dimanche 18 mai 2014

Reprendre en main notre économie et notre industrie

Bonjour à tous !

Le feuilleton Alstom continue. Et cette fois, Arnaud Montebourg a décidé de taper du poing sur la table : il a publié un décret dans lequel il a établi qu'une entreprise française dans le domaine de l'énergie, et visée par un rachat en provenance d'une entreprise étrangère, ne pouvait être vendue sans l'accord du gouvernement. 

Eviter un démantèlement complet de notre industrie

Il faut garder en mémoire qu'Alstom est à la base de la construction de nos centrales nucléaires. Vendre Alstom reviendrait donc peu ou prou à revendre Areva. Outre le fait, comme je l'ai déjà expliqué, que cette société fabrique des tramways et des TGV vendus à travers le monde. Monsieur Kron, le PDG de cette entreprise, a beau déployer des trésors d'imagination pour prendre le ministre de l'économie pour un idiot, celui-ci a néanmoins tenu à défendre ses positions. Il faut dire qu'au vu des enjeux, on ne peut tolérer un démembrement et une vente de cette entreprise stratégique. Ce serait une catastrophe, car nous perdrions alors notre indépendance énergétique. Un nouveau coup dur alors que nous avons déjà perdu notre indépendance militaire au profit de l'OTAN, et donc des Américains.

La décision de Montebourg, une fausse polémique

Ils ont été nombreux à fustiger le décret du Ministre, oubliant qu'il n'était qu'une prolongation d'un décret déjà existant depuis une dizaine d'années mais qui concernait moins de domaines. Il a également été dit que cela empêcherait les investisseurs étrangers de placer leur argent en France et que cela ne faciliterait pas la reprise de la croissance. Un faux problème, puisque les Américains sont les champions du monde du protectionnisme, ou que les Chinois contournent le problème avec les fameux joint-venture. Or comme chacun sait les investissements étrangers sont très nombreux dans ces pays. Non, le problème des investissements étrangers en France est plutôt le fait de l'instabilité fiscale de notre pays. Non qu'elle soit forcément trop élevée, mais qu'elle change trop souvent, au gré du vent et des élections. 

L'irresponsabilité des actionnaires

Le vrai problème en France, finalement, c'est la gourmandise, la goinfrerie pourrait-on même dire, des actionnaires, qui ne lâchent pas leurs 15% de rentabilité. Raison pour laquelle l'investissement en France est mort, et raison pour laquelle plus personne dans notre pays ne se dévoue pour racheter les parts d'Alstom détenues par Bouygues. Et c'est fort regrettable. La présidence du MEDEF détenue par M Gattaz donne d'ailleurs le ton : plus de sous pour les entreprises et moins pour les salariés. Privilégier à ce point la politique de l'offre et le libéralisme quand on sait que c'est à cela que l'on doit la crise économique actuelle est d'un cynisme nauséeux. Si la France était maîtresse de son destin, qu'elle était souveraine, on pourrait établir une fiscalité plus intelligente ou les gros actionnaires seraient taxés fortement au-dessus d'un certain pourcentage de rentabilité. Et l'on pourrait également alléger la pression fiscale intolérable sur les PME, seules aujourd'hui à faire de la recherche et développement, qui constitue le coeur d'une industrie ambitieuse. L'argent est très mal employé et personne ne dit rien. De même que personne n'a rien dit non plus sur le scandale des banques dans la crise financière, que ce soit dans leur gestion des produits toxiques ou leur rôle dans la prolongation de la crise, puisqu'en plus elles refusent désormais de prêter à moins d'avoir des garanties tellement exigeantes qu'on se demande bien qui peut emprunter aujourd'hui. A ce titre, je recommande vivement l'article paru sur Marianne.fr où le périodique explique avec quelle complicité et quelle mansuétude la presse a traitées les banques depuis 2008 : un véritable scandale ! Ah pour dénoncer tous les "-phobes", il y a du monde. Mais pour dénoncer les affameurs de peuple, ceux qui ont piqué les économies des Chypriotes ou mis la Grèce en coupe réglée et qui maintiennent une pression d'austérité sur la France, là, tout le monde baisse son froc. Et ça se dit journaliste... Curieusement, on n'entend pas M Plenel nous dire qu'il a un scoop sur ce sujet. C'est bien dommage pour un journaliste d'investigation comme il prétend l'être.

