samedi 13 décembre 2014

Bilan de l'année 2014 (1) Personnalité de l'année : Barack Obama

Bonjour à tous !

L'année se termine, c'est l'heure des bilans. Aujourd'hui retour sur celui que je considère comme la personnalité de l'année. Même si cette distinction n'a ici rien de bien positif.

Un costume trop grand pour lui

En Novembre 2008, la planète n'avait qu'un nom à la bouche : celui de Barack Hussein Obama, 44e Président des Etats-Unis. C'était le messie que le monde attendait après 8 années de "busherie" (vous me pardonnerez le jeu de mots...) Alors que 2007 avait vu la communauté internationale, comme le dit l'expression consacrée, basculer dans la crise des subprimes, Obama devait moraliser une finance devenue folle et rétablir un peu d'égalité et de justice dans un pays ou l'écart entre riches et pauvres est sans doute le plus prononcé parmi les pays les plus développés. Une grande part des personnalités américaines les plus en vue soutinrent celui avait une grande qualité pour tous les progressistes à travers le monde : il était noir. Oh, certes, il n'avait pas connu les quartiers défavorisés, avait pu faire de solides études de Droit sans trop de souci, mais peu importait : parce qu'il était noir et démocrate, c'était le Président qu'il fallait aux Américains et donc, par extension, au reste du Monde.

Une dette devenue trop oppressante 

Le problème de Barack Obama réside sans doute en un seul mot : la dette. Dépassant les 100% du PIB dans un pays qui a l'habitude de soutenir sa croissance interne par l'endettement de ses citoyens, le plafond de la dette a dû être relevé plusieurs fois en catastrophe, en même temps que la Fed, la Banque Centrale américaine, faisait tourner la planche à billets. Cela enchérit de facto, dans un premier temps, un euro déjà trop fort, et qui étrangla donc encore un peu plus une Union Européenne déjà au bord de l'asphyxie. Bien sûr, l'euro a fini par baisser quelque peu, mais pour des pays comme la Grèce, Chypre, l'Italie, le Portugal ou l'Espagne, il est sans doute déjà trop tard. 
Cette dette a donc obligé le Président américain a faire des choix, notamment en limitant ses engagements militaires, ce qui a contraint ses alliés de l'OTAN à faire le ménage à sa place en Libye, au Mali, en Centrafrique, sans compter ses réticences en Syrie et son retrait des négociations israélo-palestiniennes. Obama n'a plus qu'un seul objectif en tête : tenir la bride aux Chinois, qui font montre d'un impérialisme d'autant plus fort en Extrême-Orient que leur croissance folle ralentit (à 7% par an tout de même) et qu'elle passe donc dans une autre phase de l'affirmation de son pouvoir face à son peuple : rétablir sa puissance à l'internationale. 

Des scandales à répétition dans un pays ingouvernable

L'autre problème d'Obama c'est que son élection a déclenché, parallèlement, une vague de haine sans précédent chez les Républicains, à l'exception de quelques modérés dont son estimé adversaire malheureux en 2008, John McCain. La naissance du Tea Party, cette frange radicale ultra-libérale et ultra-conservatrice (la contradiction fondamentale de la droite américaine...) a causé de nombreux remous au Congrès. Chaque fois que ce fut possible, les Républicains bloquèrent les quelques réformes voulues par Obama, dont celle de la santé, sa plus emblématique. Leur nouvelle majorité au Congrès va leur donner encore plus de latitude. Le Chicagoan resta, hélas, concentré sur ce seul projet de loi et laissa toutes les autres réformes nécessaires de côté : l'éducation, la justice, les emprunts étudiants dont on dit qu'ils sont la nouvelle épée de Damoclès au-dessus de la tête des Américains... Les inégalités ne sont nullement réduites, les grands groupes continuent de faire de l'optimisation fiscale sur le dos du trésor US (Google, Apple, et j'en passe), l'argent ne rentre pas dans les caisses et fatalement, les pauvres s'appauvrissent tandis que les riches s'enrichissent. Comme le disait Warren Buffett : "La guerre des classes est terminée et nous l'avons gagné."
Cherry on the cake, des scandales divers sont venus se greffer au débit d'un double mandat globalement décevant : les lanceurs d'alerte Snowden et Assange dénoncèrent les abus de la CIA et de la NSA en matière de mise sur écoute, Guantanamo est toujours ouvert, la CIA vient de rendre public un rapport qui révèle le non-sens de la torture et enfin, bien sûr, les meurtres successifs de différents hommes par des policiers, les premiers étant noirs, les seconds, blancs. Bien entendu, chaque affaire est différente l'une de l'autre : à Cleveland, les médecins légistes ont démontré que les témoignages étaient faux et que Mike Brown ne s'était pas fait tirer dans le dos comme on l'avait annoncé dans un premier temps. Quant à l'affaire de New York, la vidéo est éloquente et ne laisse que peu de doute sur l'énorme faute professionnelle commise par la police. Evidemment, la presse française a tout mélangé, faisant un amalgame grossier entre toutes les affaires pour dénoncer les vilains policiers blancs américains, profondément racistes, appuyée en cela par les tweets déplacés de Christiane Taubira.
Néanmoins, force est de constater que les tensions économiques dans un pays qui ne s'est toujours pas relevé de la crise des subprimes ont remis au grand jour des tensions évidentes sur un territoire qui n'est qu'un gloubi-boulga informe de différentes communautés n'ayant pas grand chose à voir les unes avec les autres. Aucune n'étant légitime dans une contrée qui est née par le biais d'un génocide amérindien que tout le monde s'efforce de garder sous silence, la violence ne peut qu'être exacerbée. Le stress amène le stress, la colère engendre la colère et une fois que les chevaux se sont emballés, il est bien difficile de les calmer.

Une comparaison Obama-Hollande troublante sur certains points

Comme en France, donc, les Américains réussissent à chaque fois à élire un président pire que le précédent, et le mouvement s'est accéléré dans les années 2000. La seule différence entre les deux chefs de l'Etat, c'est que l'on attendait rien de Hollande, et beaucoup trop d'Obama. Qui plus est, les tensions entre communautés sont fortes au sein des deux pays, même si la France a évidemment une histoire et une communauté nationale autrement plus ancrée que les Etats-Unis. 
Cependant, un autre important point commun est à souligner entre les deux hommes : la déchéance économique symbolique du pays dont ils sont en charge. La France a ainsi perdu sa note AAA sans, heureusement, que cela n'ait pour l'instant de conséquence sur sa dette, tandis que depuis quelques jours, la Chine a ravi la première place en tant que puissance économique mondiale. Du jamais vu depuis la Seconde Guerre Mondiale. Même l'URSS dans les années 60-70, ou le Japon des années 80-90 n'avaient réussi pareil exploit. La fin d'un monde ? Peut-être. Une opportunité pour redistribuer les cartes ? Assurément. Alors que les médiacrates de notre pays ainsi que notre gouvernement nous poussent vers une américanisation toujours plus prononcée (mise en avant des communautés, recul de la laïcité mariage pour tous, démantèlement de l'armée au profit de l'OTAN,...), il faut regarder les choses en face : le modèle américain a vécu. C'est un signal lancé à la France : cessons de vouloir faire comme tel ou tel autre pays, re-créons un modèle à nous, dans lequel notre patrie puisse s'épanouir à son aise et à son rythme. Le retour à une westphalisation du monde n'est peut-être plus si loin.

