Friedrich Wilhelm Nietzsche (1844-1900)
Bonjour à tous !
Comme vous le savez sans doute, se déroule en ce moment le procès d'Anders Breivik. Le 22 Juillet 2011, celui-ci, pour des raisons idéologiques qui n'appartiennent qu'à lui, tue 69 personnes sur l'île d'Utoeya. Deux heures auparavant, il avait fait exploser une bombe à Oslo.
En Norvège, deux points de vue s'opposent : soit le reconnaître pénalement responsable et l'incarcérer pour 21 ans (et le maintenir emprisonné par la suite aussi longtemps qu'il sera jugé dangereux pour la société) ; soit le déclarer non-responsable de ses actes et le faire interner dans un établissement psychiatrique. Dans ce cas, l'idéologie de son action serait alors réduite à néant puisqu'étant l'oeuvre d'un "fou". Il ne passerait alors pas à la postérité et l'on couperait l'herbe sous le pied de son attitude revendicatrice et dénué de tout remord. Et il sombrerait dans l'oubli.
Ce crime, atroce, a déchaîné les passions. D'abord parce que la Norvège est un pays plutôt discret, où ce genre d'éclat est rare. Ensuite à cause de l'idéologie revendiquée par Breivik. Enfin parce que tous les amateurs de sensations fortes et de condamnations faciles voyaient en lui un monstre qu'il fallait condamner à la potence.
C'est ce dernier point qui m'intéresse ici. L'Homme est souvent prompt à condamner ce qui a mis la société en péril, à pointer du doigt celui qui s'est marginalisé, quelle qu'en soit la manière. Depuis les jeux du cirque, à Rome, où les criminels étaient jetés aux fauves, jusqu'à la Révolution, où les royalistes défilaient sur la guillotine, les exécutions capitales ont toujours attiré les foules. Par goût du sang ? Peut-être. Pour embellir d'une macabre distraction son morne quotidien ? Là encore, c'est possible. Ou bien pour se rassurer soi-même sur le fait que l'on n'est pas si mauvais que ça puisque le condamné, lui, est sous le joug du bourreau ? Plus probable.
Car l'Homme a trop tendance à oublier que le monde ne peut être que le Bien. Le Mal existe pourtant. Bel et bien. Il est nécessaire. Et il cohabite en chacun de nous. Qui n'a jamais succombé à la tentation de franchir la ligne jaune ? Même pour une peccadille ? Personne ! Et c'est bien là le noeud du problème. Nous sommes tous des délinquants ou des criminels en puissance !
Dans son excellent ouvrage, La Part de l'autre, Eric-Emmanuel Schmitt nous montre, par le biais d'une fiction, ce qu'aurait pu être la vie de Hitler, et donc celle de dizaines de millions de personnes, si il avait été admis à l'Ecole des Beaux-Arts de Vienne. Comme pour nous montrer que nous tenons tous sur un fil, et qu'il suffit parfois d'un faible courant d'air pour nous faire basculer du bon ou du mauvais côté.
De plus, on oublie trop souvent la nécessité du Mal. Celui-ci peut avoir une visée utilitariste : le meurtre d'une personne qui peut en sauver plusieurs autres, l'usage de la torture pour contrecarrer une menace terroriste imminente, etc. Et puis, le Mal existe-t-il vraiment ? Ou bien, comme le pense Nietzsche, n'est-il que l'invention des faibles d'esprit pour trouver un responsable à n'importe quel prix, et fermer les yeux sur la dure réalité, crue et sans fard ? Dans la même lignée, Spinoza estime qu'il n'y a ni bien ni mal, simplement une interprétation d'un fait selon le point de vue subjectif de chacun.
Au-delà de ça, l'utilité du Mal est de générer un bienfait pour la suite, de nous faire progresser, de nous faire réfléchir sur nous-mêmes. Et non bêtement, stupidement, comme dans le cas de la peine de mort où le Mal est alors purement et simplement institutionnalisé, rabaissant ses commanditaires à être les sordides égaux de ceux que nous condamnons.
Ceci étant, il est donc une conclusion dans cette triste affaire : le crime de Breivik est affreux, certes. Mais on peut lui voir, a posteriori, un bienfait : l'un d'entre eux, par exemple, c'est d'attirer notre attention sur le fait que, nulle part dans le monde, nous ne sommes à l'abri de la violence et qu'il nous appartient d'être vigilant sur la question. D'autre part, ce terrible fait divers montre aussi qu'en chacun de nous la bête haineuse, immonde, peut se réveiller au point de nous faire basculer au-delà du point de non-retour.

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