Puisque le privé n'investit plus, relançons l'investissement public

Au sortir de la Guerre, le Général de Gaulle avait décidé de nationaliser nombre de secteurs-clés de l'économie. Avec Pompidou, ces deux grands visionnaires avaient su donner une vision à la France pour gérer à merveille les défis de la reconstruction d'un pays ruiné par 3 guerres en 75 ans. La France lança nombre de grands chantiers qui firent du pays la 5e puissance mondiale, un membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU et le leader d'une Europe affaiblie. Si il accepta la construction européenne, c'était d'abord et avant tout pour gérer les matières premières dont la France avait besoin pour son énergie avant qu'elle ne se lance dans le nucléaire, mais également pour garder un contrôle étroit sur l'Allemagne. 
Las, la Gauche mit un terme à tout ça en privatisant en masse dans les années 80. Un comble pour un gouvernement de Gauche. Et aujourd'hui, au nom de l'orthodoxie budgétaire appelant au contrôle de la dette, plus personne n'ose exprimer la nécessité de renationaliser certains secteurs de notre industrie. Or on ment aux Français quand on dit que la dette devrait être notre seule préoccupation. Rappelons que l'Allemagne est plus endettée que nous en valeur absolue, et que, contrairement à nombre de pays anglo-saxons, seul notre pays est endetté, pas les citoyens. Donc notre situation économique est bien meilleure que prévue. Bien plus saine que l'économie américaine, endettée à hauteur de 10 000 milliards de dollars, plus de 5 fois supérieure à notre dette à nous, et dont ses citoyens sont également profondément endettés. Le scandale des subprimes en fut la triste illustration. Quant au Japon, il est endetté à plus de 200% et n'est pas spécialement mis en difficulté par les marchés, pour une raison simple : l'écrasante majorité de la dette est détenue par les Japonais. On sait donc ce qu'il reste à faire : solliciter l'épargne conséquente des Français pour reconstituer des capitaux et investir dans les secteurs-clés de notre industrie. Mais cela demande du courage, et cela demande de dire au revoir à une Europe toujours aussi inutile et toujours moins démocratique. Qui relèvera le gant ?

dimanche 11 mai 2014

Une Histoire de la Coupe du Monde (1) les années 30

Jules Rimet, ancien Président de la FIFA et créateur de la coupe du Monde
Crédits photo : Mondial Photo-Presse-BNF-Wikipedia

Bonjour à tous !

J'ai décidé, à quelques semaines de l'ouverture de la coupe du Monde de football, de me lancer dans une petite rétrospective des 19 éditions précédentes. Parce que c'est un événement unique, le rendez-vous sportif le plus suivi au monde avec les JO d'été, que le football revêt une importance sociale capitale et qu'à l'instar des Olympiades, les coupes du Monde ont souvent été en prise directe avec l'Histoire.

1930 : une première édition sous domination sud-américaine

Un siècle à peine après son indépendance du Brésil, l'Uruguay est désigné pour organiser cette grand-messe du ballon rond. Et ce, en toute légitimité puisque la Céleste est double-championne olympique en titre (1924-1928). Quatre courageuses équipes européennes ont fait le déplacement (parmi les 13 participants, tous sur invitation) : la France, la Yougoslavie, la Roumanie et la Belgique. L'Angleterre, patrie du football, déclinera la proposition pour d'obscures raisons. A l'époque, on fait le voyage en bateau, bien sûr. Les Européens partagent donc le même navire. Les règles étaient très laxistes : les sélections comptaient entre 15 et 25 joueurs et l'âge de beaucoup d'entre eux était sujet à débat.
Sur le terrain, le Français Lucien Laurent est le premier buteur de l'Histoire de la compétition avec une victoire 4-1 contre le Mexique, mais deux défaites contre l'Argentine et le Chili enterrent les espoirs français. L'Argentine et l'Uruguay se retrouvent finalement dans une finale attendue, gagnée 4-2 par la Céleste. Pour l'anecdote, le dernier buteur uruguayen, Castro, avait perdu sa main droite plusieurs années auparavant. La victoire est célébrée comme il se doit à Montevideo et le 31 Juillet, lendemain de la finale, est déclaré Fête Nationale.

1934 : La Squaddra aux mains du fascisme

Cela fait déjà douze ans que l'Italie est aux mains de Mussolini lorsque la Coupe du Monde débarque dans la Botte. Pour l'occasion, huit stades sont rénovés ou construits. Cela n'empêche pas de nombreux journalistes de faire le déplacement, ni les radios de payer des sommes considérables pour l'époque afin de retransmettre les matchs. Sur le terrain, les matchs sont rugueux, certains atteignant des sommets de violence, symptôme d'une époque meurtrie qui ne demandait qu'à basculer dans un chaos sans limites. On compte 16 participants, essentiellement européens, toujours pour des raisons logistiques. L'Uruguay ne vient pas défendre son titre, seuls le Brésil, l'Argentine et les USA traversent l'Atlantique. La France est présente et l'Egypte est le premier pays africain de l'Histoire à jouer la compétition. Il n'y a pas de poule, tous les matchs sont à élimination directe. La France est éliminée par l'Autriche après prolongation et il ne reste que des équipes européennes en 1/4 finale. L'Allemagne nazie perdra en 1/2 finale contre la Tchécoslovaquie qui, elle-même, chutera en finale face à l'Italie. Pour l'anecdote, quatre ans avant l'Anschluss, l'Allemagne battra l'Autriche pour la petite finale d'une petite coupe du Monde. On retiendra quand même, côté italien, l'émergence d'un grand Monsieur du football : Giuseppe Meazza.

