Oskar Niemeyer / Crédits Photo : Sputnik 57-Causeur
Bonjour à tous !
Oskar Niemeyer est mort cette semaine. Pour ceux qui ne le connaissaient pas, il s'agissait d'un architecte brésilien créateur ex nihilo de la capitale de son pays natal, Brasilia, mais aussi architecte du bâtiment de l'ONU, à New York, et du siège du Parti Communiste, Place du Colonel-Fabien, à Paris. Entre autres choses. Spontanément, on se dit que la foi en une utopie conserve. Au-delà du raisonnable. Niemeyer était un communiste convaincu. Et il est mort à 104 ans. Son oeuvre témoigne pourtant, et surtout, du grand écart de la gauche internationaliste et alter-mondialiste telle qu'on la croise trop souvent aujourd'hui : celle qui se dit écolo mais qui saccage des territoires naturels pour créer une ville en quelques mois afin d'asseoir un pouvoir politique ; celle qui critique la mainmise des USA dans la géopolitique internationale mais qui s'empresse de se porter volontaire pour créer le siège de l'ONU à New York ; celle, enfin, qui cautionne les crimes castristes pour mieux se mettre des oeillères sur ce qu'est devenue, au cours du XXe siècle, ce communisme chéri. Que dire également de la construction de Brasilia ? Syndicats interdits, gestion de la construction par une compagnie privée, révoltes réprimées dans le sang...pour que la dictature militaire s'impose finalement, 4 ans plus tard, et oblige Niemeyer à s'exiler durablement. On pourrait dire aujourd'hui, si on faisait preuve d'un tantinet de mauvais esprit, que sa fille spirituelle, celle qui incarne le mieux ces contradictions de la gauche bobo, c'est Cécile Duflot : elle veut sauver la nature et les petits oiseaux, mais en voulant, paradoxalement, construire encore plus d'immeubles dans les banlieues. Et puis surtout, l'oeuvre de Niemeyer, c'est laid : du béton, encore du béton, toujours plus de béton ! De quoi faire pâlir de jalousie Berlin-Est ou le Moscou des années Brejnev. Il nous a donc quittés et avec lui, espérons-le, le mauvais goût architectural !
Une autre atteinte dans la culture, qui nous concerne directement cette fois, a eu lieu cette semaine à Lens : l'inauguration de l'antenne locale du Louvre. Il faut d'abord dire que ce n'est pas ce qu'il y a de plus beau ni de plus fin : cette galerie tout en long éclairée de manière blafarde fait penser à une station de métro parisienne. Mais on peut concevoir que ça peut plaire à d'autres, moins puristes que moi qui n'imagine pas plus bel écrin pour de telles oeuvres que l'ancien palais royal. Passons. Le plus discutable, à mon sens, c'est l'idée saugrenue de construire un musée dans une région qui a d'abord besoin d'usines. Malraux l'avait prédit : quand le religieux aurait disparu, le culturel deviendrait la nouvelle forme de sacré. Les enfants et petits-enfants de mineurs et d'ouvriers vont donc se retrouver serveurs dans le café du musée, ou vendeurs à la boutique-souvenir. Et, horreur, de donner raison à la vision houellebecquienne de la France du futur : un gigantesque parc d'attractions pour touristes nouveaux riches venant des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) tandis que nous aurons complètement perdu notre tissu industriel, qui fait pourtant la vraie force économique d'un pays. Jadis, on apportait le religieux aux humbles qui travaillaient trop ; aujourd'hui on amène la culture aux humbles qui ne travaillent pas assez. Qu'aurait dit Zola de tout cela ? Se serait-il fait la réflexion que Daniel Percheron, président PS de la région Nord-Pas-de-Calais, a fait une erreur monumentale en voulant suivre la voie du Pays Basque espagnol ? Une région dont l'industrie est aujourd'hui ravagée et qui a construit le Musée Guggenheim à Bilbao. Une réussite touristique...dans un pays plongé dans une faillite économique sans précédent avec ses 25% de chômeurs, ses salaires en baisse et l'éclatement de sa bulle immobilière.
Une fois encore, la Gauche a couru le mauvais cheval. Une fois encore le pouvoir en place, de Hollande à Flilippetti, se réjouit de peu de chose. Et en semble heureux. C'est ça le plus grave ! Les ouvriers veulent du pain (des usines) ? Qu'on leur donne de la brioche (un musée) ! Assistera-t-on à la même mascarade en Lorraine après la fermeture définitive des hauts-fourneaux d'Arcelor-Mittal ? On a déjà un semblant de réponse car, comme un symbole, l'antenne de Beaubourg à Metz tombe en ruines, laissée totalement à l'abandon. Dans la terre d'élection de notre actuel Ministre de la Culture dont le seul fait de gloire ne sera bientôt plus qu'être le sosie officiel d'Amélie Mauresmo. Je doute que ça lui rapporte assez pour nourrir les dizaines d'ouvriers de sa région qui s'apprêtent à aller pointer à Pôle Emploi. Mais bon, si tout le monde est content...

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