au plus grand nombre en employant un verbe simple, accessible à tous. Sauf qu'en agissant de la sorte, on prend en réalité les citoyens pour des abrutis, d'une part, et on leur remplit le crâne avec des inepties vides de sens, d'autre part. Il suffit de lire une note de Terra Nova, think-tank attitré du PS, ou bien des campagnes promotionnelles de collectivités territoriales pour se rendre compte, en bas de la page...que l'on n'a pas compris grand chose même si, sur le moment, cela paraissait formidable. 
Il est temps de recentrer la langue française au coeur de notre démocratie : une langue simple, sans faux-semblants, sans anglicismes malheureux, sans fautes de frappe qui font saigner des yeux et autres horreurs qui torturent notre si belle langue. Car la démocratie passe aussi par la parole et la plume !

(1)http://www.liberation.fr/societe/2013/02/01/la-deputee-sandrine-mazetier-ne-veut-plus-parler-d-ecole-maternelle_878591

dimanche 12 octobre 2014

Eric Zemmour, une passion française

Crédits Photo : Capture d'image France Télévisions/LeFigaro.fr

Bonjour à tous !

Que n'a-t-on entendu cette semaine à propos d'Eric Zemmour ? Adulé ou exécré, l'homme ne laisse nullement indifférent. Il semble cristalliser à lui seul tous les antagonismes de notre pays, entre réactionnaires et progressistes, conservateurs et modernistes.

Un homme passionné par le débat

Talent le plus remarquable chez lui, sa passion pour le débat, la contradiction, la joute verbale. Là où les invités des plateaux télé déversent, dans 90% des cas, des platitudes d'un ennui profond, lui titille, asticote, délivre ses vérités sans prendre de gants, parce que ça le démange, ça le brûle, et qu'il ne peut pas garder ça pour lui. Et tant pis pour les réactions souvent outragées (et souvent surjouées d'ailleurs) de ses interlocuteurs. Quand on invite Eric Zemmour, on sait à quoi s'attendre, on connaît au moins une partie de ses idées : alors jouer la vierge effarouchée quand il exprime l'une ou l'autre de ses idées se révèle immédiatement comme un puissant révélateur de toute l'hypocrisie qui régit le paysage audiovisuel français. Eric Zemmour est arrivé à la télévision un peu par hasard, et la télévision a dû accepter l'intellectuel tel qu'en lui-même, car il n'est certainement pas homme à s'arrondir pour faire plaisir au plus grand nombre. Ce n'est pas un personnage de consensus, c'est vrai. Mais il a le mérite d'être fidèle à ses idées.

La France zemourienne ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : tous les médias ayant invité l'essayiste sur leurs plateaux ont vu leurs score d'audience bondir. De France 2 avec On n'est pas couché à RTL où il fut l'un des protagonistes d'un débat brillant avec Alain Duhamel (le même cacochyme que Franz-Olivier Giesbert, mais tout en retenue et en intelligence), l'audimat a suivi. Est-ce à dire que ses idées font l'unanimité ? Certes non. Mais les Français reconnaissent en lui un homme qui ouvre de nouvelles perspectives de réflexion, qui ne se laisse enfermer dans aucun paradigme, aucune logique politique traditionnelle et qui sait merveilleusement dénoncer les faussaires sous leurs airs bonhommes de bons petits saints, ses victimes préférées étant Cohn-Bendit, Attali, Minc ou Plenel. Il a pour lui la rhétorique, l'humour et même un certain sens de l'auto-dérision qui lui donnent un avantage certain face à ses opposants intellectuels, tout en sérieux, en gravité et imbus de leur petite personne. La différence - énorme - qui existe aussi et surtout entre eux et lui, c'est qu'il n'a jamais fricoté avec le pouvoir, de quelque bord qu'il fût, quand bien même il possède des amitiés solides avec certaines personnalités politiques : feu Philippe Séguin, Manuel Valls ou d'autres encore. Zemmour est un journaliste politique passionné par la France tout en s'efforçant de rester dans une analyse froide et raisonnée : un sacré grand écart.