1938 : dernière lueur avant la Nuit

Pour la première fois, on joue des éliminatoires afin d'accéder au tour final, organisé en France. Pour pas grand chose finalement puisque beaucoup de pays déclareront forfait, notamment l'Argentine et l'Uruguay. Les Brésiliens organisent une tombola pour financer leur voyage. Et grand bien leur en a pris puisque ils assureront le spectacle tout au long du tournoi. 16 équipes auraient dû prendre part aux 1/8 finale, mais l'Autriche est contrainte de déclarer forfait par l'Allemagne...qui récupérera des joueurs autrichiens dans son équipe ! La Suède est donc qualifiée d'office pour les 1/4. Stade auquel les Bleus sont éliminés par les Italiens. Ces derniers éliminent en 1/2 finale, à Strasbourg, la plus belle équipe de la compétition : le Brésil du prodige Leonidas, meilleur buteur avec 7 buts en 4 matchs (blessé au pied alors qu'il jouait pieds nus, il ne peut jouer la demi-finale contre l'Italie). Le Brésil remportera la 3e place et l'Italie doublera la mise face à la Hongrie, en finale, à Colombes, sur le score de 4-2. Pour l'anecdote, la Suisse éliminera l'Allemagne dès le 1e tour, et en 2 matchs, les tirs au but étant encore inconnus à cette époque (1-1 ; 4-2). Un exploit qui prendra finalement tout son sens quelques années plus tard. Il faudra attendre douze ans avant que le football ne reprenne ses droits, et que ce sport puisse panser ses plaies après deux éditions particulièrement amères...

A suivre...

mercredi 7 mai 2014

Tweet de Thierry Mariani : réponse à Bruno Roger-Petit, Yann Galut & Co

Thierry Mariani, député des Français de l'Etranger
Crédits Photo : LeFigaro.fr

Bonjour à tous !

Alors que les élections européennes arrivent à grands pas, et que l'on ne voit pas la queue d'un débat de qualité sur ce scrutin à la télévision ou à la radio (un grand débat opposant notamment souverainistes aux pro-européens, par exemple), la tension est à nouveau palpable sur les questions de société. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que nos politiques de tous les bords sont très doués pour occuper le terrain comme il se doit : la Gauche annonce l'ouverture du débat sur la Loi Famille, EELV en profite pour ajouter son grain de sel en déposant un "amendement PMA" et la Droite "la plus bête du monde" continue son festival. Dernier atavisme en date : le tweet de Thierry Mariani, qu'il va s'agir ici de critiquer et de décortiquer.

Twitter, Facebook...les réseaux sociaux, degré zéro de la politique !

Je vais être très clair : je demande l'interdiction pure et simple pour les politiques de se servir des réseaux sociaux. Cela devient insupportable ! D'abord parce qu'ils s'en servent pour communiquer sur des débats privés au sein de diverses commissions parlementaires (et que tout le monde trouve ça normal, au passage), manquant ainsi de respect de manière flagrante envers leurs collègues, députés et sénateurs. Ensuite, parce qu'ils ne savent clairement pas s'en servir. A force de singer les USA, la France finit par leur ressembler, en pire évidemment, car la copie ne vaudra jamais l'original. Outre-Atlantique, on ne fait pas de politique : on se contente de communiquer, les lobbies ultra-puissants se chargeant de broyer les élus en coulisses. Cela fait bien longtemps que ce pays est devenu un simulacre de démocratie. Et voir Obama faire du stand-up lors de réceptions officielles devrait nous mettre la puce à l'oreille. Quand on est président, a priori, on n'a pas le temps de se prendre pour Ben Stiller. 
Concernant nos politiques, qui sont rarement de première jeunesse et qui ont dû toucher leur premier clavier à un âge avancé, ils devraient comprendre qu'on ne peut émettre une opinion profonde, ciselée, complexe en 140 caractères. C'est un exercice impossible. D'autant plus difficile à réaliser que ces réseaux sont continuellement surveillés par des petits malins qui savent forcément mieux s'en servir qu'eux.
Ainsi, en tweetant de la sorte sur la responsabilité très relative des Occidentaux en matière d'esclavage au vu de ce qui se passe en ce moment au Nigéria, Thierry Mariani ne devait pas s'attendre à autre chose qu'à une volée de bois vert. Qui n'a pas mis une heure à se déclencher.

Des associations qui noyautent la République

Et ce qui devait arriver arriva : des députés PS, des internautes indépendants, et des médias très doués pour tourner les réseaux sociaux à leur avantage ont aussitôt commis une levée de boucliers unanime. Evidemment, la Gauche n'en demandait pas tant. Après 2 ans au pouvoir, elle affiche un bilan misérable, et la prestation plus que délicate de Hollande sur BFM/RMC hier n'a rien arrangé. Il ne lui reste plus que ça, à la Gauche, pour espérer mobiliser son électorat : attendre un "dérapage" comme elle les qualifie pour aussitôt dresser un échafaud Place de Grève à destination de l'impudent. Dormez tranquille, braves gens, le Comité de Salut Public veille. 
Malheureusement, la perdante, c'est encore la Démocratie. D'abord parce que le débat est verrouillé totalement par ces Big Brothers que sont Bruno Roger-Petit, très actif sur son blog, et Aymeric Caron, très à l'aise dans son rôle de procureur Head & Shoulders, tous les samedis soir sur le plateau de l'estimable Laurent Ruquier. Comprenons-nous bien : j'encourage le débat d'idées, mais ces personnes, malheureusement, font tout pour le réduire à néant en accusant sans cesse leurs opposants idéologiques, qui finissent par tomber dans le panneau en les vilipendant de la même façon. Si bien que l'on n'a plus envie d'écouter. Et que le spectateur lambda n'est pas plus avancé. En attendant, ceux qui se frottent les mains sont les associations vivant aux crochets des citoyens que sont le CRAN, SOS Racisme et compagnie.