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Ils ont aussi marqué l'actu en 2014 :
Eric Zemmour, qui a connu un triomphe dans les librairies pour son dernier essai, Le Suicide français, s'est chargé de mettre le doigt là où ça fait mal sur les errements de notre pays depuis 40 ans. Valérie Trierweiler est également incontournable, en ce que son livre a abaissé encore un peu plus la fonction présidentielle. Les deux Prix Nobel français méritent une mention spéciale : Patrick Modiano et Jean Tirole, en littérature et en économie. Beyoncé a crevé l'écran dans le domaine musical et enfin, de façon plus légère, saluons l'exploit incroyable de Renaud Lavillenie, nouveau recordman du monde en salle de saut à la perche, sous les applaudissements de Sergei Bubka lui-même.

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> Les traités de Westphalie conclurent la Guerre de Trente Ans en 1648 et furent signés à Münster. Ils concernaient les Provinces-Unies, la France, le St Empire et l'Espagne. Certains pays acquirent leur indépendance, contribuant à un rééquilibrage des forces en puissance en Europe
> http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20141125.OBS6024/michael-brown-taubira-critique-le-verdict-en-citant-bob-marley.html (sur l'affaire Brown)
> http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/etats-unis-crise-evitee-sur-le-plafond-de-la-dette-jusqu-a-2015_1355826.html (sur la dette américaine)

dimanche 30 novembre 2014

UMP : l'histoire se répète

Nicolas Sarkozy au moment de son élection à la tête de l'UMP ce Samedi 29/11/14
Crédits Photo : lefigaro.fr/Gonzalo Fuentes/Reuters

Bonjour à tous !
Voilà, c'était annoncé et attendu, Nicolas Sarkozy emporte la présidence de l'UMP avec 64% des voix, devant Bruno Le Maire avec 29% et Hervé Mariton à 6%. Il ne s'agira pas ici de décrypter le programme et les propositions de chacun des trois hommes, mais plutôt d'analyser ce que ce scrutin peut provoquer au sein de la Droite française.

Comprendre la Droite française : la thèse de René Rémond

René Rémond fut un historien et politologue français, décédé en 2007, spécialiste de la Droite française. L'ancien académicien avait décelé en son temps un découpage possible de la Droite en 3 catégories : la Droite légitimiste, contre-révolutionnaire ; la Droite bonapartiste, césarienne qui a le culte du chef ; la Droite orléaniste, libérale et cautionnant la Révolution. Ce découpage est un héritage de la Révolution française.
Aujourd'hui, il pourrait paraître assez aisé de penser spontanément que l'UDI est la Droite orléaniste, l'UMP étant bonapartiste et le FN, légitimiste. Mais ce serait aller un peu vite en besogne. Si l'UDI est l'héritière de l'UDF centriste, libérale et pro-européenne, les lignes ont quelque peu bougé à l'UMP et au FN. Chez le parti de la Le Pen Company, la fille a laissé de côté les punchlines de son père et son idéologie reaganienne, mêlant libéralisme échevelé et conservatisme social. Elle a plutôt insisté pour rendre son officine médiatiquement présentable en promouvant la souveraineté nationale, le rejet de la technocratie et la défense des plus fragiles. 
Enfin l'UMP s'est considérablement compliquée la tâche en fusionnant le RPR avec l'UDF. Tout ça pour pas grand chose au final si l'on constate l'émergence de nombreux partis centristes : le MoDem, l'UDI, sans compter les radicaux. L'UMP est devenue cette auberge espagnole où, selon la formule de Charles Pasqua, "Le RPR amène les électeurs, l'UDF amène les élus." Comprendre : au RPR, gaulliste, bonapartiste, la base militante, à l'UDF l'assemblée de notables,  qui se font élire en promettant monts et merveilles à des électeurs toujours plus désenchantés.

Le mensonge de Sarkozy

En 2007, Sarkozy se fait élire sur un message important : il veut limiter l'immigration, mettre en avant la valeur travail, réconcilier les Français avec leur identité, ce qu'ils sont et ce qu'ils doivent transmettre. Alors, c'est vrai, dans les discours, il y a eu les coups d'épaule, les paroles dures et directes. Mais dans les faits, l'immigration n'a pas chuté, le chômage a continué de croître, et la sujétion à l'Europe s'est fait toujours plus forte. La Droite historique qu'il entendait incarner a laissé lâchement la place à la Droite moderniste dans les résultats. Et ça, les Français ne l'ont pas oublié en 2012. Quand Sarkozy change son fusil d'épaule et oublie sa ligne libérale-centriste entre les 2 tours, pour revenir sur un vrai discours de Droite, il limite la casse face à Hollande mais il était trop tard, le retard était trop important, la fracture, consommée. 
Aujourd'hui il revient, mais son message n'est pas clair. Il ménage la chèvre et le chou. Certes, son charisme et son talent politique lui ont ouvert le succès pour devenir président de l'UMP. Mais désormais, il doit affronter deux candidats déclarés à la primaire de 2016 : François Fillon, qui part de loin, admettons-le, et Alain Juppé, le chouchou des médias et de la Gauche. Où l'on assiste alors à un curieux coup de malice de l'Histoire.