Haro médiatique sur Zemmour

Alors voilà, forcément, quand on ne rentre pas dans le rang, on dérange, et Zemmour dérange beaucoup : il refuse de rentrer dans une case et refuse aussi de se plier au diktat de la bien-pensance selon laquelle l'immigration est une chance pour la France, les homosexuels ont droit à la même reconnaissance que les hétérosexuels et la féminisation de la société est une bonne chose. Moi-même j'ai certains désaccords - mineurs - avec lui mais il reste d'une grande lucidité sur l'état de notre pays. Si il voit l'immigration d'Afrique du Nord comme un cheval de Troie pour le grand remplacement, j'y vois d'abord et avant tout une forme de néo-colonialisme où l'on pille les ressources humaines vives de pays qui en ont cruellement besoin pour se développer afin que le libéralisme se serve de ces malheureux pour pratiquer un dumping social inadmissible en France. Toutefois, nous nous rejoignons sur les dangers de l'islam radical qui demeure, malgré tout, l'islam tout autant que l'islam modéré. De plus, il n'y a qu'une seule famille qui vaille, et qui existait même avant les états, c'est la famille hétérosexuelle, berceau de la différence, socle solide sur lequel on peut créer et transmettre un patrimoine, une histoire et des valeurs et où les anciens peuvent encadrer la fougue des plus jeunes. Quant à la féminisation de la société, c'est un phénomène courant depuis des années. Ici, il ne s'agit pas de critiquer les femmes mais la féminisation, ce qui est différent. Car comme le dit Eric Zemmour : "Il y a des femmes qui déplorent cette féminisation tout autant qu'il y a des hommes qui s'en réjouissent." En un mot, la société française est devenue plus passionnelle, émotive, vivant dans l'immédiateté au détriment de la raison, de la réflexion, de la vision à long terme et même de la violence ponctuelle qui avait le mérite d'exister comme exutoire nécessaire. 
Enfin, il s'agit de revenir sur la polémique centrale soulevée par son dernier ouvrage Le Suicide français. Il dénonce notamment l'emprise de l'analyse de Robert Paxton sur la réflexion de la France, où il a placé Vichy au pinacle de l'horreur, en faisant l'oméga absolu de la Seconde Guerre Mondiale. Hors, Zemmour a simplement tenté de raisonner ce point de vue : non, Vichy n'était pas le pire entre 1939 et 1945, le nazisme était le pire ! Et il n'y aurait jamais eu Vichy sans le nazisme. Ensuite, en France, il y a eu 200 000 Juifs qui ont échappé à la déportation, 25% de Juifs de France déportés pour seulement 3500 Justes environ. Aux Pays-Bas, qui comptait numérairement plus de Justes qu'en France, 75% de la population juive locale a été déportée, quand ce fut le cas pour 50% des Juifs belges. Toute personne sensée peut donc s'interroger sur cette curieuse réalité. Ce qui ne remet pas en cause la xénophobie et l'antisémitisme manifestes de Vichy, ni ne réhabilite en aucune façon Pétain. Simplement, il faut se souvenir que pour une question de souveraineté nationale, Vichy a fait en sorte de préserver aussi longtemps que possible les Juifs français, en sacrifiant les Juifs étrangers. C'est une pratique terrible, c'est vrai. Mais qui dit que le massacre n'aurait pas été bien plus grand sans cela ? Et il y a quelques historiens qui vont dans ce sens : Alain Michel, Raul Hilberg, Léon Poliakov. Et même Serge Berstein l'a reconnu à demi-mots dans une interview accordée aux Inrockuptibles cette semaine. L'Histoire est en vérité une discipline sinueuse et piégeuse où la nuance est bien souvent de mise, même sur des vérités que l'on aimerait voir établies dans le marbre.

Zemmour, victime d'un antisémitisme diffus et inconscient ?

Enfin on peut s'interroger sur cette nouvelle marotte des médias de pratiquer de la psychologie de comptoir face à ceux qui, comme Zemmour et Finkielkraut, s'interrogent sur le sens de la France, son devenir. Que ce soit pour l'auteur de L'Identité malheureuse ou celui du Suicide français, les journalistes n'ont eu de cesse de chercher à savoir à quel point leurs origines juives les conditionnaient. Tentative médiocre de diaboliser son interlocuteur sans avoir l'air d'y toucher. Celle qui fut prise le plus franchement la main dans le sac fut Léa Salamé la semaine dernière sur le plateau de Laurent Ruquier sur France 2. Zemmour la reprit sèchement de volée en lui disant "Je pourrais monter sur mes grands chevaux et vous dire que vous faites preuve d'antisémitisme". Honteuse, la jeune journaliste calma ses ardeurs. Mais le mal était fait. Tout comme on réclame d'avoir plus de femmes en politique et lorsque l'une d'elles est en passe d'imposer ses idées, on la brocarde et on l'insulte comme l'est régulièrement Marine Le Pen. Et je ne parle pas de Frigide Barjot, ancienne égérie de la Manif pour Tous que l'on a quasiment traitée de folle bonne à enfermer. Il faut donc bien comprendre ce que veulent les oligarques qui nous dirigent, politiquement et médiatiquement : on est pour les minorités et les femmes, pourvu qu'elles viennent défendre nos idées, sinon on les renverra à leur condition de minorités et de femmes. Mais on ne sera ni raciste, xénophobe ou misogyne bien entendu puisqu'on défend "nos idées" et "nos valeurs". Au royaume des faussaires, les hypocrites sont donc les rois ?

mardi 7 octobre 2014

Le chiffre du moment : 2000 milliards d'euros

Bonjour à tous !