Analyser le problème posément

Il s'agit tout d'abord de déplorer vivement le sort réservé à ces malheureuses jeunes filles au Nigéria. On précisera par ailleurs que ce n'est pas faute de pointer du doigt l'islamisation grandissante de l'Afrique de l'Ouest, menaçant grandement les vastes communautés chrétienne et animiste s'y trouvant. On ajoutera également qu'ouvrir grand les bras aux pays du Golfe et à leurs pétrodollars, c'est se moquer du monde parce qu'il est clairement établi que Boko Haram, les rebelles maliens, les islamistes sévissant dans le Sud de l'Algérie, en Mauritanie, au Niger et jusque dans le Soudan du Sud bénéficient de leur manne financière. Enfin, on se permettra de remercier, ironiquement, l'ancien Président Sarkozy et BHL pour avoir mis un terme au régime de Kadhafi, qui était ce qu'il était, mais qui avait l'immense mérite de maintenir d'une main de fer les dissidences dans la partie Nord de l'Afrique, de même que Ben Ali en Tunisie ou Moubarak en Egypte. 
Ensuite, il faut être clair : pour comprendre en grande partie le problème de l'esclavage et accorder un peu de crédit à l'intervention de M. Mariani, il faut se tourner vers l'un des plus éminents spécialistes de la question, l'historien français Olivier Pétré-Grenouilleau, qui déclare notamment ceci :
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 « Il faut d'abord dire que le caractère abominable de la traite n'est pas corrélé aux chiffres. Le fait que la traite orientale - en direction de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient - ait affecté plus de gens ne doit nullement conduire à minimiser celle de l'Europe et des Amériques. En revanche, je suis surpris que certains soient scandalisés que l'on ose parler des traites non occidentales. Toutes les victimes sont honorables et je ne vois pas pourquoi il faudrait en oublier certaines. La traite transatlantique est quantitativement la moins importante : 11 millions d'esclaves sont partis d'Afrique vers les Amériques ou les îles de l'Atlantique entre 1450 et 1869 et 9,6 millions y sont arrivés. Les traites que je préfère appeler « orientales » plutôt que musulmanes - parce que le Coran n'exprime aucun préjugé de race ou de couleur - ont concerné environ 17 millions d'Africains noirs entre 650 et 1920. Quant à la traite intrafricaine, un historien américain, Patrick Manning, estime qu'elle représente l'équivalent de 50 % de tous les déportés hors d'Afrique noire, donc la moitié de 28 millions. C'est probablement plus. Ainsi un des meilleurs spécialistes de l'histoire de l'Afrique précoloniale, Martin Klein, explique-t-il que, vers 1900, rien que dans l'Afrique-Occidentale française, on comptait plus de 7 millions d'esclaves. Aussi n'est-il sans doute pas exagéré de dire qu'il y en eut peut-être plus de 14 millions, pour le continent, sur une durée de treize siècles. » (source : wikipedia).
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Soyons clairs : les Européens et les Nord-Américains ont évidemment honteusement et vilement profité d'un système scandaleux visant à exploiter d'autres êtres humains. Mais, contrairement à ce que veut nous faire croire notamment Dieudonné quand il fait oeuvre de négationnisme envers la Shoah, l'esclavage n'avait pas de visée génocidaire. Il avait un objectif purement mercantile : il importait de faire transiter le maximum d'esclaves, pour les revendre à un bon prix dans les colonies.
D'autre part, l'esclavage a toujours existé, dans toutes les civilisations. Il me semble ainsi que les descendants des esclaves de Rome ou de la Grèce Antique ne vont pas au Quirinal ou sur l'Acropole revendiquer un appel à la repentance et à la réparation des torts causés. Il me semble également incongru que des descendants de victimes attaquent des descendants de supposés bourreaux. Ou alors cela va poser un sérieux problème moral et logistique si l'on en vient un jour à cette extrémité. Enfin, cette procédure dangereuse de réclamations incessantes dans le but d'obtenir des dommages et intérêts de l'Histoire n'est pas sans poser quelques problèmes à long terme, notamment celui de la gestion des anciennes colonies africaines par ceux qui les dirigent aujourd'hui. L'exemple le plus frappant se trouve en Algérie où un Bouteflika moribond met le pays en coupe réglé. Mais, en France, on préfère encore et toujours fustiger la colonisation. Les accords d'Evian ont été signés en 1962 : doit-on s'auto-flageller encore longtemps ? Enfin, il est évident que la problématique du communautarisme est latent : puisque les méchants blancs ont réduit en esclavage les malheureux noirs, qu'on leur octroie d'office plus de places dans les médias, dans les institutions de la République... Oubliant sciemment le ferment même de cette nation : la méritocratie. La discrimination positive à l'américaine n'a pas vocation à exister dans notre pays, car ce n'est ni son histoire, ni sa culture, en un mot : pas son ADN. Mais évidemment, MM Roger-Petit et consorts préfèrent fermer les yeux sur ce problème. Le jour où nous en viendrons à la violence symbolique que représentent la co-existence de communautés qui ne communiquent pas entre elles à l'instar des pays anglo-saxons, et les flambées de violences physiques que cela génère, alors peut-être ouvriront-ils enfin les yeux. Mais il sera trop tard. Je n'ai pourtant pas envie qu'un jour mon pays ressemble à Johannesbourg ou Detroit.

lundi 28 avril 2014

Plaidoyer en faveur des services publics

Ouvriers sur le chantier d'Alstom en 2006
Crédits Photo : JP Muller/AFP/LeFigaro.fr

Bonjour à tous !