1995 à l'envers

Petit retour en arrière, 1995 : à cette époque, la Gauche sait qu'elle ne gagnera pas les Présidentielles, la fin de l'ère Mitterrand s'achevant dans un chaos indescriptible (la maladie du Président, la cohabitation avec Balladur, le suicide de Bérégovoy, les révélations sur Mazarine Pingeot, etc). La Droite a un leader historique depuis 1974 qui est Jacques Chirac et qui attend ce moment depuis sa cinglante défaite en 1988. Mais voilà, il est "trop à droite", tout le monde a encore en mémoire la signature du congrès du RPR en 1990 avec Juppé, Sarkozy, Séguin, Pasqua et donc Chirac parmi les signataires. Dans ce congrès, on disait que l'islam n'était pas compatible avec la République, et qu'il fallait stopper l'immigration. Chirac en était encore "aux bruits et aux odeurs". Il est vrai qu'on pouvait commencer à douter de la persistance de ses idées quand il avait fini par voter "oui" du bout des doigts  au Traité de Maastricht portant un coup à la tradition de la Droite souverainiste. Enfin toujours est-il que peu l'appréciaient et le soutenaient parmi les médias. Balladur décida de se présenter, estimant entre autres que Chirac ne pouvait l'emporter et qu'il fallait tout faire pour que la Droite fût au second tour. Sarkozy soutint alors le Premier Ministre sortant, et Juppé son rival. Pour le résultat que l'on sait. Balladur ne passa pas le premier tour, les couches populaires soutenant plutôt Chirac, son discours sur la fracture sociale et son côté proche des gens, en rupture avec le côté plus aristo de l'ancien hôte de Matignon.
Alors que 2017 se profile déjà, il est amusant de constater que les rôles sont inversés : Sarkozy est honni par les médias et par la Gauche, au contraire de Juppé qui fait même le beau dans les Inrocks, excusez du peu. Sarkozy vient de démontrer qu'il était soutenu par la base militante, y compris à Bordeaux. On a bien sûr critiqué cette attitude et vilipendé l'ancien Président. Mais les militants sont la force vive d'un parti, ils ont légitimité à critiquer, plus ou moins fortement, des leaders qu'ils estiment décevants. Et tant pis pour les oreilles chastes. Qui plus est, Alain Juppé part avec le handicap d'être le favori jusque dans les sondages : il est plus que fréquent que le favori des sondages ne l'emporte pas (Barre en 88, Balladur en 95, Jospin en 2002, sans compter le crash de Strauss-Kahn avant les Présidentielles de 2011). 

Quelle conclusion ?

Au vu du contexte actuel, il est peu probable que le PS se qualifie pour le second tour de la Présidentielle de 2017. De plus, il y aura une bataille féroce pour l'organisation des primaires de 2016 : Juppé voudra une primaire ouverte en dehors du parti pour que le Centre et la Gauche viennent à son secours tandis que Sarkozy voudra évidemment une désignation par les militants. 
Il y aura forcément un déçu, les deux candidats se présenteront donc en 2017. Et l'on risque donc de voir Juppé disparaître au premier tour en compagnie du candidat PS, au profit de Marine Le Pen. L'affrontement entre Le Pen et Sarkozy au second tour est alors une éventualité à envisager sérieusement. Où l'on verra que Sarkozy l'emportera car il est difficile de voir la candidate du FN triompher, son parti étant trop petit et trop mal institutionnalisé pour gagner une telle élection. Et évidemment, il y a de grandes chances pour que le quinquennat numéro 2 de l'ancien maire de Neuilly soit aussi décevant que le quinquennat numéro 1. 
Bien sûr il s'agit là de politique fiction, mais il est bon d'avoir en main toutes les clés pour juger que décidément, l'Histoire a tendance à se répéter et qu'une fois encore, il y a peu de chances pour que la France en sorte vainqueur.

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NB : j'ai été vivement critiqué, notamment parce que mes articles manquaient de source. Je rappellerai ici le principe du billet d'humeur : il est une forme particulière d'éditorial qui a pour but d'apporter un regard critique sur un sujet d'actualité où la forme, la qualité de rédaction et une certaine mauvaise foi prévalent, dans la grande tradition pamphlétaire française (j'invite les sceptiques à consulter la page Wikipédia du billet d'humeur - oui, il y en a une). Il s'agit là d'un héritage des Lumières. Lire un éditorial d'un grand journal permettra de se rendre compte qu'il ne comporte rarement, voire jamais, de sources. Même si la presse de gauche, qui se rêve en Hommes du Président façon Pakula, ne jure plus que par les sources (cf Aymeric Caron), il n'empêche pas moins que la presse d'opinion, mêlant histoire et plaisir de la plume, est tout à fait valable, voire davantage encore car il s'agit là d'une tradition historique. Et tant pis si ce n'est pas moderne... Néanmoins, je proposerai désormais, en fin d'article, des pistes de réflexion pour que chacun puisse se faire sa propre réflexion sur le sujet proposé. 
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Pour aller plus loin :

*Rémond, René, Les Droites en France, Aubier, Paris, 1992
*http://tempsreel.nouvelobs.com/election-presidentielle-2012/20120426.OBS7172/le-retour-des-trois-droites.html

vendredi 21 novembre 2014

Ecole : stop au massacre !

Crédits : Ouest France/Google Pictures

Bonjour à tous !

C'est vrai, la caricature date un peu, mais elle est toujours, malheureusement d'actualité, et n'est que l'un des trop nombreux symptômes d'une école en crise qui, désormais, sombre en plus dans le ridicule. Explications.

Profs non-payés, postes non-pourvus

En 2012, "Moi, Président", encore en campagne, avait promis 60 000 postes d'enseignants en plus. Il est vrai que les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent, comme le veut le vieil adage politique, mais là, on est quand même en droit de crier au foutage de gueule. Les différentes enquêtes menées, y compris par des médias "De Gôche", montrent bien qu'on est loin du compte. Il est vrai que la France compte un net surplus de fonctionnaires, mais ce n'est pas tant dans la fonction publique d'Etat (polices, pompiers, hôpitaux, éducation, justice, armée) qu'il faudrait retrancher mais plutôt la grassouillette fonction publique territoriale. Or, depuis les premières lois de décentralisation de 1982, les "couches du mille-feuilles" s'additionnent, se superposent, s'ajoutent : communautés de communes, départements, régions et j'en passe, avec multiplication de postes doublons et construction de somptueux bâtiments pour loger tout ce beau petit monde. Georges Frèche en fut l'exemple le plus caricatural. Et pourtant, il suffisait de s'en tenir aux préfectures et aux départements pour que le découpage territorial de la France conservât sa justesse et une égalité de traitement de chaque citoyen devant l'Etat. Le seul souci, c'est que l'Etat en question s'en lave les mains façon Pilate (Ponce, hein, pas le cours de sport) et se défausse toujours un peu plus de ses responsabilités, préférant déléguer ses pouvoirs à des notables locaux qui font circuler les valises de billets et le clientélisme plein pot. Huchon et Guérini illustrent parfaitement ce phénomène, même s'ils ne sont pas les seuls. Nous voici revenus au temps des seigneurs du Moyen-Âge où Hugues Capet, élu Roi de France en 987, se retrouva fort dépourvu devant des roitelets bien plus puissants que lui et aux terres bien plus vastes que les siennes. Il fallut attendre, au moins, Louis XIV, pour que la France prenne enfin la forme d'un pays cohérent, puissant et uni. 
Pour en revenir à nos moutons, c'est donc l'accroissement exponentiel de la fonction publique territoriale qui sert de paravent à l'Etat pour faire des économies dans la fonction publique nationale, la seule vraiment utile, voire indispensable. Les hôpitaux fonctionnent en flux tendu, les casernes militaires ferment les unes après les autres, de même que les tribunaux, les flics roulent avec un parc de véhicules datant de la présidence de Chirac et nos chères têtes blondes se retrouvent de plus en plus souvent devant une estrade vide dans leur salle de classe. L'ignoble est atteint lorsque l'on apprend, horrifié, que les dernières recrues en Seine-Saint-Denis révèlent devoir quémander des bons alimentaires car elles n'ont pas encore été payées depuis la rentrée scolaire. L'Etat est réputé être le plus mauvais payeur qui soit, tout entrepreneur vous le dira. Mais là, on frise la comparaison avec n'importe quelle république bananière d'Afrique ! Enseigner dans le "9-3" n'est déjà pas une sinécure, mais quand en plus on n'est pas payé pour accomplir ce sacerdoce, il y a de quoi avoir la moutarde et autres épices qui nous montent au nez ! 
Enfin, par magnanimité, je préfère taire un autre scandale dont on ne parle jamais, qui est celui de l'accompagnement des enfants handicapés ou en situation de grand échec scolaire. Ces enfants nécessitent le recours à un AVS (1), mais leur recrutement est erratique, digne d'un tirage à la tombola et leurs conditions de travail sont précaires car leur situation contractuelle relève de l'équilibrisme.