C'est tombé cette semaine, comme une sentence : 2000 milliards d'euros, c'est le montant de la dette française. Environ 35 000 euros par Français. Des chiffres vertigineux, qui donnent le tournis, voire la nausée. Explications et décryptage.

L'origine de la dette

1973 : première crise pétrolière à cause de la Guerre du Kippour qui embrase le Moyen-Orient. La France, comme tant d'autres pays industrialisés, est très dépendante du pétrole de cette région et doit donc s'endetter pour permettre aux voitures, avions, camions... de rouler (ou de voler). Ce sera la dernière fois que le budget du pays sera à l'équilibre. Comme un symbole, Georges Pompidou meurt quelques mois plus tard, lui qui fut, avec le Général De Gaulle, le grand artisan de la reconstruction industrielle de la France d'Après-Guerre. Valéry Giscard d'Estaing, énarque, technocrate passionnément pro-européen, est élu en 1974 face à François Mitterrand. C'est le début de la lente, mais continuelle, pente qui amène notre pays à s'endetter. Ajoutons à cela un détail d'importance : début 1973, une loi est votée qui interdit désormais à la Banque Centrale française de refinancer gratuitement l'économie du pays. En limitant le recours à la planche à billets, on espère ainsi museler l'inflation, sauf qu'avec la fin des Trente Glorieuses, et la ruine économique et morale de Mai 68, c'est surtout le spectre de la déflation qui menace dans l'ombre.

L'Europe comme coefficient multiplicateur de la dette

En signant l'Acte Unique visant à instaurer une monnaie commune, le SME (Système Monétaire Européen), le Président Mitterrand limite encore un peu plus les marges de manoeuvre économique du pays. D'autant qu'après une timide politique de relance qui tombe à l'eau, la politique de rigueur instaurée par Pierre Mauroy, puis prolongée et renforcée par son successeur à Matignon, Laurent Fabius, achève de plomber le pouvoir d'achat des ménages. Sans consommation, plus, ou peu de croissance, et les déficits continuent de filer.
En 1993 avec l'entrée en vigueur de Maastricht, et à plus forte raison en 2002 avec la mise en circulation de l'Euro, la France perd toute souveraineté sur sa politique monétaire. Il devient impossible de se refinancer auprès de sa Banque Centrale, même en payant des intérêts. Dorénavant, il faut aller chercher des investisseurs, et donc des créanciers, directement sur les marchés financiers. L'Euro se présentant d'emblée comme une monnaie forte, sûre, stable, elle attire la confiance des traders qui encouragent leurs clients à acheter de la dette européenne, française y compris. Vous avez donc compris ici la perversion du système : sous couvert d'une monnaie forte qui est supposée protéger notre pays ainsi que ses petits camarades des injonctions des marchés qui spéculeraient à tort et à travers sur notre monnaie, nous nous retrouvons finalement avec des dettes colossales auprès de fonds de pension, riches rentiers, et autres obscurs rats du boursicotage à courte vue. L'Europe a donc achevé de creuser nos déficits.

Sarkozy et Hollande, nos fossoyeurs

Lorsqu'il est élu en 2007, Sarkozy s'empresse d'aller voir Angela Merkel en lui signifiant clairement qu'il n'avait aucune intention de mettre un terme au creusement des déficits. Il commet ici la même erreur que Jospin 10 ans plus tôt : l'ancien Premier Ministre socialiste a bénéficié, durant la quasi-totalité de son quinquennat, d'une croissance supérieure à 2%. Un eldorado inconcevable aujourd'hui. Et il n'en a pas profité pour réduire les déficits. En 2007, quelques mois avant le début de la crise des Subprimes, Sarkozy a encore une croissance supérieure à 1%. Il aurait dû, lui aussi, en profiter pour entamer des réductions de dépenses : fin de l'AME, suppression des régions au profit des départements, réduction des dotations aux associations-lobbys, baisse de la participation financière au G20, à l'UE et autres fumisteries supra-nationales, sans compter, quelques mois plus tard, le renflouement scandaleux des banques qui a achevé de grever les comptes publiques. Et la suppression "à l'aveugle" d'un fonctionnaire sur deux suite au départ de l'un d'entre eux finit de plomber le moral des Français : service public global de moindre qualité, fonctionnaires plus agressifs, hôpitaux et policiers débordés, tribunaux surchargés, prisons dans un état déplorable... Les économies, si faibles furent-elles, ont été réalisées exactement là où il ne fallait pas les faire. Et comme d'habitude, c'est la France silencieuse, rurale, peu peuplée, qui en a payé les pots cassés : déserts médicaux et juridiques, écoles qui ferment, absence de bureaux de poste... 