C'est l'actualité de ce week-end, couplée à la proximité du scrutin européen, qui m'a inspiré mon billet de la semaine. En effet, l'un des principaux effets pervers de l'Europe est le démantèlement progressif des services publics au nom, d'une part, de la maîtrise des dépenses publiques et, d'autre part, de la sacro-sainte concurrence.

Alstom, fleuron français en péril

Pour celles et ceux d'entre vous qui ne connaîtraient pas l'entreprise Alstom, il s'agit d'un géant industriel de l'énergie et des transports. On lui doit notamment la réalisation de nos TGV et de la plupart de nos tramways. Or, l'un de ses principaux actionnaires, Bouygues, par ailleurs en difficulté dans le délicat dossier du rachat de SFR, entend se désengager et laisser ainsi ses quelques 29% au plus offrant. Une aubaine que n'entend pas manquer General Electric, géant américain de l'énergie, qui mettrait ainsi la main sur l'une des plus belles têtes de pont de notre industrie, tout en absorbant un concurrent coriace. Or on apprend dans le même temps que l'Allemand Siemens réfléchirait à un échange de bons procédés : céder sa filiale transports à Alstom (qui récupérerait ainsi les ICE allemands) contre les actifs du Français dans l'énergie, chacun se spécialisant donc dans ce qu'il sait faire de mieux. Problème : là où l'Américain est déjà très près de proposer une offre concrète alors que l'Allemand n'en est encore qu'au stade de l'éventualité de l'action. Et voilà comment l'une de nos plus belles entreprises risque de passer dans les mains de l'Oncle Sam sans que ça ne semble émouvoir quiconque. 

Stop au démantèlement, oui à la rationalisation

Le problème, c'est qu'entre les cessions d'actifs, comme dans le cas présent, et les privatisations à la hussarde (la Poste, marché de l'électricité, de l'eau,...), cela fait autant d'emplois qui, à terme, disparaissent car les nouveaux investisseurs privés qui entrent au capital de ces entreprises ne cherchent qu'une chose : vendre leurs produits (ou leurs services) toujours moins cher avec toujours moins d'employés. Alors on met en avant le bénéfice pour le consommateur : les prix baissent, donc il s'y retrouve puisqu'il paraît que tout est trop cher. C'est vrai. Mais ces prix élevés sont davantage le fait d'une inflation masquée depuis le passage à l'euro (puisqu'on convertit notre Franc dans une devise plus chère, profitons-en pour augmenter les prix, après tout, qui va s'amuser à tout diviser par 6.55957 pour vérifier que cela correspond bien à l'ancien tarif ?). Aujourd'hui, disons-le clairement : baisse des prix = baisse des prestations et au final, il y a deux victimes, qui se trouvent souvent, suprême ironie, la seule et même personne : le consommateur et le salarié de ces entreprises concurrentielles aux prix attractifs. En effet, pour maintenir des coûts bas, on délocalise toute ou partie de la production, le service client subit la même avanie (les clients de Free savent de quoi je parle), on rogne sur la qualité du produit, etc. Moins cher, donc, mais de moins bonne qualité. Pourquoi ? A cause de ces satanés 15% de marge minimum que les actionnaires entendent se mettre dans les poches à la fin de chaque exercice comptable. Aujourd'hui, le capitalisme a atteint sa perversion la plus extrême : les actionnaires n'investissent plus de manière pérenne, ils spéculent. Tant pis pour les pots cassés en cours de route.
En terme de service public, c'est dramatique, puisque les tribunaux ferment, les prisons restent en nombre insuffisant et dans un état déplorable (Alan Parker pourra bientôt venir tourner un remake de Midnight Express aux Baumettes), on développe la chirurgie ambulatoire, on ferme des maternités, des services hospitaliers, des gares SNCF et des bureaux de Poste dans des villages où ils sont pourtant les derniers liens des habitants avec l'Etat. Il est évident que la fonction publique française est pléthorique, dispendieuse, et pas toujours de première efficacité. Mais ce n'est pas en fermant tout et en donnant les clés du camion au premier Qatari venu que l'on va s'en sortir. 