L'Ecole, cheval de Troie de toutes les idéologies les plus farfelues

Comme si ça ne suffisait pas, et alors qu'il est évident que le niveau des enfants baisse dramatiquement dans la maîtrise des fondamentaux, le ministère fait feu de tout bois pour se servir de nos chérubins comme rats de laboratoire pour toutes les idéologies les plus improbables qui soient. Vous avez aimé la théorie du genre et le scandale de la ligne Azur (désavouée depuis, fort heureusement, par le Conseil d'Etat, pour avoir notamment fait l'apologie de la consommation de stupéfiants) ? Vous allez adorer la suppression des notes. Avec, dans le rôle principal, Najat Vallaud-Belkacem, encore et toujours elle. Sous vos applaudissements ! Non contente d'avoir fait fonctionner à plein le népotisme en plaçant son cher et tendre dans les pattes présidentielles en tant que conseiller à l'Elysée, elle laisse largement entendre aujourd'hui que la suppression des notes "stigmatisantes" et "traumatisantes" serait une riche idée pour éviter que les gosses ne sortent traumatisés d'une mauvaise note. Ben voyons ! A part faire plaisir à Marcel Rufo et à la proportion toujours (tristement) croissante de parents qui délèguent complètement l'éducation de leur rejeton à l'instituteur (cf le dessin d'illustration en haut de page), il s'agit bien là d'une catastrophe en puissance. Il est évident que la notation est imparfaite, mais il s'agit d'humains notant d'autres humains, la seule différence étant que les premiers ont accompli quelques années d'études et réussi au moins un concours avant d'avoir ce statut lourd en responsabilités. La note a au moins le mérite de situer l'enfant dans son travail, de lui donner une mesure assez précise du chemin qu'il lui reste à parcourir pour atteindre l'excellence. Il est évident qu'une note donnée sèchement ne saurait être acceptable, tandis que l'accompagner de commentaires précis et circonstanciés lui donne immédiatement un caractère plus justifié.
Mais alors par quoi la remplacer ? Par des....pastilles de couleur ! J'imagine déjà un prof agrégé de maths s'amuser à mettre des gommettes sur des copies d'élèves de Terminale. Fantastique... Mais le nombre et la couleur desdites gommettes marqueront, elles aussi, le degré de réussite ou d'échec de l'élève. Simplement, l'échelle d'appréciation sera plus floue tandis que le barème sera incompréhensible à souhait, comme l'aiment les idiots qui pondent nos programmes et s'engraissent sur la Bête depuis des années à l'Hôtel de Rochechouart, dans le très cossu VIIe arrondissement. 
Franchement, il est temps d'en finir avec ces inepties et d'en revenir, comme je l'avais évoqué autrefois dans un post précédent, à une Instruction Publique sensée, réfléchie, avec des programmes simples et cohérents qui permettent à tous les élèves de démarrer sur un pied d'égalité dans la vie en maîtrisant tout à la fois l'écriture, la lecture et le calcul à la sortie de l'école primaire. Quant aux problèmes d'éducation, qu'on les renvoie à ceux dont c'est la tâche initiale, le devoir primordial : les parents. Dur dur, quand les deux travaillent en même temps et qu'ils font des enfants pour "faire bien" socialement parlant, comme c'est le cas de tous ceux qui capitulent devant leurs enfants-rois, mal élevés et gavés d'écrans jusqu'à plus soif... Enfin, c'est une autre discussion. Mais pour que le bon sens revienne,  il faudrait que notre ministre cesse de "chercher à faire parler d'elle" comme le notait si judicieusement Jean-Paul Brighelli (2) sur l'antenne de RTL il y a quelques jours de cela...


(1) AVS = Auxiliaire de Vie Scolaire. Adulte accompagnant spécifiquement un enfant en détresse scolaire ou handicapé dans ses tâches liées à l'école
(2) Jean-Paul Brighelli est un professeur agrégé de Lettres Modernes, chroniqueur pour Le Point et Causeur, qui héberge son blog Bonnet d'Âne. Il milite de longue date pour un retour aux fondamentaux au sein de l'école et pour des moyens d'envergure dans une institution aujourd'hui sinistrée

jeudi 13 novembre 2014

Alain Juppé, le pire d'entre tous ?

Crédits Photo : Régis Duvignau/Reuters/LeMonde.fr

Bonjour à tous !

Ah, il a la cote le Alain. Tout le monde l'aime, le reçoit, lui demande son avis de vieux sage, en grognard de la politique qu'il est tout en étant un élu local respecté, voire adulé.

Un élu local de haut vol ?

Maire de Bordeaux depuis des lustres, Juppé est loué pour sa politique où il a remis les transports en commun, l'écologie, l'humain au centre de la problématique girondine. Ca vous rappelle quelque chose ? Delanoë à Paris, Collomb à Lyon ? Bien vu, c'est exactement la même chose ! Et pourtant ce sont (ou furent) des maires socialistes ! Alors on va les voir pour leur demander leur avis sur un pays qui ne va pas aussi bien que leur ville-vitrine ouverte sur le monde et la mondialisation. Et tout le monde semble oublier sciemment qu'il y a une petite différence entre diriger une ville, a fortiori quand elle est située du bon côté de la mondialisation, et diriger un pays. Et pendant qu'on médiatise ses notables provinciaux, on en oublie tous les petits élus locaux qui se battent avec des moyens ridiculement faibles pour faire survivre leur commune rurale. Sauf que la "France périphérique", tout le monde s'en moque ! Ou plutôt, non : on fait semblant de s'y intéresser parce qu'on sent bien que Christophe Guilluy, le dépositaire de cette thèse, a vu juste. Alors on lui sert la soupe en public. Avant de jeter son livre aux orties sitôt les lumières des caméras éteintes. Il faut dire les choses telles qu'elles sont : aujourd'hui, on donne de l'importance à des édiles qui ne sortent plus de leur forteresse urbaine où tout brille et les médias se contrefichent des 61% de Français qui vivent en dehors des zones bénies de la mondialisation heureuse à la française. Vous connaissez beaucoup de sociologues, d'universitaires, d'historiens qui passent dans les médias de grande écoute parler de la ruralité française ? Guilluy n'a fait qu'un passage télé probant, sur Paris Première (chaîne payante), un Vendredi soir en 2e partie de soirée. Par contre, Eric Fassin, Pascal Blanchard, Jacques Attali ont table ouverte chez leurs amis de la presse écrite ou télévisée, Les Inrocks, Libé, France TV, iTélé et Canal + en tête. Bref, tout ce petit monde s'auto-entretient et garde ses oeillères soigneusement fixées.