Que faire ?

Même si François Hollande continue de creuser les déficits en étant notamment toujours plus souple sur l'immigration et en continuant à sous-taxer les grandes entreprises qui versent des dizaines de milliards d'euros à leurs actionnaires chaque année, lui et son gouvernement ont au moins raison sur un point : ils ne doivent pas, sous aucun prétexte, céder à Bruxelles qui leur impose de réduire drastiquement les dépenses publiques. Et tant pis si les technocrates européens menacent de retoquer le budget 2015. Il suffit pour cela de se référer à John Maynard Keynes, le brillant économiste anglais du début du XXe siècle : il explique les profits d'une politique économique contra-cyclique. Autrement dit, il faut réduire la voilure en terme de dépenses quand la croissance est positive, en profitant d'un moral national, économique et politique, au beau fixe. Et, au contraire, quand la croissance plonge, voire devient négative, il ne faut surtout pas réduire les dépenses, mais les maintenir, les augmenter même. Un peu comme l'a fait, certes avec un succès relatif, Franklin D. Roosevelt avec sa politique du New Deal dans les années 30. C'est en effet à l'Etat, dans son rôle de paravent, de soutenir ou de recréer la croissance afin d'impulser un souffle nouveau. Car dans le cas contraire, comme je l'ai exposé plus haut, c'est la déflation qui guette. C'est vrai qu'au début, ça a du bon, les prix baissent. Mais très vite, évidemment, ce sont les salaires qui baissent. Et souvent plus vite que le coût de la vie, ce qui entraîne mécaniquement un endettement dangereux des ménages.
Manuel Valls a déclaré aujourd'hui à Londres : "my government is pro-business". Je l'encourage personnellement à être pro-croissance, et tant pis pour ce que cela coûte. Il faut faire ce qu'il faut pour que la croissance repasse dans le vert : la réduction des déficits interviendra plus tard.

samedi 27 septembre 2014

Etat Islamique : l'Orient compliqué avec des idées simples ?

Bonjour à tous !

Difficile de faire l'impasse sur la mort d'Hervé Gourdel, cette semaine. Son exécution soulève évidemment pléthore de questions qu'il convient d'aborder parce que la démocratie, c'est d'abord le questionnement permanent.

Une guerre pour quoi faire ?

L'assassinat d'Hervé Gourdel en Algérie a achevé de convaincre Hollande le va-t-en-guerre de joindre ses forces militaires à celles, entre autres, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis. On notera au passage avec une certaine délectation que le Nobel de la Paix Obama a le treillis qui le démange depuis quelques années, notamment depuis le début de la Guerre civile en Syrie.
Le problème, malheureusement, est au moins double : d'abord, la France n'a plus tellement les moyens humains, financiers et techniques pour mener un conflit. L'appauvrissement de notre armée est à l'oeuvre depuis 1995 et la volonté de Jacques Chirac d'en finir avec la conscription, avant de voir ses successeurs fermer des casernes et baisser sans cesse les crédits alloués à celle qui fut longtemps considérée comme la meilleure armée européenne. L'autre problème, c'est que depuis la guerre de vengeance déclenchée par les Américains suite aux attentats du WTC en Afghanistan et en Irak, on a, systématiquement, l'arrivée d'un pouvoir pire encore que le précédent. L'Afghanistan et l'Irak sont ainsi en proie à des conflits internes incessants, notamment entre Chiites et Sunnites. Le Printemps arabe a donné les résultats que l'on sait avec l'émergence d'islamistes en Tunisie et le retour aux affaires de l'armée en Egypte. Le parti d'Erdogan en Turquie a montré son vrai visage et la Syrie bascule dans l'horreur depuis que l'Occident a décrété qu'il voulait la tête de Bachar. Et, par volonté de ne pas tirer sur une ambulance, je passe sous silence les conséquences catastrophiques de la chute de Kadhafi en Libye. Alors la question, posée d'ailleurs par Dominique de Villepin ou Eric Zemmour, s'ouvre à nos yeux, s'impose avec force : si d'aventure nous entrons en guère avec l'Etat Islamique, que se passera-t-il ? Aurons-nous droit au même bourbier qu'en Afghanistan, où nos soldats tombent régulièrement sous les ogives des talibans encore en vie et en fuite ? Si d'aventure nous l'emportons, aurons-nous droit à une nouvelle résurgence, encore plus violente, de la guerre entre Chiites et Sunnites ? Ou bien cela sera-t-il le chaos absolu ? Bref, il paraît bien aventureux d'aller jouer au petit soldat sans avoir un minimum de certitude sur les conséquences.