Revenir aux sources : souvenir de la Grande Ordonnance de 1254

En 1254, Saint-Louis proclame la Grande Ordonnance. Dans les grandes lignes, ce texte expose le maillage du territoire et la façon dont le pouvoir royal s'exercera, d'égale façon, partout où le Roi est souverain. C'est l'apparition, notamment, de la figure du bâilli. Ce texte est le premier d'une longue série qui fait de la France le plus vieil état organisé et centralisé au monde. Cela s'est renforcé successivement sous la férule des grands souverains de notre pays. François Ier a ainsi fait adopter l'ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, faisant du français la langue officielle. Louis XIV a développé l'originalité économique la plus innovante de l'Ancien Régime avec le colbertisme, forme de planification économique qui promouvait les industries et les investissements dont le royaume avait le plus besoin. Et enfin, bien sûr, Napoléon Ier a mis en place les 130 départements, le Code Civil, le télégraphe, la modernisation des routes... Enfin, le Général de Gaulle et Georges Pompidou ont lancé notre pays sur les rails des économies puissantes par le biais d'une industrialisation raisonnée (nucléaire notamment) couplée à un service public performant au service de tous : c'était le but notamment de la Sécurité Sociale; 
Alors qu'aujourd'hui on évoque la suppression des départements et la fusion des régions, pour faire de celles-ci une pâle copie des Länder allemands, on agit à rebours de notre Histoire. Mieux vaudrait plutôt supprimer les régions et maintenir, voire renforcer les départements. Rappelons que ce sont eux, notamment, qui s'occupent des dépenses sociales. En ces temps de crise économique, les Français ont plus que jamais besoin d'eux.Quand on interpelle un ministre sur ce non-sens historique, celui-ci rétorque qu'un investisseur chinois ne comprend pas qu'il y ait deux Normandie. Pauvre chéri. Un cours d'Histoire de notre beau pays ne lui ferait pas de mal. Après tout, aucun Français ne va en Chine leur expliquer qu'on ne comprend pas le principe du parti unique...
Idéalement, en supprimant les régions et les intercommunalités grotesques, on réduirait les doublons et on ferait d'importantes économies, qui nous permettraient de renforcer les services publics dans les banlieues, les campagnes,... Bref, rétablir la puissance de l'Etat au service des plus démunis, comme cela est le sens de l'Histoire de notre pays depuis un millénaire. Quant aux dépenses, si on veut les réduire drastiquement, on peut enfin, peut-être, aller chercher l'argent là où il se trouve. A commencer par les paradis fiscaux, par exemple. Il paraît que M. Hollande s'est auto-proclamé "ennemi de la finance". On attend qu'il joigne la parole aux actes !

mercredi 16 avril 2014

Finkielkraut sous la Coupole, l'Honneur de la France

Bonjour à tous !

Il l'a longtemps, secrètement, espéré, c'est désormais fait. Par 16 voix sur 28, 4 abstentions et 8 croix noires, signes de refus net, Alain Finkielkraut, agrégé de Lettres, et ancien professeur de philosophie à l'Ecole Polytechnique, a été élu au premier tour à l'Académie Française, au siège 21.

Dépasser Félicien Marceau

Félicien Marceau est l'ancien occupant de ce siège. Né belge, il a fui son pays et pris cette identité qui l'a fait connaître. Pour une bonne raison : il a été condamné pour fait de collaboration et actes pro-nazis durant la 2e Guerre Mondiale. Un homme charmant... Revenu en grâce en France on ne sait trop comment, il n'est, à n'en pas douter, pas la plus grande fierté de l'Histoire de l'auguste institution. En se portant candidat pour l'élection à ce siège, on a critiqué Finkielkraut, donnant du grain à moudre à ceux qui pensent qu'il constitue un cheval de Troie du FN Quai Conti. Je pense au contraire, bien qu'il devra prononcer son éloge, qu'il saura se montrer tranchant lors de son discours inaugural et que son apport contribuera à faire oublier son controversé prédécesseur.

La chasse aux sorcières toujours active

Virginie Martin, Bruno Roger-Petit, Ruwen Ogien,.... Nombreux sont les contempteurs du philosophe à lui chercher noise depuis son élection. On lui reproche ses positions réactionnaires, notamment depuis la publication (et le succès !) de L'identité malheureuse, on lui reproche également de ne pas être vraiment un philosophe car il est agrégé de Lettres, ce qui rendrait donc l'ensemble de son oeuvre caduque, délégitimant son élection ou bien encore de ne pas avoir tant apporté à la langue française et que son rôle sera inutile. Tous les coups, bas le plus souvent, sont permis. Mais curieusement, et en toute objectivité, je ne vois aucun argument de fond opposé à Finkielkraut. Personne n'a vraiment pris la peine de débattre avec lui. Sauf Manuel Valls lors d'un numéro de Des paroles et des actes qui fera date tant le débat fut intense, mais courtois. J'ai de nombreux différends avec le Premier Ministre, mais je lui rends hommage pour ce fait d'armes. Etrange fait du hasard, il s'agissait d'un débat entre deux enfants nés étrangers et naturalisés français par la suite. Deux fruits d'une assimilation qui fonctionnait encore et qui montre de manière encore plus criante l'échec de l'intégration d'aujourd'hui. Deux personnes qui, même avec 13 ans de différence, ont accepté le rôle intégrateur de l'école et des parcours d'excellence académique de notre pays. Une chose impossible aujourd'hui tant l'école est désormais vidée de sa substance. A ce titre, je recommande vivement la lecture de la dernière interview de Jean-Claude Brighelli dans Marianne pour se faire une idée de l'état de mort cérébrale du "Mammouth". 