Face à Juppé, un désert électoral

N'oublions pas une chose : en 1995, Juppé fut Premier Ministre. Avec ses réformes libérales catastrophiques, il mit à peine plus de 6 mois pour lancer les Français dans la rue pour un mouvement social qu'on n'avait plus vu depuis belle lurette. Cette catastrophe s'acheva par la dissolution de 1997 et la déroute électorale de l'union RPR-UDF face à la désormais célèbre "Gauche Plurielle" emmenée par Lionel Jospin.
Cette alliance RPR-UDF consacrée par la création de l'UMP quelques années plus tard est d'ailleurs bien là le talon d'Achille de la Droite aujourd'hui : déchirée entre une base gaulliste qui tente, vaille que vaille, de s'appuyer sur la Convention du RPR de 1990 stipulant explicitement qu'il faut freiner l'immigration et que l'Islam n'est pas compatible avec la République (signée à l'époque par Sarkozy et Juppé du reste), et un centre europhile à outrance, libéral et pro-business (comme dirait l'autre...), le néo-parti n'a jamais eu de base idéologique solide. Cela se retrouve d'ailleurs dans cette maxime désormais célèbre de Charles Pasqua selon laquelle "L'UDF amène les élus, et le RPR amène les électeurs." On se situe alors typiquement dans le cas de figure où les élites sont alors déconnectées de leur base militante. 
En se déclarant aujourd'hui, dans Les Inrocks, favorable à l'adoption par les couples homosexuels, en affirmant que s'il était élu en 2017 il ne reviendrait pas sur la Loi Taubira et en laissant entendre qu'Emmanuel Macron est sur la bonne voie économique puisqu'il applique les idées de la Droite libérale, Juppé scelle dans le marbre la pensée désormais justifiée que "Droite et Gauche sont les deux détaillants d'un même grossiste, l'Europe." (Philippe Séguin) Autrement dit, l'UMPS critiquée par Marine Le Pen est bel et bien là, à diriger le pays et en le mettant en coupe réglée pour faire plaisir à Berlin et Bruxelles sur un plan économique, et à Washington sur un plan diplomatique.
Le problème, c'est que plus le temps passe, plus le positionnement centriste d'Alain Juppé va l'amener vers une impasse électorale. Certes, cela va finir par forcer Bayrou, Lagarde, Morin, Valls et Cie à sortir du bois en assumant leur caractère résolument libéral pour créer un mouvement politique résolument centriste. Mais alors, pour le candidat qui émergera de ce mouvement, il faudra se rendre à l'évidence : il se prendra un mur électoral ! Plus personne ne vote pour le Centre, hormis l'exception de 2007 qui peut s'expliquer pour 2 raisons : Sarkozy, par son programme résolument bonapartiste, siphonnait les voix du FN qui était électoralement mort : il y avait donc plus de place pour un Centre libéré de l'envahissant UMP, qui s'était sincèrement positionnée à droite ; et puis c'était surtout la première élection débarrassée des mythes politiques. Pas de Jospin, Chirac, Delors, et autre Giscard. Que des primo-candidats pour les grands partis, qui favorisaient alors une recomposition des voix. Mais en 2012, la messe était dite : le Centre s'est vidé de ses électeurs, et cela s'est vu à la Présidentielle, aux Législatives, avant de se confirmer en 2014 aux Municipales et aux Européennes. Les Français, pour une majorité d'entre eux, demandent qu'on replace l'identité de notre pays au centre du débat. Qu'on ose critiquer l'Europe, la mondialisation, l'immigration de masse. Qu'on les laisse s'exprimer en faveur d'une famille traditionnelle qui a permis la survie de notre société depuis des siècles, quoi qu'on en dise ! Qu'on ne bride plus la liberté d'expression comme les singes savants essaient désespérément de le faire en invitant Eric Zemmour sur tous les plateaux pour lui déverser des tombereaux d'insultes, quand ce n'est pas pour le dépeindre en malade mental, carrément. Mazarine Pingeot et Bruno Roger-Petit savent de quoi je parle. La même Mazarine Pingeot qui ne vend pas un bouquin et qui a vécu aux frais de la République pendant des années, fruit des frasques de son Collabo de père... 
Bien entendu, je peux me tromper. Il peut ne pas y avoir d'alliance des libéraux, par fierté, souci du parti, ou d'autres obscures raisons. Auquel cas, cela ferait autant de candidats au Centre. Sauf que pas grand chose divisé par X candidats, ça ne fait vraiment plus beaucoup de voix lors du décompte final. 
Mais est-ce là vraiment ce que cherchent ces profiteurs du système ? Ou bien ne sont-ils pas plutôt en quête d'un brevet de respectabilité de la part de l'apparatchik de la presse bobo, qui occupe l'immense majorité du temps d'antenne et des kiosques ? Là est la question. Et ce sont les électeurs qui, au final, donneront la réponse.

mercredi 22 octobre 2014

Quand les élites détournent la langue française à leur profit


Julien Aubert, député UMP "fautif" selon Mme Mazetier
Crédits Photo : Martin Bureau/AFP/LeFigaro.fr



Bonjour à tous !

Qu'il est loin le temps des discours enflammés ponctués de références, savantes et savoureuses à la fois, prononcés par de grands hommes d'Etat qui avaient pour seul souci le bien-être du pays et de la nation. Aujourd'hui les élites détournent le français à leur guise, conscients de détenir là une arme puissante d'endoctrinement.