La diplomatie française, reine de l'hypocrisie

Le plus délirant finalement, c'est que dans tout ce chambardement, le Quai d'Orsay trouve respectables Qataris et Saoudiens qui appliquent chez eux la Charia, décapitant sans coup férir toute personne contrevenant à leur propre sens des valeurs. Et je ne vois pas au nom de quoi décapiter Hervé Gourdel est plus grave que de décapiter des gens qui ne respectent pas un code juridique que nous autres Occidentaux, considérerions comme strict, étouffant et dépassé s'il était appliqué sous nos latitudes. Nous avons même cherché à attirer l'Iran dans notre giron, pays voué aux gémonies il y a encore peu de temps parce qu'il était déterminé à se doter de l'arme atomique. Aux dernières nouvelles, il cherche toujours à l'avoir...
En vérité, il aurait été plus sage de renoncer à mener une offensive militaire et se contenter d'envoyer des soldats chargés de protéger les minorités yazzidies, kurdes et chrétiennes sur place ainsi qu'à veiller à un acheminement humanitaire pour les nécessités d'usage (nourriture, eau, médicaments). Et en parallèle, ne pas avoir peur de négocier directement avec les représentants de l'EI de manière à ce qu'ils s'engagent à ne plus s'en prendre à ces populations fragiles en échange d'une politique de non-agression. Cela aurait épargné des vies, des frais, cela aurait également permis d'éviter, peut-être, l'épée de Damoclès au-dessus de nos têtes de voir un attentat perpétré sur notre sol ou bien de voir un de nos ressortissants décapité en direct sur Internet...

L'Islam doit faire son auto-critique

Enfin il est plus que temps d'appeler les Musulmans de France à mener une introspection sur eux-mêmes. Pour qui a lu le Coran (et a, accessoirement, été en cours d'Histoire en classe de 5e), on sait qu'il y a deux périodes dans la vie de Mahomet, reconnu comme seul rapporteur du texte sacré : la période de La Mecque, où l'on trouve les plus belles sourates, la paix, la tolérance, etc. Et après l'Hégire (622), où il est contraint de fuir vers Médine, des textes appelant à la guerre, à l'intolérance et à la haine des infidèles (Juifs et Chrétiens). Ces deux périodes cohabitent dans le Coran qui est la seule et même loi pour l'Islam et donc les Musulmans. Il n'y a donc pas plusieurs Islams, mais un Islam. Seules les interprétations diffèrent, l'EI se bornant à son application littérale. Contrairement à la Torah chez les Juifs, ou à l'Ancien Testament chez les Chrétiens, qui connurent de nombreuses exégèses via des commentaires à foison, le Coran n'a jamais été commenté, discuté, interprété, ou contredit car le Coran est considéré par les Musulmans comme entièrement immanent, c'est-à-dire comme venant de Dieu (Allah) et qu'il ne peut donc être sujet à caution.
Or, ce que l'on est en droit d'attendre de la communauté musulmane française, c'est de se constituer en Islam de France où elle rejette en bloc toute cette partie haineuse du Coran pour n'en garder que les extraits universels appelant à la fraternité entre les hommes. 
On a bien vu, et on les remercie pour cela d'ailleurs, que quelques centaines de nos compatriotes musulmans condamnaient fermement le meurtre d'Hervé Gourdel. Mais quelques centaines ne font pas une majorité, loin s'en faut. Et puis, cela a fait long feu car on a très vite eu droit, de nouveau, à la tirade anti-raciste sur les amalgames à éviter, l'islamophobie rampante, la libération de la parole, etc. Ne faisons pas d'amalgame entre les musulmans et les terroristes, mais ne nous gênons pas pour faire des amalgames entre les Français et les gros beaufs racistes évidemment ! La cerise sur le gâteau venant de M. Plenel qui dans son livre Pour les musulmans se prend pour Zola qui avait écrit en son temps Pour les Juifs afin de s'élever contre l'antisémitisme ordinaire de l'époque. Sauf que je n'ai jamais vu de Juifs décapiter des gens en direct sur Internet ou s'envoyer en l'air dans des buildings.... Et que, contrairement aux musulmans, les Juifs avaient déjà accepté, eux, le compromis d'un judaïsme de France suite au Grand Sanhédrin de 1807 convoqué par Napoléon Ier. "Not in my name", disent-ils ? Chiche !