L'amour de la France, un éloge permanent de la transmission

La vérité, c'est qu'aucun de ces détracteurs n'a le niveau, ou l'honnêteté, intellectuel pour débattre et prendre le temps, ne serait-ce que cinq minutes, d'analyser la théorie de Finkielkraut. Expliquer, à longueurs de lignes de blog, que son approche est erronée parce qu'il ne va pas - ou plus - sur le terrain, c'est nous prendre pour des imbéciles. Comme si ces critiques s'y rendaient, eux, sur le terrain. C'est le lot de nombre de chercheurs, penseurs, intellectuels, de trier des informations qui ne viennent pas forcément du terrain. C'est un argument d'autant plus discutable que le néo-académicien a été enseignant durant des décennies et qu'il n'avait donc aucun mal à se rendre compte de la baisse constante du niveau scolaire. 
D'autre part, il est temps d'écouter ce qu'il dit, et qui est aujourd'hui partagé par une immense partie de la population : oui, le niveau baisse, partout. Oui, nos enfants sont sacrifiés sur l'autel des pédagogistes et de Terra Nova. Oui le vivre-ensemble n'est aujourd'hui plus possible dans un pays où l'immigration est totalement dérégulée, où les services publics ferment et où les campagnes se vident pour satisfaire les exigences d'économie ordonnées par Berlin. Pardon, par Bruxelles. Oui, petit à petit, des barres de tour où les Français de souche (j'assume et revendique cette expression, en débattra qui voudra) ne sont plus les bienvenus car leur mode de vie, pourtant en adéquation avec notre Histoire et notre culture, est devenu minoritaire. 
Le grand mérite de Finkielkraut tient en trois choses : la première, c'est d'être un immigré qui a embrassé amoureusement la France ; la deuxième, c'est de dénoncer sans relâche le fait que le FN soit le seul parti à se préoccuper de ce problème d'acculturation croissante de notre pays et qu'il le regrette profondément ; le troisième, enfin, c'est d'argumenter constamment en se référant à des auteurs, connus ou non, qui font appel à notre mémoire collective et qui sollicitent la curiosité intellectuelle de chacun. 
Alain Finkielkraut est un passionné dans un pays dépassionné parce que centré sur le Dieu Argent. D'une manière ou d'une autre, la majorité des Habits Verts l'a compris. Elire Alain Finkielkraut à l'Académie Française, c'est se souvenir de son rôle qui est celui de transmettre le savoir de nos Aînés. Alain Finkielkraut à l'Académie Française, c'est l'Honneur de la France !

mardi 8 avril 2014

Le déni de démocratie de François Hollande

Bonjour à tous !

Il semblait acquis pour tout le monde, en dépit de résultats à relativiser à cause d'une forte abstention, que les électeurs avaient opéré un choix clair lors des Municipales de Mars : non, nous ne voulons plus de votre politique M. Hollande. Le Président a reçu le message...en ne changeant rien !

Hollande en Mitterrand 2.0

"Lever l'hypothèque" : voilà ce qu'avait dit Mitterrand en 1988 lorsque, après de triomphales Présidentielles, il décidait de nommer son plus sérieux rival au sein du PS au poste de Premier Ministre, à savoir Michel Rocard. A l'intérieur du cabinet de celui-ci, un certain...Manuel Valls. Pourquoi mettre son meilleur ennemi à Matignon ? Pour lui couper l'herbe sous le pied et l'isoler avec des ministres (Joxe, Jospin, Bérégovoy, Dumas,...) tout acquis au Chef de l'Etat et qui ne tenaient absolument pas compte de l'autorité du locataire de Matignon. On sait ce qui se passa par la suite : Rocard est parti, Cresson est arrivé, avant d'enchaîner sur la triste affaire Bérégovoy qui allait précéder une rouste insensée pour le PS aux Législatives de 1993. Aujourd'hui, les choses sont un peu différentes : Hollande, lui, a perdu et c'est ce qui justifie son remaniement. Mais en mettant le (trop) populaire Valls à Matignon, il s'évertue à le décrédibiliser aux yeux du grand public afin d'éliminer un rival en vue de 2017. Hollande a transposé sa rouerie, de Solférino à l'Elysée.

Tout ça...pour ça !

Afin de rendre l'opération encore plus cynique, et accessoirement achever de prendre les Français pour des Idiots, le Corrézien d'adoption a renommé les mêmes ministres qui opéraient déjà sous Ayrault, se contentant d'en changer certains de poste. Quant aux deux entrants, Valls ne peut se leurrer : on sait à qui Royal et Rebsamen iront rendre des comptes. Le pire dans tout ça, c'est que ce sont les Français qui sont les dindons de la farce : parce qu'avec les Verts qui sortent du Gouvernement, le Président a suffisamment de députés à la chambre basse pour faire passer ses mesures comme il le souhaite, à condition que la solidarité parlementaire fonctionne correctement. Si bien que le tournant social-libéral risque d'être encore plus fort, et que les ménages à faibles revenus ainsi que les classes moyennes seront encore davantage les laissés-pour-compte de la crise économique. 
J'en profite pour glisser un petit mot à tout ceux qui commentent un peu trop la nationalité originellement espagnole de Manuel Valls. Je rappelle que la France a toujours eu une tradition de dirigeants étrangers, les plus célèbres (et pas les moins doués d'aileurs) ayant été le Cardinal Mazarin et Necker. 

Attendre les Européennes et dissoudre ?

Si l'on cherchait toutefois une logique dans le comportement du Président qui ne soit pas simplement de l'égoïsme doublé de cynisme, on pourrait se dire qu'il attend les Européennes pour dissoudre l'Assemblée et convoquer de nouvelles élections. On sait tous que le FN risque de remporter ce scrutin devant l'UMP et un PS loin derrière, avec une nouvelle abstention record. Une râclée qui devrait provoquer un nouveau remaniement, sauf qu'il n'aura plus de joker, notamment en ce qui concerne Matignon. Hollande devrait donc dissoudre, laisser la Droite le balayer, nommer Copé Premier Ministre (oui je sais, ce serait bien triste d'en arriver là...) et se retrouver face à Marine Le Pen en 2017 en tête à tête ce qui, selon lui, lui permettrait d'être confortablement réélu.