Sandrine Mazetier, symbole d'un féminisme totalitaire et hors-sujet

Mme Mazetier est un député socialiste qui fut président de séance de circonstance à l'Assemblée Nationale durant les débats sur la transition énergétique. Oui, vous avez bien lu "un député" et "président". M. Aubert, député UMP, qui avait la parole, interpela Mme Mazetier sous la dénomination de "Mme Le Président". S'ensuivit un rappel à l'ordre informel, une prise de bec puis un rappel à l'ordre formel qui valut inscription au procès-verbal de la séance et amende à hauteur d'un quart de l'indemnité de l'élu. Outre le ridicule de la scène - les politiques ont sans doute plus urgent à faire que de disserter sur des querelles d'ego grammatical - Mme Mazetier a ainsi rappelé à tous son féminisme intégriste dénué de sens et de fondement. En effet, elle avait déjà proposé que les écoles maternelles s'appelassent dorénavant "petite école" ou "première école" (1). 
Toutefois, M. Aubert, qui disait s'appuyer sur le règlement de l'Académie française, s'est vu conforté dans son bon droit par celle-ci. On rappellera cependant qu'il existe un règlement propre à l'Assemblée Nationale qui dispose qu'il faut féminiser autant que possible les noms de fonction, et ce depuis le Gouvernement Jospin (1997-2002). Néanmoins, l'Académie française régit la langue française depuis 1635, l'Assemblée Nationale n'a donc, a priori, aucune légitimité pour se soustraire à ses recommandations.

Que dit l'Académie française à ce propos ?

Dans un avis publié a posteriori des événements, la vénérable institution rappelle qu'en terme de féminisation du vocabulaire professionnel, cela s'applique exclusivement aux métiers, non aux fonctions. En effet, une fonction a vocation à s'inscrire dans la durée, le long terme, tandis qu'un métier est exercé le temps que la personne est en capacité de le faire. Ainsi le Ministère de la Santé existait avant le mandat de Mme Touraine et existera après, et sera peut-être alors pourvu par un homme. Auquel cas, le principe de neutralité prévaut. La langue française n'ayant pas de neutralité pronominale dans sa grammaire, c'est le masculin qui remplit, par défaut, ce rôle. Il s'agit ici d'une règle héritée du bas-latin, avant que notre pays ne connaisse une importante influence linguistique avec les multiples et successives invasions barbares (Francs et Normands notamment). Autrement dit, il ne s'agit pas ici d'une nouveauté. D'ailleurs l'inverse existe aussi sans que les hommes ne s'en plaignent : on parlera toujours d'une sage-femme (certes il s'agit d'un métier, mais sa masculinisation est esthétiquement impossible) et d'une sentinelle. Il ne s'agit pas de dénigrer la personne en charge, simplement certaines règles sont immuables, ce qui a au moins le mérite de rappeler l'être humain à un peu plus d'humilité.

"Franglish", "globish" et autres éléments de langage dévastateurs

S'il est bien une horreur qui martyrise notre langue aujourd'hui, c'est cette espèce de "globish" immonde, notamment dans les métiers "2.0" et les métiers de la finance, ces derniers demandant une relation permanente avec Londres et Wall Street, et se retrouvant donc sous influence directe d'un anglais à la fois appauvri et très technique puisque centré sur un domaine particulier, ici la finance.
Pour en revenir aux métiers "2.0", je fais ici mention de la publicité, des jeux vidéo, de la presse sur internet, etc. On se retrouve ainsi avec cinquante mots de vocabulaire qui tournent en rond et qui ne veulent plus dire grand chose à force d'être répété ad nauseam. Vous avez le choix entre "buzz", "hashtag", "design", "e-marketing", "tweet", follower" et j'en passe, le tout bien évidemment prononcé avec un accent français du plus bel effet....ou pas ! La Loi Toubon, établie il y a environ 20 ans, fut pourtant claire sur ce sujet, le but étant surtout de s'assurer qu'un contractant ou qu'un consommateur soit assuré de comprendre ce qu'il signait ou achetait. Las, les nouvelles technologies importées tout droit de la Silicon Valley ont tout ravagé, piétinant les plates-bandes du français, et donnant également une vision biaisée car trop partielle de la langue anglaise, bien plus riche que ce que l'on croit. Fait amusant, l'influence japonaise fut très présente sur le marché occidental des nouvelles technologies dans les années 80 et 90 : curieusement, personne n'a essayé d'importer des mots japonais dans la langue française. Et c'est bien dommage, cela aurait témoigné d'une ouverture d'esprit bien plus grande que ce suivisme ridicule dont nous faisons preuve.

L'instrumentalisation de la langue à des fins politico-médiatiques

Tout ceci ne serait finalement pas bien grave si il n'y avait pas derrière une tentative de récupérer la langue à son profit. Petit à petit, passé simple, passé antérieur, imparfait du subjonctif (quand ce n'est pas le subjonctif dans son entier) disparaissent de la langue, on crée toujours plus de mots "valises" en recourant de plus en plus souvent à la novlangue. Le but avoué ? Faire croire qu'on cherche ainsi à s'adresser au plus grand nombre en employant un verbe simple, accessible à tous. Sauf qu'en agissant de la sorte, on prend en réalité les citoyens pour des abrutis, d'une part, et on leur remplit le crâne avec des inepties vides de sens, d'autre part. Il suffit de lire une note de Terra Nova, think-tank attitré du PS, ou bien des campagnes promotionnelles de collectivités territoriales pour se rendre compte, en bas de la page...que l'on n'a pas compris grand chose même si, sur le moment, cela paraissait formidable. 
Il est temps de recentrer la langue française au coeur de notre démocratie : une langue simple, sans faux-semblants, sans anglicismes malheureux, sans fautes de frappe qui font saigner des yeux et autres horreurs qui torturent notre si belle langue. Car la démocratie passe aussi par la parole et la plume !

(1)http://www.liberation.fr/societe/2013/02/01/la-deputee-sandrine-mazetier-ne-veut-plus-parler-d-ecole-maternelle_878591

dimanche 12 octobre 2014

Eric Zemmour, une passion française

Crédits Photo : Capture d'image France Télévisions/LeFigaro.fr

Bonjour à tous !

Que n'a-t-on entendu cette semaine à propos d'Eric Zemmour ? Adulé ou exécré, l'homme ne laisse nullement indifférent. Il semble cristalliser à lui seul tous les antagonismes de notre pays, entre réactionnaires et progressistes, conservateurs et modernistes.

Un homme passionné par le débat

Talent le plus remarquable chez lui, sa passion pour le débat, la contradiction, la joute verbale. Là où les invités des plateaux télé déversent, dans 90% des cas, des platitudes d'un ennui profond, lui titille, asticote, délivre ses vérités sans prendre de gants, parce que ça le démange, ça le brûle, et qu'il ne peut pas garder ça pour lui. Et tant pis pour les réactions souvent outragées (et souvent surjouées d'ailleurs) de ses interlocuteurs. Quand on invite Eric Zemmour, on sait à quoi s'attendre, on connaît au moins une partie de ses idées : alors jouer la vierge effarouchée quand il exprime l'une ou l'autre de ses idées se révèle immédiatement comme un puissant révélateur de toute l'hypocrisie qui régit le paysage audiovisuel français. Eric Zemmour est arrivé à la télévision un peu par hasard, et la télévision a dû accepter l'intellectuel tel qu'en lui-même, car il n'est certainement pas homme à s'arrondir pour faire plaisir au plus grand nombre. Ce n'est pas un personnage de consensus, c'est vrai. Mais il a le mérite d'être fidèle à ses idées.