vendredi 19 septembre 2014

Non Monsieur Sarkozy, la France n'a pas besoin de vous !

Nicolas Sarkozy/Crédits Photo : Taamallah - Bestimage - LeFigaro.fr

Bonjour à tous !

Evidemment, l'événement politique du jour c'est le retour de Nicolas Sarkozy aux affaires politiques, à la suite d'un suspense tout sauf intenable. 

Revenir après avoir juré de ne pas le faire : un bien mauvais départ

Il l'avait pourtant promis, juré, craché par terre : si il perdait les Présidentielles de 2012, il ne reviendrait plus en politique. Comme attendu, Sarkozy a perdu, après une campagne de deuxième tour en forme de baroud d'honneur. Alors il est parti. Avant de faire en sorte qu'on ne parle quasiment que de son retour. Mauvais perdant l'ancien Président ? Visiblement. Lorsqu'il déclare (sur son compte Facebook !) que son retour est motivé par les appels incessants de très nombreux Français qui souhaitent son retour, on sourit (jaune) en imaginant de quels compatriotes il s'agit. Ceux qui viennent le voir dans son QG haussmannien de Paris ? Ceux de la loge d'honneur du Parc des Princes (que je sache, la Prince, elle est pas encore français comme dirait l'ami Leonardo) ? Ou bien ceux qu'ils croisaient vraiment par accident lors de ses voyages à l'étranger où il donnait des conférences monnayées plusieurs dizaines de milliers d'euros ? Dans un cas comme dans l'autre, on peut sincèrement questionner les motivations de ces Français-là par rapport au tout-venant qui va mendier un échelonnement pour payer ses impôts auprès du Trésor Public. Et puis si c'est pour devoir supporter la même cacophonie des médiocres qu'entre 2007 et 2012, entre Nadine Morano et Luc Châtel, pour ne citer qu'eux, on peut sans problème se passer de votre retour, Monsieur le Membre du Conseil Constitutionnel. D'autant qu'un homme politique est jugé sur les promesses qu'il tient, et revenir quand on a promis de ne pas le faire, ça fait d'emblée tâche dans le tableau.

Revenir avec quel programme ?

Ne nous leurrons pas : quand Sarkozy a gagné en 2007, c'est parce qu'il avait fait une campagne inspirée par Patrick Buisson, qui avait largement trouvé écho auprès de la classe populaire. La preuve, c'est que le vote FN avait été totalement siphonné. En 2012, et après cinq années où Nicolas Sarkozy s'était beaucoup agité, avait beaucoup vociféré, l'ancien Président avait senti le vent du boulet siffler très près de ses oreilles. L'immigration était restée toujours aussi élevée, il avait choisi de ne pas tenir compte du "Non" au référendum de 2005 en utilisant une entourloupe politique, et il avait joué au bon petit soldat des Etats-Unis en s'engageant dans le conflit en Géorgie, en soutenant le Printemps arabe et mettant à bas le régime Kadhafi. Finalement, Sarkozy était devenu le parfait "neo-con" à l'anglo-saxonne : libéral sur le plan économique et entreprenant à l'excès en politique extérieure. 
Aujourd'hui, Bruno Le Maire et Alain Juppé se sont officiellement déclarés candidats à la présidence de l'UMP. Deux centristes d'un point de vue idéologique, qui sont pour l'Europe, la réduction des déficits et un rapprochement avec le Centre, là où règne un véritable désert en terme de bulletins de vote. Deux idiots qui mourront donc avec leurs idées. Plus encore pour M. Juppé qui, après avoir été Premier Ministre 6 mois en 1995, avait réussi l'exploit de jeter une bonne partie de la France laborieuse dans la rue avant d'être l'initiateur de la vaste blague de la dissolution de 1997. Visiblement, et si l'on décrypte ses prises de parole depuis 2 ans, on se rend compte que Nicolas Sarkozy, qui a coupé les ponts avec Patrick Buisson, ne se positionnera plus sur une droite réelle, forte, patriotique. Mais il souhaite également se démarquer quelque peu de Juppé et de Le Maire. Bref, il va se retrouver coupé en deux et en voulant "rassembler", il sera donc incapable de choisir. Et à force de ne pas choisir, il se retrouvera le bec dans l'eau. Nicolas Sarkozy ne sera jamais Bonaparte, ni le Général de Gaulle. Quand Napoléon revient, il crée le Code Civil. Quand Charles de Gaulle revient, il offre la Constitution de la Ve République à son pays. Et surtout, ces deux hommes ne reviennent pas avec de nouvelles idées comme autant de coups marketing démagogiques. Ils restent fidèles à leurs principes et c'est tout à leur honneur. Dans ces conditions, le retour de Nicolas Sarkozy est donc inutile car il n'a rien à apporter à notre pays.