A force de berner les citoyens de ce pays, François Hollande risque malgré tout de se prendre les pieds dans le tapis. En tout cas, s'il dissout et que Marine Le Pen se retrouve au 2e tour en 2017, je ne veux plus jamais entendre que c'est la Droite qui fait le jeu du FN !!

lundi 31 mars 2014

2e tour des Municipales : Very Bad Trip

François Hollande très inquiet
Crédits Photo : Bob Edme/AP/LeMonde.fr

Bonjour à tous !

Ils savaient qu'ils allaient perdre, mais ils ne se doutaient pas que ce serait dans de telles proportions : aujourd'hui, la Gauche de Gouvernement a perdu dans les grandes largeurs les élections municipales, du jamais vu dans de telles proportions depuis les Municipales (encore !) de 1983, celles qui suivirent le désormais fameux "tournant de la rigueur" du tandem Mitterrand-Mauroy.

La malédiction des élections intermédiaires

C'est un fait, depuis une bonne trentaine d'années, le parti en charge des responsabilités au niveau national encaisse défaite sur défaite lors des élections dites intermédiaires. On se souvient, donc, des Municipales de 1983, mais aussi de celles de 2001 préfigurant d'un scrutin présidentiel de 2002 difficile pour le PS et masquées par les conquêtes de Lyon et Paris, mais aussi des Municipales de 2008 sanctionnant durement la politique sarkozyste, de même que les Régionales de 2004, qui étaient une punition envers le chiraquisme. Rien de nouveau donc, hormis trois choses : l'abstention massive, qui en fait le premier parti de France et qui marque une défiance à l'égard de nos élus qui ne représentent plus rien et qui n'ont plus de pouvoir réel ; le retour du FN dans certaines mairies et enfin la disparition de la Gauche dans les villes de petite et moyenne importance, ce que l'on appelle aujourd'hui le péri-urbain.

Christophe Guilly avait raison

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, il s'agit d'un géographe social qui s'est intéressé, depuis 15 ans, aux classes populaires et qui, par extension, a effectué un travail de fourmi sur la carte électorale. Et il a observé que les grandes métropoles et les villes mondialisées restent l'apanage de la Gauche-"bobo" et d'une Droite "molle" (l'exemple typique de Juppé à Bordeaux) tandis que les villes de moindre importance, situées dans le péri-urbain et subissant de plein fouet déclassement, fermetures d'usine, insécurité votaient UMP et FN, avec de plus en plus d'entrain et de moins en moins par rejet de la classe politique pour ce qui concerne le parti de Marine Le Pen. A force d'avoir érigé l'Europe et la mondialisation en religion, les élites dirigeantes des deux principaux partis de Gouvernement en ont perdu le sens des réalités. Aujourd'hui, d'après Guilluy, 60% de la population française vit dans cette France péri-urbaine qui se paupérise grandement. Autre symbole, la victoire de Fabien Engelmann à Hayange, commune où se situent les hauts-fourneaux de Florange. Le nouvel édile est un ancien cégétiste qui s'est encarté FN lorsqu'il a compris que Droite et Gauche servaient invariablement la même soupe en provenance de Bruxelles. Les faits sont désormais établis, il n'est plus temps de se voiler la face : la Gauche a perdu 155 villes de plus de 9000 habitants, la renvoyant cruellement face à ce que les Français ne veulent plus : un clientélisme avéré auprès de nébuleuses associatives encourageant le communautarisme qui a fait la gloire du socialisme municipal depuis 30 ans et soigneusement élaboré par Julien Dray, notamment.

Que peut faire Hollande ?

Le Président peut remanier : pas très heureux à quelques semaines des élections Européennes qui s'annoncent comme un nouveau chemin de croix pour le PS (donné 3e derrière le FN, 1e, et l'UMP, 2e). Il devrait alors remanier à nouveau. De quoi occuper les médias qui fonceraient alors tête baissée dans le petit jeu des pronostics au lieu de se préoccuper de la politique menée par le Gouvernement qui serait pourtant la même. On voit en effet mal Hollande mettre en péril son orthodoxie européenne et renoncer au Pacte de Stabilité signé en début de Quinquennat avec Merkel, ou au Pacte de Responsabilité avec ses nouveaux amis du MEDEF. En vérité, peu importe les hommes, Hollande a une idée en tête et n'y renoncera pas, quitte à perdre en 2017. Mais l'homme est malin et fait en sorte de renvoyer l'opposition dans les cordes, entretenant savamment la montée du FN afin de se retrouver en duel avec Marine Le Pen, sans doute sa seule chance de renouveler son bail Faubourg Saint-Honoré.

En définitive, le peuple a parlé, clairement, donnant raison aux différents sonneurs de tocsin qui s'alarment du fossé grandissant entre une France d'en haut, vivant dans de grandes métropoles et qui a la mondialisation heureuse, et une France d'en bas, majoritaire, qui vit dans les campagnes et les petites villes et qui subit de plein fouet les conséquences désastreuses d'une ouverture des frontières sauvage et sans contrôle. Il semblerait que l'écart entre les deux parties s'agrandisse dangereusement et il serait donc grand temps qu'un arbitre vienne siffler la fin du match avant que les débats ne deviennent houleux au point que plus aucun retour en arrière ne soit possible.