La France zemourienne ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : tous les médias ayant invité l'essayiste sur leurs plateaux ont vu leurs score d'audience bondir. De France 2 avec On n'est pas couché à RTL où il fut l'un des protagonistes d'un débat brillant avec Alain Duhamel (le même cacochyme que Franz-Olivier Giesbert, mais tout en retenue et en intelligence), l'audimat a suivi. Est-ce à dire que ses idées font l'unanimité ? Certes non. Mais les Français reconnaissent en lui un homme qui ouvre de nouvelles perspectives de réflexion, qui ne se laisse enfermer dans aucun paradigme, aucune logique politique traditionnelle et qui sait merveilleusement dénoncer les faussaires sous leurs airs bonhommes de bons petits saints, ses victimes préférées étant Cohn-Bendit, Attali, Minc ou Plenel. Il a pour lui la rhétorique, l'humour et même un certain sens de l'auto-dérision qui lui donnent un avantage certain face à ses opposants intellectuels, tout en sérieux, en gravité et imbus de leur petite personne. La différence - énorme - qui existe aussi et surtout entre eux et lui, c'est qu'il n'a jamais fricoté avec le pouvoir, de quelque bord qu'il fût, quand bien même il possède des amitiés solides avec certaines personnalités politiques : feu Philippe Séguin, Manuel Valls ou d'autres encore. Zemmour est un journaliste politique passionné par la France tout en s'efforçant de rester dans une analyse froide et raisonnée : un sacré grand écart.

Haro médiatique sur Zemmour

Alors voilà, forcément, quand on ne rentre pas dans le rang, on dérange, et Zemmour dérange beaucoup : il refuse de rentrer dans une case et refuse aussi de se plier au diktat de la bien-pensance selon laquelle l'immigration est une chance pour la France, les homosexuels ont droit à la même reconnaissance que les hétérosexuels et la féminisation de la société est une bonne chose. Moi-même j'ai certains désaccords - mineurs - avec lui mais il reste d'une grande lucidité sur l'état de notre pays. Si il voit l'immigration d'Afrique du Nord comme un cheval de Troie pour le grand remplacement, j'y vois d'abord et avant tout une forme de néo-colonialisme où l'on pille les ressources humaines vives de pays qui en ont cruellement besoin pour se développer afin que le libéralisme se serve de ces malheureux pour pratiquer un dumping social inadmissible en France. Toutefois, nous nous rejoignons sur les dangers de l'islam radical qui demeure, malgré tout, l'islam tout autant que l'islam modéré. De plus, il n'y a qu'une seule famille qui vaille, et qui existait même avant les états, c'est la famille hétérosexuelle, berceau de la différence, socle solide sur lequel on peut créer et transmettre un patrimoine, une histoire et des valeurs et où les anciens peuvent encadrer la fougue des plus jeunes. Quant à la féminisation de la société, c'est un phénomène courant depuis des années. Ici, il ne s'agit pas de critiquer les femmes mais la féminisation, ce qui est différent. Car comme le dit Eric Zemmour : "Il y a des femmes qui déplorent cette féminisation tout autant qu'il y a des hommes qui s'en réjouissent." En un mot, la société française est devenue plus passionnelle, émotive, vivant dans l'immédiateté au détriment de la raison, de la réflexion, de la vision à long terme et même de la violence ponctuelle qui avait le mérite d'exister comme exutoire nécessaire. 
Enfin, il s'agit de revenir sur la polémique centrale soulevée par son dernier ouvrage Le Suicide français. Il dénonce notamment l'emprise de l'analyse de Robert Paxton sur la réflexion de la France, où il a placé Vichy au pinacle de l'horreur, en faisant l'oméga absolu de la Seconde Guerre Mondiale. Hors, Zemmour a simplement tenté de raisonner ce point de vue : non, Vichy n'était pas le pire entre 1939 et 1945, le nazisme était le pire ! Et il n'y aurait jamais eu Vichy sans le nazisme. Ensuite, en France, il y a eu 200 000 Juifs qui ont échappé à la déportation, 25% de Juifs de France déportés pour seulement 3500 Justes environ. Aux Pays-Bas, qui comptait numérairement plus de Justes qu'en France, 75% de la population juive locale a été déportée, quand ce fut le cas pour 50% des Juifs belges. Toute personne sensée peut donc s'interroger sur cette curieuse réalité. Ce qui ne remet pas en cause la xénophobie et l'antisémitisme manifestes de Vichy, ni ne réhabilite en aucune façon Pétain. Simplement, il faut se souvenir que pour une question de souveraineté nationale, Vichy a fait en sorte de préserver aussi longtemps que possible les Juifs français, en sacrifiant les Juifs étrangers. C'est une pratique terrible, c'est vrai. Mais qui dit que le massacre n'aurait pas été bien plus grand sans cela ? Et il y a quelques historiens qui vont dans ce sens : Alain Michel, Raul Hilberg, Léon Poliakov. Et même Serge Berstein l'a reconnu à demi-mots dans une interview accordée aux Inrockuptibles cette semaine. L'Histoire est en vérité une discipline sinueuse et piégeuse où la nuance est bien souvent de mise, même sur des vérités que l'on aimerait voir établies dans le marbre.

Zemmour, victime d'un antisémitisme diffus et inconscient ?

Enfin on peut s'interroger sur cette nouvelle marotte des médias de pratiquer de la psychologie de comptoir face à ceux qui, comme Zemmour et Finkielkraut, s'interrogent sur le sens de la France, son devenir. Que ce soit pour l'auteur de L'Identité malheureuse ou celui du Suicide français, les journalistes n'ont eu de cesse de chercher à savoir à quel point leurs origines juives les conditionnaient. Tentative médiocre de diaboliser son interlocuteur sans avoir l'air d'y toucher. Celle qui fut prise le plus franchement la main dans le sac fut Léa Salamé la semaine dernière sur le plateau de Laurent Ruquier sur France 2. Zemmour la reprit sèchement de volée en lui disant "Je pourrais monter sur mes grands chevaux et vous dire que vous faites preuve d'antisémitisme". Honteuse, la jeune journaliste calma ses ardeurs. Mais le mal était fait. Tout comme on réclame d'avoir plus de femmes en politique et lorsque l'une d'elles est en passe d'imposer ses idées, on la brocarde et on l'insulte comme l'est régulièrement Marine Le Pen. Et je ne parle pas de Frigide Barjot, ancienne égérie de la Manif pour Tous que l'on a quasiment traitée de folle bonne à enfermer. Il faut donc bien comprendre ce que veulent les oligarques qui nous dirigent, politiquement et médiatiquement : on est pour les minorités et les femmes, pourvu qu'elles viennent défendre nos idées, sinon on les renverra à leur condition de minorités et de femmes. Mais on ne sera ni raciste, xénophobe ou misogyne bien entendu puisqu'on défend "nos idées" et "nos valeurs". Au royaume des faussaires, les hypocrites sont donc les rois ?

mardi 7 octobre 2014

Le chiffre du moment : 2000 milliards d'euros

Bonjour à tous !