Un coup d'orgueil mal placé

Entre l'acharnement judiciaire dont je reconnais volontiers qu'il est victime et sa défaite de 2012 toujours pas digérée, on a là tout le nuancier de raisons véritables qui poussent l'ancien Président à vouloir revenir en politique. Il est vrai que cette opération est largement facilitée par le mandat catastrophique de son successeur, Président le plus impopulaire de la Ve République. Mais à l'instar des électeurs qui avaient voté pour Hollande par anti-sarkozysme en 2012, il en sera de même en 2017, si d'aventure l'UMP devait le désigner comme candidat du principal parti de Droite pour les Présidentielles à venir. 
Toujours est-il que cette pathétique réaction d'orgueil plonge un peu plus la France dans le désarroi : notre pays ne mérite-t-il donc pas mieux ? Est-on condamné à passer d'un loser à l'autre, de Charybde en Scylla ? On ne peut que s'attrister d'un tel devenir politique. Et ceux qui, parmi les journalistes et les politiques mainstream, se lamentent d'une telle décision devraient d'abord, et en premier lieu, s'interroger sur leur responsabilité. On ne peut pleurer sur une telle médiocrité de la vie politique, surtout dans une situation économique et sociale aussi grave, tout en fustigeant le pouvoir et son exercice. En se prosternant devant l'Europe, mécaniquement, on diminue, on affaiblit, on ridiculise la fonction présidentielle qui perd de sa prestance. On a alors les Présidents, et les candidats à la Présidence, que l'on mérite. Comme le disait Bossuet "Dieu se rit des hommes qui pleurent sur les conséquences dont ils chérissent les causes."

mardi 16 septembre 2014

Crise de régime : en politique comme en foot, quand les acteurs sont mauvais, il est vain de changer de système

Bonjour à tous !

J'avais eu l'occasion, il y a de cela quelques mois, de critiquer la Commission Jospin sur la VIe République. Or le serpent de mer a réapparu il y a de cela quelques jours, profitant, si j'ose dire, de l'inédite impopularité du chef de l'Etat. 

Ce que veulent les détracteurs de la Ve République

Ce qu'ils réclament, c'est la possibilité de virer un Président et un Premier Ministre notoirement impopulaires pour convoquer de nouvelles élections. Ce qui est très amusant, c'est que ceux qui réclament ce changement se trouvent à gauche, voire très à gauche de l'échiquier politique et qu'en cas de nouveau scrutin, je ne suis pas certain qu'ils trouveraient beaucoup d'électeurs à convaincre. Ces personnes dénoncent notamment les scandales à répétition qui entachent le personnel politique. Je trouve qu'ils n'ont aucun sens de l'humour : la phobie administrative est, sans doute, la meilleure excuse à la noix trouvée par un politique depuis des années pour se dédouaner. Digne d'un Paul Deschanel éjecté de son compartiment de train en pyjama contraint de demander assistance auprès d'un garde-barrière. Culte ! La satisfaction suprême intervenant quand cet arracheur de dents de Cahuzac vient faire la morale à Thévenoud devant les caméras. Un magnifique numéro de duettistes. En ces temps difficiles, avoir des hommes politiques qui se donnent la peine de faire rire les Français, je trouve que ça mérite un hommage... Plaisanterie mise à part, quel que soit le régime, il y a toujours eu des scandales politiques : le collier de la Reine sous la monarchie, le scandale de Bismarck qui utilisait la presse pour ridiculiser la France sous le Second Empire, le scandale de Panama et les emprunts russes sous la IIIe République... Le problème n'est pas inhérent au système politique, mais à la politique elle-même : l'ivresse du pouvoir affecte certains hommes plus que d'autres, prouvant ainsi leur humanité par leur faiblesse. Ils méritent, bien sûr, d'être sanctionnés, mais il est inutile de jeter le bébé avec l'eau du bain.

Un régime parlementaire inapplicable

Comme il faut TOUJOURS faire comme ses voisins selon la nouvelle doxa (j'attends que l'un de nos partenaires européens décide d'organiser un saut de la falaise collectif, qu'on rigole), on nous explique qu'ailleurs en Europe il n'y a pas de régime présidentiel, et que c'est le Parlement issu du peuple qui gouverne avec un scrutin proportionnel. Le Président, en quelque sorte, inaugure les chrysanthèmes. Autant dire que les contribuables de nos voisins européens payent un type à se tourner les pouces pendant la durée de son mandat : pourquoi pas ? 
Je rappelle toutefois qu'il me paraît dangereux de permettre à des sondages de nous gouverner. Or, s'il faut destituer tous les chefs d'Etat qui passent en-dessous d'un certain seuil de popularité, on n'a pas fini de retourner aux urnes. Par ailleurs, le régime parlementaire a bel et bien existé en France, sous la IIIe puis sous la IVe République. Outre les changements de conseil (l'ancien nom de l'ensemble d'un gouvernement) incessants, avec un Président qui faisait effectivement davantage figure de symbole qu'autre chose, rappelons que la IIIe République a abouti à la Débâcle de 40 et l'instauration du Régime de Vichy, tandis que la IVe a laissé place à la crise de l'indépendance algérienne. Vu sous cet angle, j'ai quelques difficultés à saisir l'intérêt nous aurions à retourner à de tels régimes politiques. Quant à la démocratie participative et les référendums d'initiative populaire, avec lesquels on nous rebat les oreilles à longueur de journée, je me permets de rappeler qu'à l'Hiver dernier, une pétition rassemblant pas moins de 700.000 signatures (mazette !) et qui s'opposait à la Loi Taubira au mariage dit pour tous fut remise au Conseil Economique, Social et Environnemental, sorte de 5e chambre d'autorité de notre pays (en sus de l'Assemblée Nationale, du Sénat, de la Cour de Cassation et du Conseil Constitutionnel) : elle fut purement et simplement jetée à la poubelle, sans autre forme de procès. Je ne vois donc pas bien ce qui changerait sur ce point avec une nouvelle constitution. A moins bien sûr que l'on encourage exclusivement les référendums de la Gauche bien pensante. Mais je vous vois déjà froncer les sourcils et agiter l'index en me mettant en garde d'un procès d'intention de ma part : vous avez bien raison.

La Ve République et la Constitution de 1958 : un modèle indépassable

Ce que nos adversaires patentés de la Ve République (dont Montebourg, qui n'est pourtant pas un idiot) oublient dans leurs conclusions, c'est que le système a été parfaitement pensé. En effet, le Président peut consulter le peuple à tout moment sur des questions d'importance. Et estimé qu'une défaite à un tel référendum équivaudrait à une obligation de démission pour convoquer à nouveau le peuple aux urnes en vue d'élire un nouveau Président. C'est dans cet esprit que Michel Debré et le Général de Gaulle ont rédigé ce texte, et c'est dans cet esprit qu'elle se doit d'être interprétée. Lorsque le Général de Gaulle, alors Président de la République, organise un référendum en 1969 qu'il perd (relatif à la créations de régions et à la réforme du Sénat), il démissionne sans demander son reste. Petite parenthèse : on s'aperçoit d'ailleurs en consultant les archives que l'abstention à cette époque était inférieure à 20%, comme quoi la culture civique, ça a du sens. Fin de la parenthèse. 
Or, quand Jacques Chirac organise le référendum sur la Constitution Européenne, c'est le "Non" qui l'emporte. Pourtant il termine son mandat sans sourciller. Il s'agit d'une violation manifeste de l'esprit de la Constitution. Et là les Français peuvent se sentir légitimement trahis. Tout comme les Français peuvent aussi se sentir trahis de ne pas avoir été appelés aux urnes concernant cette fameuse Loi Taubira : un changement de civilisation vaut bien une consultation du peuple non ? Alors quand aujourd'hui on vient me chanter les louanges d'une nouvelle Constitution, qui ne serait finalement que la résurrection de vieux textes déjà usés jusqu'à la corde (c'est fou d'ailleurs comme les progressistes sont finalement atrocement passéistes...), je me permets d'être dubitatif, pour ne pas dire sceptique. Encore un peu et ce sera toute la France qui s'y retrouvera, dans la fosse sceptique !