C'est tombé cette semaine, comme une sentence : 2000 milliards d'euros, c'est le montant de la dette française. Environ 35 000 euros par Français. Des chiffres vertigineux, qui donnent le tournis, voire la nausée. Explications et décryptage.

L'origine de la dette

1973 : première crise pétrolière à cause de la Guerre du Kippour qui embrase le Moyen-Orient. La France, comme tant d'autres pays industrialisés, est très dépendante du pétrole de cette région et doit donc s'endetter pour permettre aux voitures, avions, camions... de rouler (ou de voler). Ce sera la dernière fois que le budget du pays sera à l'équilibre. Comme un symbole, Georges Pompidou meurt quelques mois plus tard, lui qui fut, avec le Général De Gaulle, le grand artisan de la reconstruction industrielle de la France d'Après-Guerre. Valéry Giscard d'Estaing, énarque, technocrate passionnément pro-européen, est élu en 1974 face à François Mitterrand. C'est le début de la lente, mais continuelle, pente qui amène notre pays à s'endetter. Ajoutons à cela un détail d'importance : début 1973, une loi est votée qui interdit désormais à la Banque Centrale française de refinancer gratuitement l'économie du pays. En limitant le recours à la planche à billets, on espère ainsi museler l'inflation, sauf qu'avec la fin des Trente Glorieuses, et la ruine économique et morale de Mai 68, c'est surtout le spectre de la déflation qui menace dans l'ombre.

L'Europe comme coefficient multiplicateur de la dette

En signant l'Acte Unique visant à instaurer une monnaie commune, le SME (Système Monétaire Européen), le Président Mitterrand limite encore un peu plus les marges de manoeuvre économique du pays. D'autant qu'après une timide politique de relance qui tombe à l'eau, la politique de rigueur instaurée par Pierre Mauroy, puis prolongée et renforcée par son successeur à Matignon, Laurent Fabius, achève de plomber le pouvoir d'achat des ménages. Sans consommation, plus, ou peu de croissance, et les déficits continuent de filer.
En 1993 avec l'entrée en vigueur de Maastricht, et à plus forte raison en 2002 avec la mise en circulation de l'Euro, la France perd toute souveraineté sur sa politique monétaire. Il devient impossible de se refinancer auprès de sa Banque Centrale, même en payant des intérêts. Dorénavant, il faut aller chercher des investisseurs, et donc des créanciers, directement sur les marchés financiers. L'Euro se présentant d'emblée comme une monnaie forte, sûre, stable, elle attire la confiance des traders qui encouragent leurs clients à acheter de la dette européenne, française y compris. Vous avez donc compris ici la perversion du système : sous couvert d'une monnaie forte qui est supposée protéger notre pays ainsi que ses petits camarades des injonctions des marchés qui spéculeraient à tort et à travers sur notre monnaie, nous nous retrouvons finalement avec des dettes colossales auprès de fonds de pension, riches rentiers, et autres obscurs rats du boursicotage à courte vue. L'Europe a donc achevé de creuser nos déficits.

Sarkozy et Hollande, nos fossoyeurs

Lorsqu'il est élu en 2007, Sarkozy s'empresse d'aller voir Angela Merkel en lui signifiant clairement qu'il n'avait aucune intention de mettre un terme au creusement des déficits. Il commet ici la même erreur que Jospin 10 ans plus tôt : l'ancien Premier Ministre socialiste a bénéficié, durant la quasi-totalité de son quinquennat, d'une croissance supérieure à 2%. Un eldorado inconcevable aujourd'hui. Et il n'en a pas profité pour réduire les déficits. En 2007, quelques mois avant le début de la crise des Subprimes, Sarkozy a encore une croissance supérieure à 1%. Il aurait dû, lui aussi, en profiter pour entamer des réductions de dépenses : fin de l'AME, suppression des régions au profit des départements, réduction des dotations aux associations-lobbys, baisse de la participation financière au G20, à l'UE et autres fumisteries supra-nationales, sans compter, quelques mois plus tard, le renflouement scandaleux des banques qui a achevé de grever les comptes publiques. Et la suppression "à l'aveugle" d'un fonctionnaire sur deux suite au départ de l'un d'entre eux finit de plomber le moral des Français : service public global de moindre qualité, fonctionnaires plus agressifs, hôpitaux et policiers débordés, tribunaux surchargés, prisons dans un état déplorable... Les économies, si faibles furent-elles, ont été réalisées exactement là où il ne fallait pas les faire. Et comme d'habitude, c'est la France silencieuse, rurale, peu peuplée, qui en a payé les pots cassés : déserts médicaux et juridiques, écoles qui ferment, absence de bureaux de poste... 

Que faire ?

Même si François Hollande continue de creuser les déficits en étant notamment toujours plus souple sur l'immigration et en continuant à sous-taxer les grandes entreprises qui versent des dizaines de milliards d'euros à leurs actionnaires chaque année, lui et son gouvernement ont au moins raison sur un point : ils ne doivent pas, sous aucun prétexte, céder à Bruxelles qui leur impose de réduire drastiquement les dépenses publiques. Et tant pis si les technocrates européens menacent de retoquer le budget 2015. Il suffit pour cela de se référer à John Maynard Keynes, le brillant économiste anglais du début du XXe siècle : il explique les profits d'une politique économique contra-cyclique. Autrement dit, il faut réduire la voilure en terme de dépenses quand la croissance est positive, en profitant d'un moral national, économique et politique, au beau fixe. Et, au contraire, quand la croissance plonge, voire devient négative, il ne faut surtout pas réduire les dépenses, mais les maintenir, les augmenter même. Un peu comme l'a fait, certes avec un succès relatif, Franklin D. Roosevelt avec sa politique du New Deal dans les années 30. C'est en effet à l'Etat, dans son rôle de paravent, de soutenir ou de recréer la croissance afin d'impulser un souffle nouveau. Car dans le cas contraire, comme je l'ai exposé plus haut, c'est la déflation qui guette. C'est vrai qu'au début, ça a du bon, les prix baissent. Mais très vite, évidemment, ce sont les salaires qui baissent. Et souvent plus vite que le coût de la vie, ce qui entraîne mécaniquement un endettement dangereux des ménages.
Manuel Valls a déclaré aujourd'hui à Londres : "my government is pro-business". Je l'encourage personnellement à être pro-croissance, et tant pis pour ce que cela coûte. Il faut faire ce qu'il faut pour que la croissance repasse dans le vert : la réduction des déficits interviendra plus tard.